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25 février 2006

La sensualité au carré

À notre retour à Paris (cf. "Une conversation dans la montagne"), les choses ne devaient pas se dérouler tout à fait comme prévu. Les bonnes résolutions prises au sommet de la montagne s’étaient quelque peu émoussées. On n’était plus très sûr, on doutait à nouveau. Car l’écart, quoiqu’on dise, est considérable entre l’intention et l’action. Aussi bien tout cela aurait pu se diluer dans le quotidien. Mais un événement imprévu se produisit alors, qui eut un effet déterminant sur notre décision prise quelques semaines plus tôt, repoussée sans cesse, par peur ou pudeur. Au printemps dernier, nous avions fait la rencontre puis la connaissance de nos voisins du quatrième, un charmant couple, tout frais, avec qui le "courant avait passé". Madeleine m’avait fait remarquer que je m’étais montré plus qu’affectueux avec Claire, presque pressant, lui prenant la main, me serrant contre elle, etc. Elle avait même un peu insisté (comme si elle avait eu une idée derrière la tête), en me demandant si je la trouvais "jolie", si elle "m’attirait". Elle-même m’avait avoué qu’elle la trouvait sémillante, qu’elle comprendrait fort bien que je sois attiré par elle, et qu’au reste, Florent et Claire formaient un joli petit couple. J’avais répondu de manière évasive, détachée, et il m’avait alors semblé percevoir chez Madeleine comme une déception face à mon indifférence. Cependant, lors même que je n’y songeais pas avant, l’idée s’était introduite en moi que quelque chose pourrait se passer entre ce couple et nous. Le hasard fit que je les rencontrai dans l’escalier, et que, dans un mouvement d’inspiration subite, je les invitai à prendre un petit apéro chez nous. L’enthousiasme qu’ils manifestèrent m’encouragea et je fixai une date dans la semaine. J’en informai Madeleine, qui en fut d’abord un peu surprise, puis ravie.
Le jour dit, nos voisins débarquèrent chez nous, souriants, plein d’entrain : ils avaient l’air manifestement heureux d’être là. Dès lors tout alla très vite, trop vite sans doute, comme on en jugera par la suite… La conversation roula presque immédiatement sur l’amour, le sexe, la liberté sexuelle, puis l’échangisme. Nous étions, je dois dire, un peu débordés par les événements. C’était comme dans un rêve : ils comprenaient ce que nous disions, partageaient nos vues sur le désir. Ils avaient l’air ouverts et disponibles, avides de savoir, curieux de nous. Le regard de Florent s’alluma tandis que nous lui parlions de notre goût pour les romans érotiques. Le vin pétillant aidant, nos corps commencèrent à se rapprocher. Nous prîmes quelques photos de nous, serrés et enlacés sur le canapé, comme pour sceller symboliquement cette nouvelle union. Dans son enthousiasme, Madeleine entraîna Florent dans notre chambre pour lui montrer "quelque chose". Pendant ce temps, je me rapprochai un peu plus de Claire, qui riait aux éclats. Madeleine revint avec une brassée de livres, qu’elle remit entre les mains de nos invités, en les priant de les lire, leur assurant qu’ils étaient "diablement excitants". L’intimité était parfaite, nous mêlions dans nos discours l’éloge du mariage sublime et celui de la liberté sexuelle. La question du mariage en particulier (nous avions été jusqu’à ressortir notre album) excitait vivement Claire, qui salivait sur nos photos. Florent quant à lui regardait Madeleine d’une manière lascive. Quelque chose semblait céder en lui, une sorte d’ivresse. Nous étions, disons-le, tous TRÈS excités. Mais Claire coupa court à cette idylle, en rappelant à son compagnon qu’il se faisait tard. Pressentait-elle quelque danger ? Elle qui, au début de la soirée, semblait décidée à nous en remontrer quant à son ouverture d’esprit sur les questions sexuelles (elle défendait par exemple les affiches d’homos qui s’embrassent à pleine bouche, quand nous montrions au contraire une certaine réticence à leur sujet), paraissait maintenant se rétracter. Nous nous attardâmes un moment dans le corridor, il ne fallait plus que partir, mais Florent traînait les pieds ; l’un de ses bras enlaçait vaguement la taille de Madeleine, qui ne se dérobait pas. Enfin, sur un "bon ! on y va", lancé d’un ton décidé, nos amis nous quittèrent. La porte fermée, eux partis, nous restâmes un moment à nous regarder, stupéfaits de ce qui nous arrivait, songeurs et pleins de désirs. Les semaines qui suivirent cette soirée furent d’une grande intensité, car alors nous ne les "lâchâmes" plus. Ce fut pendant deux semaines, un échange permanent d’emails où l’équivoque le disputait à l’aveu. Ce sont ces mails que l’on trouvera reproduit dans une note ultérieure, en témoignage de cette drôle d'aventure, qui devait s’achever hélas dans la déception. Mais là n'est pas l’essentiel: grâce à Claire et Florent, et au bénéfice sans doute d’un énorme malentendu, non complètement privé de tout équivoque, nous avions pu nous imaginer dans la situation inédite d’une histoire où Madeleine et moi aurions été des "partenaires de séduction". Nous nous étions en quelque sorte projetés. Nous avions ressenti tous deux l’excitation spéciale d’une drague à deux, goûté les plaisirs de la sensualité au carré. Une fois cette page tournée, et définitivement tournée, une autre s’ouvrait où nous comptions bien prendre notre revanche…

Commentaires

Oui, sans doute sans cette "frustration" je n'aurais pas réussi à franchir le pas, mais je garde un regret car la façon dont avait commencé cette histoire était idéale à mon goût. J'ai adoré l'excitation des échanges de mails de plus en plus explicites (de notre point de vue du moins, mais sans doute était-il biaisé), mêlé de l'incertitude totale quant à la conclusion possible de cette affaire… Cela me plaisait plus que l'idée d'aller dans une "boîte échangiste" en sachant pourquoi on y allait (baiser) et que les autres étaient aussi là pour ça, ce qui à mes yeux manque de mystère, de doute et ne laisse que peu de place à la séduction.
D'un autre côté, j'avais bien conscience que ça n'irait pas sans problèmes : avoir ce genre de relation avec des voisins, qui plus est un jeune couple qu'on risquait de déstabiliser, n'était pas vraiment une bonne idée…

Ecrit par : Madeleine | 23 février 2006

Je suis impatient de lire la suite!

Ecrit par : fascinus | 23 mars 2006

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