19 novembre 2009

A l'aveugle (3)

Mais un bruit familier interrompt ce court moment d’abandon : le « flop » sourd d’un bouchon de champagne, et puis très vite le son pétillant du vin qui plonge comme un fou dans la flûte. On prend ta main et y installe un verre, que tu portes instinctivement à tes lèvres. Tu avales une petite gorgée du divin breuvage. Tu te promets que la prochaine fois que tu goûteras du champagne tu fermeras les yeux pour en apprécier – comme aujourd’hui – l’incroyable ductilité. Tu n’es pas la seule à boire. Tu entends qu’on partage près de toi, ce plaisir rare. La sensation est délicieuse, et maintenant tu es presque impatiente qu’il se passe autre chose… Le silence est total : que le bruit de ta respiration, et celui des petites bulles qui jaillissent du verre. Des pas, et encore quelque chose dans ta main. Quelque chose de doux, de rond et moelleux, qui t’intrigue. On t’invite à conduire cet objet vers ta bouche : alors tu t’exécutes et reconnais très vite, en le mordant, un macaron. Oui, c’en est un! Mais de quelle saveur ? Tu hésites. Allons bon ! M’a-t-il conduit ici uniquement pour me faire boire du champagne et manger des macarons ? Trop facile et un peu court… Tu te souviens qu’il t’avait promis de « mettre en alerte » tous tes sens, à l’exception de la vue. Tu fais le compte dans ta tête : l’Odorat, c’est fait! L’Ouïe, c’est fait ! le Goût, c’est fait ! Reste le Toucher !... Mais tu as à peine le temps de prononcer ce mot qu’une main se pose sur ton dos. Une main ? Un doigt plutôt, qui fait des huit sur ton omoplate, joue avec la bretelle de ta robe. Ton corps est parcouru de frissons. Tu te retiens de pousser un cri. Une autre main se pose sur ton épaule, qui exécute le même jeu de danse avec ses doigts. Les deux bretelles tombent, et avec elles la partie supérieure de ta robe en soie. Ta poitrine est maintenant à découvert. Une bouche profite de cette nudité pour s’appliquer sur la pointe de ton sein droit. Dieu que c’est bon ! Pourvu que ça dure, pourvu que ça dure !... Mais alors que tu commences à te laisser aller à la volupté de ces deux mains enchanteresses qui te caressent, une troisième effleure ton bras!... Tu sursautes. Tu crois d’abord à quelque hallucination de tes sens, mais non, cette main est bien réelle. Mais à qui appartient cette main ? Tu réalises soudain que nous ne sommes pas seuls. Et alors, cette fois, tu te décides. Il faut arrêter ce jeu ! Tu t’apprêtes à crier « Amour », comme on dirait : « Au secours ! » mais tu te ravises, car cette main, qui continue ses gentils zigzags sur ta peau, est douce, très douce, si douce... que tu prends la décision intérieure d’attendre encore un peu, de suspendre ton arrêt… Et tu te répètes : ATTENDS... ATTENDS... ATTENDS encore un peu…

02 octobre 2009

A l'aveugle (2)

« Mais ne suis-je pas complètement folle de me laisser embarquer dans cette aventure ? », songes-tu alors qu’on t’avertit discrètement de « faire attention à la marche ». « Après tout, je ne connais pas cet homme, je ne l’ai vu que cinq ou six fois… » Le mot « Amour » monte jusqu’à tes lèvres, mais tu le retiens, parce que la curiosité est plus forte que toi, et que la main qui te tient est caressante et rassurante. « On va monter quelques marches ». Tu entends vaguement une sorte de brouhaha, puis commence une nouvelle ascension. Lente et inquiétante à la fois. Ton cœur bat de plus en plus fort. Tu te rassures en te disant que, quoi qu’il arrive, cette expérience à l’aveugle sera à elle seule un moment inoubliable, une expérience inouïe. Tu te demandais parfois, quand tu les croisais dans le métro, ce que pouvaient ressentir les hommes privés de la vue, eh bien maintenant tu le sais ! L’absence de vision te donne une attention plus aiguë, presque douloureuse, aux choses du dehors : pour la première fois tu t’intéresses au bruit de tes pas, à la texture du sol sur lequel tu poses tes semelles, à l’odeur étrange qui se dégage de ce couloir (de ce que tu crois être un couloir). Cliquetis de porte. Tu sais, tu sens que tu entres dans un nouvel espace. La porte se referme. Capitonnée. Tu ressens alors ce que ressent la Belle quand elle entre dans le château de la Bête. Tu te rappelles avec un plaisir enfantin les chandeliers magiques, la table qui se dresse toute seule, le feu espiègle dans la cheminée. Tu crois rêver. Soudain, une musique emplit l’espace. « Mais je connais cette musique ! » te dis-tu. « Oui tu la connais ! » Elle est là pour te dire que tu vas vivre un moment sacré, religieux, mystique. Tu n’es toujours pas très assurée sur tes jambes (elles flageolent un peu). Il fait bon ici. La musique s’infiltre dans ton corps, soulève en toi une émotion formidable. Des souvenirs te reviennent…. Mais, soudain tu reviens à la réalité. Et te demande ce qui va t’arriver. Une odeur caresse tes narines… De l’encens ? Une bougie parfumée ? Un fruit exotique ? Quelque chose de doux et d’enivrant en tout cas ! On te fait asseoir sur un lit, dont le moelleux te ravit. Qu’il est doux de s’asseoir ! Des idées sensuelles commencent à courir tout le long de ton corps. Tu frissonnes d’aise. Tu n’as plus peur maintenant. Au reste, il t’a promis qu’il ne t’arriverait rien de mal, qu’au contraire ce serait une fête des sens… alors, te dis-tu à toi-même, abandonne-toi, abandonne-toi, ABANDONNE-TOI !

