22 décembre 2008
Une énigme
Il y a deux semaines, reçu, le même jour, trois SMS de trois femmes différentes:
- Ces trois femmes ont un point commun, dis-je à Madeleine sur un ton énigmatique.
- Lequel?
- d'avoir fait tous les trois, un jour, l'amour avec nous...
15:33 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
05 décembre 2008
Icongnito
Ils marchent sur le boulevard le nez en l’air, descendent distraitement les escaliers du métro, ou mangent des petits gâteaux sur les bancs publics. Personne ne les remarque – et eux sont persuadés (comme c’est touchant !) qu’ils passent inaperçus… Mais moi, je SAIS d’où ils viennent (suis-je le seul ?). Je les ai identifiés au premier coup d’oeil à ce petit sac en plastique doré qu’ils portent à la main – quelquefois tenu plaqué contre leur poitrine, de peur qu’il ne s’ouvre, ou s’éventre... La scène a lieu, à toutes les heures du jour, sur le boulevard de Clichy. Dans ce sac : des magazine porno, des DVD cochons, des accessoires érotiques en tous genres. Nos innocents messieurs sortent d’un sex-shop …

09:20 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
03 décembre 2008
Grazielle again!
Croisé tout à l’heure, par hasard, à la station Clichy, Grazielle, avec ses bottes de cuir et son manteau de fourrure. Elle me saute dessus, pousse des cris aigus (On se retourne). Soudain, elle prend un ton de reproche, fronce les sourcils : « Tu me négliges ces temps-ci, Georges, tu ne m’appelles plus comme avant… (un temps) C’est à croire que tu es occupé avec une « Petite »… (elle jette un regard assassin sur les femmes qui nous frôlent). Je secoue la tête fermement et souris intérieurement (« Pas seulement une, Grazielle, pas seulement une… »).
17:27 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28 novembre 2008
Amour du travail
J'apprends dans un journal sérieux que les japonais "travaillent de plus en plus et font de moins en moins l'amour"... Comprenons que, conformément à la loi des vases communicants, toute l'énergie mise au travail est perdue pour l'amour.
Depuis quelques années, nous avons fait le choix contraire...

09:09 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
23 novembre 2008
Agenda libertin
Il nous arrive encore, assez souvent, qu’on – je veux dire des lecteurs de NOLDA – nous pose des questions sur la manière dont notre couple "fonctionne". Nous y répondons du mieux possible, sans jamais nous poser en exemple, encore moins en modèle à suivre. Dernièrement, une certaine Nadja nous a demandé comment nous nous organisions pour sortir. J’ai proposé une réponse générale, puis, dans un souci de clarté, j’ai ouvert mon agenda, et lui ai donné le détail, jour par jour, de la semaine que l’on venait de vivre, et c’est à ce moment que j’ai pris conscience que ce que nous vivions n’était pas tout à fait banal… Qu’on on juge :
Dimanche soir. Suis sorti vers 21h00 et rentré à l’aube (une baguette sous le bras), juste avant le réveil de la progéniture.
Mardi : Madeleine est allée à une soirée et revenue vers minuit et demi.
Mercredi : rien
Jeudi : rien
Vendredi : Madeleine est allée directement du boulot à une soirée (retour vers une heure du matin).
Samedi : nous sommes allés ensemble à un spectacle, puis j’ai prolongé ma soirée « ailleurs », pour ne rentrer que vers 4 heures du matin.
Dimanche soir : Madeleine m’a demandé si cela ne me dérangeait pas qu’elle « prenne un peu l’air ». Vers minuit et demi, j’ai reçu d’elle un SMS me disant que « finalement, elle préférait rester là où elle était »…
Encore une fois toutes nos semaines ne sont pas comme celle-ci mais ce petit récapitulatif permet de voir que nous avons, pour un couple présentant tous les signes extérieurs de la normalité, un mode de vie un peu spécial…
22:30 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
21 novembre 2008
Amour libre
En revoyant pour la énième fois The Kid, constaté avec stupéfaction que Charly Chaplin y défend l’amour libre !
La scène, rêvée par le héros, a lieu au Paradis (on porte des ailes d'ange). Deux hommes aiment la même femme. Le premier (une brute épaisse) tend le menton du second (le fragile Charlot) vers les lèvres de sa bien aimée. Un diable vient à passer, qui inspire la jalousie. S’en suit un pugilat où l’on se dispute la femme, naguère partagée...
