27 février 2006
Quand la réalité dépasse la fiction
Lorsque Corneille dit que le "vrai peut ne pas être vraisemblable", je ne suis pas loin quelque fois de lui donner raison: j’en veux pour preuve ce qui m’est arrivé ce matin. Avant-hier soir, comme certains s’en souviennent peut-être, Madeleine et moi étions au No Comment (cf. "Notre troisième soirée au No Comment "). Au moment de partir, alors que nous stationnions devant les vestiaires dans l’attente de nos manteaux, je remarquai derrière nous une très jeune femme, qui attendait comme nous ses vêtements. J’eus tout de suite la très vague impression que ce visage ne m’était pas inconnu : comme je me tournai vers elle pour la dévisager plus à loisir (elle était, ma foi, fort désirable dans sa robe noire moulante), je me rendis compte qu’elle détournait le regard, comme gênée... Ne parvenant pas à me souvenir où j’aurais pu rencontrer cette jeune fille, ou à me souvenir à qui elle pouvait ressembler parmi mes connaissances, j’abandonnai mes recherches et n’y pensai plus. Jusqu’à ce matin même, où mes yeux se dessillèrent brutalement. Tandis que je m’installais au pupitre pour faire ma conférence, mon regard fut attiré au premier rang par une auditrice qui me dévisageait avec attention. Je croisai son regard en ouvrant ma serviette: C’était ELLE ! Ce fut comme si la foudre me tombait dessus. Je bredouillai quelques mots d’introduction sans parvenir à détacher mes yeux des siens. Mais était-ce vraiment ELLE ? me disais-je intérieurement. Je mis quelque temps à retrouver mon sang froid. Retrouvant enfin ma sérénité, je commençai ma conférence en essayant de masquer mon trouble. De temps à autre, pendant qu’elle prenait des notes, je jetais des coups d’œil furtifs vers elle, en quête d'indices. La jeune femme de l'autre soir avait-elle les yeux aussi cernés ? Ses lèvres étaient-elles aussi bien dessinées ? Je commençais à douter et à me dire que j’étais victime d’une illusion ( Illusion comique , Corneille again !), toutefois, je ne parvenais pas à me départir complètement de l’idée que cela pouvait Corneille quand même être la personne qui, avant-hier soir, se tenait droit derrière moi au No Comment . Durant la conférence, elle acquiesçait à tout ce que je disais, et ne semblait donner aucun signe de trouble. Une fois, même, alors que je posai une question au public, elle leva la main et proposa une réponse. Je l'en remerciai d'un signe de tête. Durant cette heure et demie que dura mon intervention, je ressassais la même question : Ne devais-je pas, au moment où l’assemblée quitterait la salle de conférence, l’interpeller et lui poser une question banale, histoire de recueillir des indices supplémentaires ? Je n’en eus pas le temps : à peine eus-je prononcé les derniers mots de conclusion, que ma jeune auditrice se leva et quitta la salle sans autre forme de procès. Je restai un moment rêveur à mon pupitre, puis quittai à mon tour la salle vide. J’avoue que je donnerais cher aujourd’hui pour savoir si cette jeune fille qui s’était donnée à un homme, et peut-être à plusieurs hommes dans une boite échangiste, était la même qui m’écoutait si attentivement ce matin. Mais sans doute ne le saurai-je jamais !
23:10 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
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