24 septembre 2009

A l'aveugle (1)

Ce sera entre chien ou loup. Ou peut-être plus tard. Tu devineras la lune derrière les nuages roses, si tu regardes le ciel. Mais non, tu regarderas plutôt le cadran de ta montre. Anxieusement. Bientôt neuf heures. Il m’a demandé de me trouver à l’angle de la rue des Martyrs (pourvu que cela n’en soit pas un !) et de la rue de Clauzel. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais le voici !... Je crois qu’il vient. Habillé tout de noir, est-ce bien lui ? Oui, je le reconnais à ses cheveux bouclés, qui m’ont tellement plu le premier jour… Il me regarde d’un œil amusé. Il me dit à l’oreille, en m’enlaçant : - « Tu as pensé aux lunettes noires ? » - « Elles sont dans mon sac. » Je les sors, et lui montre comme une élève montre son cahier au professeur. – « Bien. Maintenant, retourne-toi, je vais te mettre quelque chose sur les yeux. C’est bien que tu aies mis ton chapeau, comme cela personne ne te remarquera… » Il ajuste un masque, un loup je suppose, mais sans les ouvertures (!). Délicatement. Puis place les lunettes noires par-dessus. Désormais je n’y vois plus rien, et je tremble. Heureusement il me prend par le bras. Je vacille un peu. – « Fais attention, suis-moi doucement, et surtout ne dis plus rien. Si tu parles le Charme disparaîtra d’un coup. Si la panique s’empare de toi, et que tu veux arrêter le jeu alors, prononce le nom de code qui signifiera que tu veux tout interrompre, et je me plierai à tes ordres. Ce nom de code est AMOUR. En attendant c’est moi qui donne les ordres ! Nous allons marcher un peu et entrer quelque part. Accroche-toi bien à mon bras, et concentre-toi sur tout ce qui se passe autour de toi, en toi aussi. Et bien sûr, ne tente pas de tricher en regardant par-dessous, ou sur le côté. Il faut jouer le jeu. C’est la règle. C’est notre contrat. Nous faisons quelques pas. La rumeur des voitures et des gens pénètre tes oreilles. Ton cœur bat très fort. Nous sommes silencieux. Mais soudain il reprend la parole. – « Je n’ai pas vérifié mais, je n’en doute pas, tu es bien nue sous ta robe, n’est-ce pas ». – Oui, dis-je timidement. » - « Alors continuons, ce n’est plus très loin. Nous sommes presque arrivés. Mais surtout. Concentre-toi, CONCENTRE-TOI !... »

06 septembre 2009

Pas mort... du tout!

Chers lecteurs,

Non, nous ne sommes pas morts, et pour ceux qui s'inquiéteraient de notre santé ou de notre couple, je leur dis TOUT VA BIEN. Il ne vous a pas échappé que NOLDA était aphasique depuis plusieurs mois. Les raisons de ce silence sont assez banales: lassitude, routine, impression d'avoir fait le tour de la question, etc. Je voudrais cependant bien appuyer sur le fait que nous n'avons pas interrompu pour autant nos "aventures libertines", et que nous n'avons en rien - bien au contraire - renoncé à notre style de vie, et encore moins renié nos principes. J'ai quelquefois été tenté de "reprendre", tant ce qui nous arrivait était incroyable, mais à chaque fois je me suis dit, à quoi bon? Est-ce que les 400 notes de ce blog n'ont pas déjà prouvé suffisamment combien ce genre de vie était amusant, excitant, vertigineux? Pour ma part je n'ai pas abandonné l'écriture, je raconte toujours ce qui m'arrive (et je crois que Madeleine en fait autant) mais ces récits sont contenus dans l'espace clos d'un journal intime (j'en suis à mon huitième tome manuscrit!). Comme dit, Madeleine, "dans 30 ans, il y a aura prescription, et nous nous réservons, à coup sûr, des moments fort piquants au coin du feu, quand nous serons vieux!" Ceux qui souhaitent nous écrire, pour avoir des conseils, ou pour nous rencontrer peuvent toujours le faire sur laclos75. Nous leur répondrons avec plaisir. Il n'est pas impossible, enfin, si j'en retrouve l'envie (et le temps) que je réactive un jour NOLDA... 