Les amours plurielles, doit-on croire, sont un idéal d’avant la chute…

09:24 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
16 novembre 2008
Prosélytisme
Rencontré par hasard, la semaine dernière, dans un restaurant "normal", un couple qui nous a fait, deux heures durant, l’apologie des clubs libertins... (ils allaient aux Chandelles le soir même). Nous avons écouté sagement leur discours, feignant d’ignorer tout sur la question. Piquante soirée !

22:13 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
12 novembre 2008
Des inconvénients de notre mode de vie
Notre mode de vie, il faut le dire quand même de temps en temps, présente quelques inconvénients.
Par exemple, il n'est pas très agréable de rester une heure sur le palier devant la porte blindée, en pleine nuit, parce qu'on a oublié ses clés et que l'autre dort comme une souche. Surtout quand les voisins passent (non, pas les mêmes hélas) et s'étonnent de nous voir en tenue... suggestive.
M.
PS du lendemain : Je retrouve en effet, ici, dans les archives un scénario un peu similaire, quoique plus romanesque... (quelle mémoire CUI!)
21:26 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11 novembre 2008
Veni, vidi, Vicky
Si l’on me demandait ce que je pense du dernier film de Woody Allen, je répondrais ceci : très efficace ! Grâce à lui, j’ai convaincu la jeune femme rétive au libertinage, qui m’y accompagnait, qu’elle n’avait rien à craindre de moi…

19:49 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
10 novembre 2008
Déménagement
Aujourd’hui nos voisins du quatrième déménagent. L’information ne présente guère d'intérêt, j'en conviens... A un détail près : un soir d'octobre 2006, nous avons été à deux doigts de les avoir dans notre lit.
08:51 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
08 novembre 2008
Le retour des liaisons dangereuses
Plus d’un mois et demi d’interruption, j’admets que c’est exagéré… D’aucuns se seront peut-être étonnés, voire inquiétés, de notre silence ; cela n’était jamais arrivé depuis la création de Nolda (il y a deux ans et demie). Je tiens d’abord à rassurer nos lecteurs, Georges et Madeleine vont bien ! Et même très bien ! Leurs aventures ne se sont pas interrompues avec le blog, loin s’en faut. Leur rythme s’est même intensifié, raison pour laquelle d’ailleurs, il a cessé progressivement d’être alimenté, pour se tarir enfin complètement. Entre écrire et vivre, il faut quelquefois choisir…
Encore que nous n’ayons jamais cessé d’écrire. Depuis un an et demie, comme j’ai eu l’occasion de le dire quelque part, Madeleine et moi tenons un journal intime. Or ce journal, en ce qui me concerne du moins, a pris une place tellement considérable que j’y consacre tout le temps que je réservais naguère au blog… C’est ainsi.
Depuis deux semaines, j’éprouve cependant de nouveau l’envie (perdue, par lassitude, depuis des mois) de reprendre la conduite de Nolda. Mais – et j’en avertis d’emblée le lecteur – je souhaiterais le faire autrement : proposer des notes plus courtes, moins travaillées, plus "réactives", plus en phase avec, non pas l’Actualité (qu’on se rassure), mais avec notre actualité, celle de nos impressions, profondes et fugitives; celle de nos aventures d’un soir ou d’une année; celles de nos découvertes décisives et illusoires. Ce qui va demeurer, c’est le thème. Il sera question, toujours et encore, de nos amours plurielles.
On continuera ici de faire la chronique d’une vie de couple peu ordinaire, multipliant les liaisons dérangeantes quoique heureuses, en un mot:dangereuses…
18:32 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
15 septembre 2008
Cordes sensibles
Jusqu’à présent, la corde et moi, cela faisait deux. Le bondage, c’était pour eux, pas pour moi. Eux, c’est-à-dire les gens qui ont ce fantasme. Comme tout le monde (ou presque), j’avais vu, dans des revues spécialisées, ou des films (l’admirable Fleur secrète), des femmes japonaises ficelées comme des saucissons, et comme tout le monde, cela m’avait paru bizarre – prononcer à l’américaine avec une petite grimace de dégoût et un sourire gêné – un truc de japonais quoi… Et puis, et puis…j’ai commencé à m’y intéresser. Aujourd’hui que je ne peux plus entrer dans une mercerie sans acheter un lot de cordelettes (véridique !), je m’étonne du chemin parcouru, et me fais cette réflexion qu’en matière de goûts, il ne faut jurer de rien...
De même que je n’aurais jamais imaginé avoir un jour plusieurs maîtresses ou faire l’amour à plusieurs, de même je n’aurais jamais cru que je prendrais un jour du plaisir à saisir le poignet d’une personne et à l’enserrer de plusieurs tours d’une corde de chanvre. Lorsque je considère aujourd’hui cette « passion » nouvelle, je me rends compte que la corde ne m’a pas attrapé sans prévenir : il y a eu des antécédents...
