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25 février 2006
Peindre ou faire l'amour...
À tous les couples qui souhaiteraient renouer le dialogue interrompu, reparler de "cela" sans que l’un ou l’autre, en remettant le sujet sur le tapis, n’ait l’impression de dévoiler son jeu, à ceux-là nous ne saurions mieux conseiller d’aller voir en salle, ou de louer le DVD, ce très beau film des frères Darrieu (cf. Album), au titre si singulier: "Peindre ou faire l’amour". De ce film — je veux dire du jour où nous le vîmes et en parlâmes longuement ensuite, date le moment symbolique de notre entrée dans le monde, supposé néfaste, du sexe partagé. Symbolique car des conversations avaient, préalablement, aiguisé notre curiosité, préparé l’engouement qu’il suscita chez nous (voir note). Bref, on comprendra que nous trouvâmes dans ce film l’occasion idéale d’élucider quelques-unes de ces questions qui nous travaillaient.
Le film raconte l’histoire d’un couple d’une cinquante d’années, joués par Daniel Auteuil et Sabine Azéma, qui vivent et s’ennuient à Grenoble : lui, vient d’être mis à la retraite ; il tourne en rond dans son appartement en fumant cigarette sur cigarette. Elle, trompe son ennui en faisant de la peinture en amateur. Un jour, pourtant, Madeleine (le même prénom que ma femme), fait une rencontre étrange dans les montagnes du Vercors, où elle est allée poser son chevalet. Un homme se dirige vers elle à pas assurés et comptés, puis la salue : c’est un aveugle. Il s’appelle Adam, et il est le maire du petit village des environs. Celui-ci l’invite à le suivre pour visiter une superbe bâtisse abandonnée, qui serait à vendre. Madeleine tombe amoureuse de la demeure, elle en prévient aussitôt son mari, à qui elle fait visiter les lieux dès le lendemain. Lors de la visite, le couple, excité, se ranime comme par enchantement, et fait l’amour passionnément dans l’une des pièces de la maison. Bien vite, celle-ci est achetée et retapée : c’est une merveille absolue, avec une terrasse offrant une vue imprenable sur les montagnes du Vercors. Il se passe à peine quelques semaines qu’il reçoivent la visite du maire. Celui-ci les invite à souper chez lui, en compagnie de sa compagne, Eva. La soirée est délicieuse et très arrosée. Il règne une atmosphère très sensuelle, dans laquelle Madeleine et William se laissent baigner. Mais la nuit est tombée et les nouveaux arrivants, qui sont venus à pied en traversant la vallée qui sépare les deux maisons, veulent repartir. Adam se propose de les raccompagner par le même chemin qu’ils ont emprunté, à pied... Suit une scène extraordinaire, où l'aveugle guide ses invités dans la nuit, tandis que le spectateur, face à un écran noir, se voit réduit à imaginer la scène, à la seule écoute des bruits de pas et des petits cris de Madeleine. Symboliquement, Adam les conduit dans un monde dont ils ignorent tout, un monde obscure.... l’initiation a commencé… Pour répondre à cette invitation, Madeleine et William convient à leur tour le maire et sa compagne (entre temps, celle-ci s’est présentée chez Madeleine un matin pour lui demander de faire son portrait : scène troublante pour l’artiste, car la jeune femme s’est dévêtue intégralement sans rien demander à personne…). Ce second dîner est le tournant décisif du film. Tard dans la soirée, tandis que les couples se sentent de plus en plus proches, aidés aussi peut-être par l’alcool, voici qu'Adam demande à Madeleine en la prenant par le bras : " On monte ? ", et celle-ci de s’exécuter sans mot dire, comme magnétisée par l’aveugle. William reste seul, désemparé... pour s’aviser enfin qu’il n’est pas tout à fait seul… Eva le regarde, et l’invite à la rejoindre. Ici : ellipse (on ne voit pas les couples faire l’amour, hélas !