22 décembre 2008

Une énigme

Il y a deux semaines, reçu, le même jour, trois SMS de trois femmes différentes:

- Ces trois femmes ont un point commun, dis-je à Madeleine sur un ton énigmatique.

- Lequel?

- d'avoir fait tous les trois, un jour, l'amour avec nous... 

05 décembre 2008

Icongnito

   Ils marchent sur le boulevard le nez en l’air, descendent distraitement les escaliers du métro, ou mangent des petits gâteaux sur les bancs publics. Personne ne les remarque – et eux sont persuadés (comme c’est touchant !) qu’ils passent inaperçus… Mais moi, je SAIS d’où ils viennent (suis-je le seul ?). Je les ai identifiés au premier coup d’oeil à ce petit sac en plastique doré qu’ils portent à la main – quelquefois tenu plaqué contre leur poitrine, de peur qu’il ne s’ouvre, ou s’éventre... La scène a lieu, à toutes les heures du jour, sur le boulevard de Clichy. Dans ce sac : des magazine porno, des DVD cochons, des accessoires érotiques en tous genres. Nos innocents messieurs sortent d’un sex-shop

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03 décembre 2008

Grazielle again!

   Croisé tout à l’heure, par hasard, à la station Clichy, Grazielle, avec ses bottes de cuir et son manteau de fourrure. Elle me saute dessus, pousse des cris aigus (On se retourne). Soudain, elle prend un ton de reproche, fronce les sourcils : « Tu me négliges ces temps-ci, Georges, tu ne m’appelles plus comme avant… (un temps) C’est à croire que tu es occupé avec une « Petite »… (elle jette un regard assassin sur les femmes qui nous frôlent). Je secoue la tête fermement et souris intérieurement (« Pas seulement une, Grazielle, pas seulement une… »).

23 novembre 2008

Agenda libertin

   Il nous arrive encore, assez souvent, qu’on – je veux dire des lecteurs de NOLDA – nous pose des questions sur la manière dont notre couple "fonctionne". Nous y répondons du mieux possible, sans jamais nous poser en exemple, encore moins en modèle à suivre.   Dernièrement, une certaine Nadja nous a demandé comment nous nous organisions pour sortir. J’ai proposé une réponse générale, puis, dans un souci de clarté, j’ai ouvert mon agenda, et lui ai donné le détail, jour par jour, de la semaine que l’on venait de vivre, et c’est à ce moment que j’ai pris conscience que ce que nous vivions n’était pas tout à fait banal… Qu’on on juge :

Dimanche soir. Suis sorti vers 21h00 et rentré à l’aube (une baguette sous le bras), juste avant le réveil de la progéniture.

Mardi : Madeleine est allée à une soirée et revenue vers minuit et demi.

Mercredi : rien

Jeudi : rien

Vendredi : Madeleine est allée directement du boulot à une soirée (retour vers une heure du matin).

Samedi : nous sommes allés ensemble à un spectacle, puis j’ai prolongé ma soirée « ailleurs », pour ne rentrer que vers 4 heures du matin.

Dimanche soir : Madeleine m’a demandé si cela ne me dérangeait pas qu’elle « prenne un peu l’air ». Vers minuit et demi, j’ai reçu d’elle un SMS me disant que « finalement, elle préférait rester là où elle était »…

   Encore une fois toutes nos semaines ne sont pas comme celle-ci mais ce petit récapitulatif permet de voir que nous avons, pour un couple présentant tous les signes extérieurs de la normalité, un mode de vie un peu spécial

21 novembre 2008

Amour libre

   En revoyant pour la énième fois The Kid, constaté avec stupéfaction que Charly Chaplin y défend l’amour libre !

   La scène, rêvée par le héros, a lieu au Paradis (on porte des ailes d'ange). Deux hommes aiment la même femme. Le premier (une brute épaisse) tend le menton du second (le fragile Charlot) vers les lèvres de sa bien aimée. Un diable vient à passer, qui inspire la jalousie. S’en suit un pugilat où l’on se dispute la femme, naguère partagée...

   Les amours plurielles, doit-on croire, sont un idéal d’avant la chute

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16 novembre 2008

Prosélytisme

   Rencontré par hasard, la semaine dernière, dans un restaurant "normal", un couple qui nous a fait, deux heures durant, l’apologie des clubs libertins... (ils allaient aux Chandelles le soir même). Nous avons écouté sagement leur discours, feignant d’ignorer tout sur la question. Piquante soirée !

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