Ainsi, il y a une quinzaine d’années environ, j’ai croisé une femme sur le quai d’une gare. Echange de numéros, puis, le lendemain, rendez-vous nocturne dans un hôtel de périphérie. Au cours de la soirée, après lui avoir fait l’amour, elle a sorti un foulard de son sac, et elle m’a dit : « Attache-moi ! ». Stupéfaction d’abord, puis devant sa détermination affichée : soumission. J’ai fait, tant que bien mal, un nœud autour de ses poignets, et j’ai relié le tout aux barreaux du lit. Jusqu’alors j’avais toujours trouvé ces choses-là ridicules, mais ce soir-là, j’étais sérieux. Cette femme d’à peine 23 ans avait décidé de s’en remettre totalement à un inconnu, et maintenant elle me disait, sûre d’elle : « Tu peux faire de moi ce que tu veux. ». Je l’avoue, ma jouissance en avait été décuplée…
On peut vivre des choses inoubliables sans en tirer forcément les conséquences : à la suite de cette fameuse nuit, je n’ai pas cherché à refaire ce que j’avais fait avec cette jeune femme. La corde avait, en quelque sorte, disparu de mon esprit. Jusqu’au jour où elle est réapparue. Le destin nous remet toujours sur le chemin de nous-même. Un matin que je me trouvais sur une plage, je ramassai spontanément, comme le personnage de La Ficelle de Maupassant, un bout de corde en nylon vert pomme, que je mis, je ne sais trop pourquoi, dans ma poche. Quelques semaines plus tard, cet objet trouvé devait resservir, contre toute attente, à une Cause érotique. Cela se passait dans le cadre d’un défi que je m’étais lancé, et que je raconterai peut-être un jour quand il y aura prescription… Il me suffit de dire aujourd'hui le rôle qu’y joua la petite corde verte. Un soir de décembre, Madeleine et moi étions à la maison en compagnie d’un couple. Nous touchions à cette minute sublime où tout va basculer : j’avais déposé un baiser dans le cou de la jeune femme, cependant que son compagnon avait glissé sa main entre les jupes de Madeleine. Nous en étions là quand cette dernière manifesta le désir qu’on l’attache (ce jour-là je compris qu’elle était plus avancée que moi sur la question…). On éclata de rire, mais soudain je me souvins que j’avais ce petit bout de corde au fond d’une poche : j’allai le chercher dans la chambre et revint en brandissant l’accessoire. L’homme s’en empara, fit asseoir Madeleine sur une chaise, et lui attacha les mains derrière le dos.
Les choses auraient pu en rester là, mais là où je me surpris moi-même, c’est que, après que Madeleine eut entraîné son compagnon dans la chambre, je ramassai la cordelette tombée à terre et en usai moi-même pour attacher les pieds de la jeune femme. Aujourd’hui encore je me souviens très bien du contraste de la corde verte avec sa peau blanche, et du plaisir que me procura cette vision … Mais derechef, cette expérience ne fut suivie, au moins dans l’immédiat, d’aucune autre expérience analogue, et chose plus curieuse encore, n’engendra aucun débat sur le sujet avec Madeleine. Tout retomba.
(A suivre)
09:00 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
04 septembre 2008
Avis au lecteur
Chers lecteurs,
Nous nous voyons contraints, au moins pour quelque temps, de mettre en place un accès privatif. Je vous prie donc de bien vouloir noter l'identifiant et le mot de passe qui vous permettront d'accéder à nos Liaisons dangereuses.
(ce système sera mis en place dans une semaine).
Merci d'avance.