…). Le lendemain matin, Madeleine et William, littéralement affolés, prennent la fuite. Ils se retrouvent face à face dans une chambre d’hôtel à Grenoble, éperdus. William enfin éclate : "Mais, Madeleine, tu ne te rends pas compte, ce sont des échangistes, ils sont très dangereux !". Madeleine reste silencieuse… Lorsqu’ils reviennent chez eux, les "échangistes" ont disparu. Conscients peut-être d’avoir commis l’irréparable, ils se sont éclipsés : ils sont partis dans une île lointaine (aux Marquises). Madeleine et William devraient se sentir soulagés, mais les voilà au contraire désemparés, perdus, affreusement inquiets. Ils comprennent que leur vie a basculé, et qu’ils ne pourront plus jamais vivre sans Adam et Eva. Dès lors, ils vont tout faire (je passe sur les détails) pour faire revenir leurs amis. Ils y parviendront, prenant pour excuse énorme le mariage de leur fille, impliquant la présence du maire... Pendant la fête, les deux couples s’isolent, se réconcilient, et dans une magnifique scène, refont l’amour ensemble. On les retrouve alors le lendemain matin, sur la terrasse, se caressant mutuellement, quoique chastement. Cependant, l’idylle ne peut durer, Adam et Eva doivent repartir dans leur île. Le couple est de nouveau seul, mélancolique, prêt cette fois à aller jusqu’au bout, à tout quitter pour suivre leurs amants. Ils mettent leur maison à vendre, et là survient une autre scène capitale, qui clôt le film, et lui donne tout son sens. Ils reçoivent en effet la visite d’un couple de Suisses, prétendument intéressés par la maison. Madeleine et William accueillent ces deux ravissantes personnes sur leur fameuse terrasse. Échanges de regards, allusions verbales : l’entente est parfaite. Avec le plus grand naturel, la jeune femme demande à William de l’accompagner aux toilettes. Sur place, elle se déshabille entièrement, sous les yeux médusés de l'hôte. Nouvelle ellipse. Lorsqu’ils redescendent l’escalier, ils voient leur conjoints respectifs dans une position qui ne laisse pas de douter de l’intérêt qu’ils se portent : Madeleine est assise, les jambes écartées, et se fait lécher la chatte par l’homme. Le lendemain matin, les couples se saluent cordialement, puis se séparent sans laisser d’adresse ("Nous ne revoyons jamais, dit la jeune femme, les gens avec qui nous avons fait l’amour"). Madeleine et William restent seuls, mais cette fois sans ressentir nulle angoisse, ils sont au contraire confiants, ils savent désormais que leur vie est là dans cette maison, et que cette vie nouvelle ne fait que commencer…
17:50 Publié dans Nos Films | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
...je me souviens...
L'élégance de Madeleine
La force mêlée au doute de William
L'érotisme dans l'accent d'Adam
Le mystère d'Eva
La sensualité des gestes
Le rouge de mes joues
Le pêché originel moderne (Adam et Ev(a)) de ce couple
Je crois que ce jour là, j'ai croqué la pomme avec eux.
Tout me rappelle l'émoi que j'ai ressenti lors de la projection de ce film et qui demeure dans mon esprit aujourd'hui.
Merci de me l'avoir fait revivre
Ecrit par : Leeloo | 07 mars 2006
C'est nous qui vous remercions d'embellir notre blog par ce délicieux poème. G. & M.
Ecrit par : georges | 08 mars 2006
Et avez vous vu "les textiles", sorti en 2004 et passé presque inaperçu ?
Sur le même thème que "peindre ou faire l'amour" (la découverte de l'échangisme) voilà un petit film bien plus vrai, ou disons bien plus proche de la réalité. Bien sur il ne faut pas prendre les personnages comme des stéréotypes, mais ils se tiennent bien. Les "candides" sont des gens normaux, c'est à dire qu'ils ont de vrais soucis (boulot, enfants, couple, argent). Les échangistes "confirmés" ne sortent pas de n'importe où comme d'un chapeau : ils sont là où on peut les trouver, c'est à dire par exemple dans une station balnéaire quelque part entre Montpellier et Perpignan (heureusement, le réalisateur à la délicatesse de dissimuler les données exactes et de ne pas montrer les côtés les plus chauds du vrai lieu). Et ils sont montrés comme il sont souvent (ou du moins comme ils étaient avant la vague des années 2000) : libres, cools, sympathiques et pourtant prédateurs. Les "marcheurs", c'est à dire les hommes seuls qui rôdent, sont présentés très fidèlement à la réalité, c'est à dire sordides.
Ce que ce filme montre bien, à mon avis, c'est la naissance d'un joli désir ambigu chez la femme "candide" qui résiste tant qu'elle peut à la séduction d'un petit groupe de partouzeurs. Et comment l'avenir de ce joli désir sera gâché par le mensonge et le désir bête et veule de son mari, très réel lui aussi.
Enfin voilà, c'est mon avis et comme je connais bien ce milieu que nous fréquentons depuis pas mal d'années (nostalgie !) je pense que je ne me trompe pas beaucoup.
Ecrit par : la vie au grand air | 11 septembre 2007