25 février 2006

Une nuit au Cypris

   C’est au Cypris que nous avons rencontré Caroline et Cyril (cf. "Réponse aux Ci & Ci"). La date de leur rencontre? Difficile de l’oublier, c’était le jour de l’an ! Il n’était pas prévu, ce jour-là, que nous sortions, et encore moins que nous passions la nuit dans un restaurant libertin. Mais le sort en décida autrement. Des amis nous avaient nous proposé en effet au dernier moment de prendre notre fille chez eux… Comment refuser une telle proposition un jour comme celui-là ! À six heures, nous étions libres. Qu’allions-nous faire ? Nous entrâmes dans un cinéma au hasard, et vîmes le premier film qui se présentait. Ensuite nous nous mîmes en quête d’un petit restaurant pour fêter dignement l’année 2006. Là nous nous heurtâmes à une difficulté bien connue de tous ceux qui improvisent leur 31 : tous les restaurants étaient complets. C’est alors que nous aperçûmes l’enseigne du Cypris. Madeleine et moi n’ignorions évidemment pas que cet établissement était « un peu particulier ». Mais que nous coûtait-il, au point où nous en étions, d’essayer. Non sans quelque hésitation – Madeleine craignait qu’on nous vît dans la rue –  je poussai la porte, et entrai. La salle était vide. Les tables étaient disposées comme pour un mariage ou une communion. L’impression qui s’en dégageait n’en était pas moins chaleureuse, quoique surannée. Un serveur, tout de blanc vêtu et à la chevelure blonde abondante, s’avança. Je lui demandai si « à tout hasard » il ne restait pas une table libre : « Vous avez de la chance, me dit-il, on vient juste de décommander celle-ci ! Revenez dans une heure quand il y aura du monde ». Je consultai Madeleine. « Pourquoi pas? », me dit-elle en éclatant de rire. Nous fîmes un petit tour et, à l’heure dite, rentrâmes dans au Cypris. Quelques couples y étaient déjà installés. Nous prîmes l’air le plus décontracté possible, tout en jetant quelques coups d’oeils furtifs sur les convives. Pour lors, rien ne distinguait ce restaurant d’un restaurant normal. Nous nous mîmes à bavarder. Cependant la salle se remplissait, des couples, d’âge plutôt avancé dans l’ensemble, arrivaient, et bientôt la salle fut comble. Il y avait dans cette petite assemblée quelque chose de provincial (je remarquai par exemple un homme qui ressemblait un peu à mon oncle), presque comique. Un couple, installé à notre droite, tenta d’échanger deux mots avec nous. Le moins que l’on puisse dire, exception faites des tenues sexy des femmes (et encore !), c’est que tout était normal. Pourtant, à l’approche de minuit, l’ambiance changea du tout au tout. Plusieurs couples se levèrent pour danser. Nous fîmes de même sans nous faire prier. Très vite, les couples échangèrent leurs partenaires, et firent connaissance. Madeleine dansa successivement avec plusieurs hommes, tandis que, de même côté, je l’imitai en invitant des dames... Aucune d’elles ne m’attirait véritablement, si ce n’est une jeune personne de couleur, dont j’admirais la robe outrageusement décolletée. À mesure qu’on avançait dans la nuit, les défenses tombaient, les caresses se faisaient plus pressantes, plus suggestives. Madeleine en l’occurrence était convoitée par deux hommes, qui ne boudaient pas leur plaisir. L’un deux, la trentaine environ, semblait avoir jeté son dévolu sur elle, et montrait beaucoup d’ardeur… J’observais la scène avec un mélange d’amusement et d’inquiétude. Je décidai de m’intéresser à la compagne de ce garçon pour introduire une sorte d’équilibre. Sans grand succès. Heureusement, la métisse me tomba dans les bras. Elle était accompagnée d’un garçon aux traits épais et aux sourcils froncés. Tablant sur le fait que nous étions dans un endroit où la jalousie n’est pas de mise, je ne me gênai pas et caressai sans retenue le dos de ma compagne (sa peau était très douce). Sensible à mes caresses, elle fit soudain tomber sa robe, me dévoilant ses jolis petits seins… Bien que joliment excité par elle, je n’osai aller plus loin : le rustaud me regardait méchamment... Pendant ce temps, le courtisan de Madeleine avait fait des progrès : il se frottait allègrement sur ses fesses, et lui glissait des petits mots doux ( ?) à l’oreille. Madeleine me consulta pour savoir ce qu’elle « devait faire ». Il n’y avait qu’une solution : les emmener chez nous, et faire l’amour ensemble. Mais les choses ne se passèrent pas de la sorte. La compagne du garçon faisait blocage. Ils désertèrent les lieux subitement, sans autre forme de procès. C’est alors que, contre toute attente, se produisit quelque chose d’extraordinaire. Une femme très belle, moulée dans une robe gris métallique, que je n’avais pas repérée jusqu’alors, mais que Madeleine, elle, avait remarquée, se dirigea à pas lent vers Madeleine, l’enlaça avec langueur, porta ses lèvres contre les siennes et… lui mit des menottes. Je restai stupéfait. Le couple qu’elles formaient toutes deux, poitrine contre poitrine, était sublime. Madeleine semblait complètement subjuguée. Je m’approchai prudemment et tentai d’embrasser à mon tour la jeune femme. À mon grand désarroi, elle me repoussa : c’était Madeleine qui l’intéressait, et rien qu’elle ! J’étais totalement désemparé. Cependant le restaurant allait fermer ses portes. Un homme au visage dur – le compagnon de la femme aux menottes – libéra les deux prisonnières à l’aide d’une clé. Nous nous retrouvâmes tous les quatre dehors. Après avoir échangé quelques mots, nous les conviâmes chez nous, sans trop savoir ce qui se passerait. Il ne se passa rien. Rien de sexuel en tout cas. En revanche, nous parlâmes longuement. Ce couple était adepte des pratiques sado-masochistes. Cyril se prétendait expert en la matière, et se présentait volontiers comme « l’initiateur », voire le « Maître » de sa belle « esclave » Caroline. Son assurance, et sa tendance au prosélytisme, me déplaisaient vaguement, mais je l’écoutai. Après nous avoir raconté leur histoire, et célébré méthodiquement les plaisirs de la « punition », ils nous apprirent qu’ils organisaient des « soirées privées » sur ce thème, et qu’ils aimeraient beaucoup nous y avoir. Nous nous séparâmes sur cette promesse d’invitation. Et c’est ainsi que s’acheva notre soirée du jour de l’an, sur un mélange de frustration (sexuelle) et d’excitation (intellectuelle).