Identifiant: georges
Mot de passe: nolda
08:40 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
03 septembre 2008
Le philosophe (légende de Bilqis n°10)
Il a dit qu’Il voulait absolument la voir aujourd’hui. D’abord elle a refusé, mais il a tellement insisté que finalement elle a fini par accepter : « D’accord, mais quinze minutes pas plus. Georges m’attend à Niki Beach. » En chemin, elle a demandé à Samuel, l’intermédiaire, qui était ce type qui tenait tellement à la rencontrer : « Un philosophe…, un philosophe connu », a-t-il répondu avec gourmandise. Elle s’est tue, et m’a envoyé un SMS pour me dire qu’elle aurait un peu de retard, car elle devait « serrer la main d’un philosophe. » Ils sont descendus de la berline, l’homme les attendait dans le jardin de sa propriété de Sainte-Maxime. - « Nous n’auriez pas préféré qu’on se voit sur mon yacht ? » lui a-t-il crié de loin tandis qu’il se dirigeait vers elle à grandes enjambées, les bras tendus. - « Non. J’ai horreur des bateaux ». - « Dommage, c’est vraiment dommage que vous n’appréciiez pas le yachting… Nous aurions pu passer ensemble des journées si agréables… Permettez-moi de vous présenter ma femme… » Elle se tenait derrière lui, les bras croisés, en maillot de bain, un sourire figé sur le visage. Elle a fait un petit signe de tête, et a pris son enfant dans les bras. Le philosophe ne détachait pas son regard des épaules nues de Bilqis. Elle, commençait déjà à marquer des signes d’impatience. Elle se reprochait sa faiblesse. Cette rencontre, qu’elle avait eu le tort d’accepter, était tout simplement déplacée. - « Voyez-vous, Mademoiselle, je me demandais en vous observant comment il était possible, je veux dire physiquement possible, qu’une poitrine telle que la vôtre… je veux dire une poitrine aussi belle que la vôtre, puisse tenir comme ça… sans… sans… - Sans soutien-gorge ? – Oui, c’est ça, c’est ça, sans soutien-gorge, a-t-il appuyé comme si elle venait de trouver un mot difficile. Et puis il y a cette peau… cette peau incroyable… Vous permettez que je pose ma main sur votre bras ?… cette peau est proprement stupéfiante, stupéfiante… de douceur… Vous êtes vraiment certaine de ne pas vouloir nous accompagner demain… Nous faisons une petite excursion en bateau…. Nous allons rejoindre quelques amis à Cap Nègre… ce serait divin, si nous pouvions vous avoir avec nous… - Mais oui, c’est une idée excellente ! a sursauté Samuel qui voyait là une occasion inespérée de se faire des relations importantes, ce serait sympa de faire un petit tour là-bas. Allons, Bilqis, un effort! il n’y a pas que Niki Beach au monde, et puis ton copain, là, il peut bien attendre un peu… » - Georges n’est pas mon copain, a-t-elle tranché sèchement, puis elle a ajouté, après quelques secondes : « Ensuite, je vous l’ai dit, il n’est pas question que je mette un pied sur un bateau. Samuel, je crois qu’il est grand temps maintenant de prendre congé de Monsieur, et de rejoindre Georges… - « Mais, a éclaté le philosophe que l’obstination de cette femme irritait, qui est donc ce garçon que vous tenez tellement à voir à la plage ? Bilqis n’a pas répondu, elle était contrariée, ulcérée même par le tour que prenait la conversation. Le Philosophe a insisté, alors elle lui a sorti, d’un trait, cette phrase : « C’est quelqu’un qui écrit un livre sur moi » - « Un livre sur vous ??? », s’est exclamé l’homme, éberlué. « Et comment s’appelle-t-il ce "quelqu'un" ? » Cette fois, Bilqis a carrément détourné la tête. Passe encore qu’on lui caresse le bras, mais qu’on lui fasse subir un interrogatoire, non ! Le visage du philosophe est devenu sombre. Sa femme s'est rapprochée. Elle avait depuis un moment les yeux fixés sur les sandales de Bilqis, et soudain elle a crié : « Mais vous avez des sandales incroyables ! Est-ce que tu as vu ses sandales, mon chéri, est-ce que tu as vu ses sandales ! J’aimerais tellement avoir les mêmes » « Oui, oui » a-t-il répondu un peu agacé. Puis il a déclaré sur un ton presque solennel : « Mais alors, Mademoiselle, si j’ai bien compris, pour vous avoir, il faut donc écrire un livre sur vous, c’est cela n’est-ce pas ? Alors écoutez-moi, ça tombe bien parce que moi aussi je suis écrivain. S’il ne s’agit que de cela, je vais écrire à mon tour un livre sur vous ! Ainsi, j’aurai peut-être le privilège de passer l’après-midi avec vous, voire plus…. » Cette fois, Bilqis a éclaté de rire : « Ah ! Ah ! Mais c’est impossible ! » - « Et pourquoi ? », a demandé l’homme piqué – Mais parce que Georges me suit depuis un an. Son travail est trop avancé, jamais vous ne pourrez rattraper votre retard. » - Je relève le défi, a-t-il lancé en riant. On sentait maintenant qu’il cherchait à ne pas perdre la face. Bilqis a esquissé un sourire à mi chemin entre la compassion et le dédain, puis elle a pris Samuel par le bras pour lui indiquer qu’elle voulait partir.- Mais, lui ai-je demandé, tandis qu’elle me racontait cette histoire en la ponctuant de grands éclats de rire, est-ce que tu te souviens au moins du nom de ce philosophe ?