 

Commentaires

J'ai lu il y a peu de votre main le regret de ne trouver plus souvent matière à débat dans les commentaires qui vous sont faits. Alors c'est sans trop d'inquiétude et sans offensivité que je me permets de vous dire ma réaction à ce post.

D'une part, je relève le premier mouvement d'hésitation de Madeleine lorsqu'il s'est agit de rentrer ou plutôt d'être vue entrant dans un restaurant échangiste. Mais je comprends cela, d'autant plus que votre épanouissement dans le libertinage semble encore récent. J'aimerais cependant savoir si aujourd'hui vous l'assumez pleinement ou non, "au grand jour".

Ce que je souhaite noter surtout, c'est votre remarque sur le fait que la jalousie n'est pas sensée être de mise dans un tel endroit, alors que dans les fait, elle l'est tout de même un peu (c.f. le regard méchant d'un homme et votre besoin de rétablir un équilibre...).

De telles pratiques libertines sont séduisantes... mais ne le sont elles pas réellement que si les deux membres du couple trouvent matière à satisfaire leur gourmandise simultanément?
Les fois où cela n'est pas le cas doivent tout de même être sources soit de grande frustration pour l'un des deux si le couple décide d' "abandonner le navire", soit d'un certain malaise ou d'une certaine jalousie si on laisse les choses suivre leur cour malgré la disymétrie existante...

Qu'en pensez vous?
(notez que je ne cherche absolument pas à vous mettre en défaut... j'essaie de comprendre comment de telles situations sont vécues par des couples comme le vôtre...)

Ecrit par : fascinus | 22 mars 2006

Vous touchez juste, cher Fascinus. Je vais vous répondre sur les deux points. Si nous avons hésité avant d'entrer dans ce restaurant, c'est qu'il se trouve à deux pas de chez nous et que nous connaissons beaucoup de monde dans le quartier… Et si je peux envisager de parler de cette aspect de notre vie intime à des amis proches, je n'ai pas envie que tout le monde soit au courant (car je pense que cela peut être très mal compris).
Sur la jalousie, en effet, malheureusement elle existe encore dans ce genre d'endroits, surtout qu'en l'occurence il s'agit d'un restaurant et je pense que certaines des personnes présentes avaient seulement pour but de s'émoustiller un peu et pas forcément d'aller plus loin (ce qui de toute façon n'aurait pas été possible sur place). La question la plus difficile est celle de l'asymétrie, et j'y vois moi aussi une des grandes limites de l'échangisme. C'est déjà si rare d'être ému par quelqu'un, de désirer un autre corps (enfin, je parle pour moi qui n'ai pas de "coup de cœur" tous les jours), alors la probabilité que la moitié de cette personne fasse également "flasher" notre moitié me paraît très très faible… Cette soirée étrange a, d'un certain point de vue, été un peu ratée à cause de cette obligation de réciprocité : la compagne du jeune homme qui me plaisait faisait la tête (peut-être qu'elle ne voulait pas venir dans cet endroit et qu'il l'y avait poussée, peut-être se sentait-elle jalouse finalement ou encore n'était-elle pas du tout attirée par Georges), le compagnon de la jolie métisse montrait les crocs… J'ai trouvé cela dommage. Mais je ne vois pas trop comment on aurait pu éviter cela…

Ecrit par : Madeleine | 22 mars 2006

Très mal compris, oui, sans doute. Et en lisant ce soir vos réponses à la question de l'éducation de votre enfant, je devine que pour lui, au delà d'une question d'image de soi, il est important que vos libertés ne soient pas affichées...
Effectivement, la concordance des désirs entre les membres de deux couples ne doit pas si facilement trouver place.
Merci une fois encore pour le dialogue que vous permettez!

Ecrit par : fascinus | 23 mars 2006

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