- Non, j’ai oublié. Je me souviens seulement que Samuel m’a dit qu’il avait un nom de bateau.
- Je vois…
09:45 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
25 août 2008
Fragments de Madhiva (4)
Cette nouvelle était pire que la catastrophe nucléaire. Elle m’avait dit que les membres de sa famille étaient proches du pouvoir. Sans doute était-elle en ce moment en train de passer des coups de fil pour s’informer de leur état. Qui sait même si elle n’avait pas déjà quitté Cannes... Quelle ironie du sort ! Moi qui me croyais à l’abri de tous les cataclysmes, voilà que des abrutis de soldats foutaient mon bonheur en l’air. Est-ce qu’ils n’auraient pas pu attendre une journée de plus avant de faire leur putsch ? Je m’apprêtais à sortir, quand je m’avisai soudain qu’il était presque 21 heures. Et si elle n’était pas encore au courant… Certes, il faudrait un concours de circonstances incroyable pour qu’elle ignorât une telle nouvelle, mais après tout, ce n’était pas complètement impossible. Je me rassis sur le lit et me mis à réfléchir. Il n’était pas exclu, me disais-je, qu’elle eût passé sa journée sur la plage sans son portable, puis qu’elle eût fait du shopping, de là elle eût pu gagner directement l’hôtel... Tout cela n’était guère plausible, mais pas non plus impossible. Dans cette hypothèse, rien ne m’interdisait de passer la nuit avec elle, et de feindre le lendemain l’étonnement au moment où nous apprendrions la nouvelle à la télé. La junte avait décidé de faire son coup d’Etat aujourd’hui… qu’est-ce qui m’empêchait de faire mon affaire le même jour ? Ces militaires avaient préparé leur soulèvement depuis des semaines, peut-être depuis des mois. Et alors ? N’avais-je pas un droit d’ancienneté, moi qui travaillais à la conquête de Madhiva depuis plus d’un an ? Cependant, à mesure que l’aiguille s’approchait de l’heure dite, j’avais beau me convaincre que j’avais la légitimité de mon côté (Est-ce qu’un siège amoureux ne vaut pas une offensive militaire ?) la mauvaise conscience commençait à m’ébranler. Même si je passais en force physiquement, aurais-je le courage moral d’aller jusqu’au bout ? Etais-je assez cynique pour me "taper" Madhiva, en me tapant complètement de sa famille ? Peu à peu je commençais à faiblir. L’image du visage de la mère de Madhiva en pleurs, séquestrée par des hommes cagoulés, brisa mon élan. Je me ressaisis. Comment avais-je pu imaginer, monstre que j’étais, faire une chose pareille ! La première chose qu’il faudrait faire, me disais-je à haute voix, c’était au contraire l’avertir de la catastrophe, et en paraître le plus alarmé possible. Je commençai à me composer un visage de circonstance. Je me voyais déjà me précipiter dans ses bras, et lui dire : « Madhiva, tu es courant pour Nouakchott ? ». Elle m’en saurait gré à jamais, je lui apporterais là la plus grande preuve d’amour qui soit, car j’aurais sacrifié mon plaisir pour elle. Oui, c’était évident, il fallait renoncer à ma jouissance, et me comporter en homme digne… J’en étais là de mes bonnes résolutions quand j’entendis frapper doucement à la porte. C’était elle. Elle avait troqué sa robe de satin rouge contre une tunique de soie jaune à grands motifs de fleurs exotiques bleu lagon.
Cette robe me laissa bouché bée, mais je n’eus guère le temps de m’en délecter car, à ma grande stupéfaction, Madhiva la laissa tomber à terre et se glissa nue sans un mot sous les couvertures. Je demeurai pétrifié. Voyant mon air abasourdi, elle me dit alors en se redressant légèrement – de sorte que je vis pour la première fois, à la cime du drap, la pointe grenat de ses seins : « Mais Georges ? Tu ne dis rien, il y a quelque chose qui ne va pas ? » Et comme je ne répondais pas et détournais la tête, elle répéta, avec un accent où elle montrait une sincère inquiétude pour ma personne : « Georges, tu es sûr que tout va bien ? Il ne t’est rien arrivé de mal au moins ? Tu me le dirais n’est-ce pas, Georges ?… » A ce moment, une immense vague de désir me submergea. J’ôtai mes habits et la rejoignis sous les couvertures...
(fin)
22:45 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



