28 avril 2006
Diane: "partagée mais unie"...
J'ai achevé aujourd'hui le petit récit, intitulé Diane, que Madeleine m'avait laissé pendant son absence. Je n'ai pas l'habitude de prendre à la légère ses recommandations en matière de lecture. Aussi me suis-je plongé dedans, en dépit des réserves qu'elle émettait ("ce n'est qu'un roman de gare"), persuadé que j'y trouverais quelque chose qui ferait écho à notre existence, résonnerait pour nous de manière spéciale. Je n'ai pas été déçu. Certes, et je le dis pour ne plus y revenir, le style de ce roman est assez pauvre, pour ne pas dire insignifiant (en l'occurrence je déteste l'emploi que fait John Flaherty-Cox du passé composé), et sa construction dramatique d'une faiblesse affligeante. Mais, indépendamment de ces défauts-là, ce livre a plus que retenu mon attention. D'abord, l'avouerai-je, il m'a fortement excité: quand je dis qu'il m'a excité, je veux dire qu'il m'a fait vraiment bander. Ce qui n'est déjà pas si mal - du coup je me suis dit que dans les trains tous ceux qui lisaient des "romans de gare" bandaient ou mouillaient durant tout le trajet! Mais si ce n'était que cela. Dans sa simplicité et sa naïveté mêmes, ce livre, qui encore une fois n'a aucune prétention littéraire, ni aucune prétention philosophique à défendre quel que système que ce soit, ou à livrer des clés "sur la vie", ce livre, qui se contente, au fond, de faire se succéder des scènes torrides (avec une montée en puissance), ce livre m'a éclairé, oui je dis bien éclairé sur ce que nous vivons Madeleine et moi, ou plutôt il m'a permis de mettre des mots tout simples sur notre conception de la sexualité, du couple, de la fidélité, etc. Le plus direct, pour me faire comprendre sera de citer des passages. Mais avant il faut dire un mot de "l'intrigue" (quoique le mot soit trop fort): une jeune américaine, Diane, quitte son boulot avec une grosse indemnité de départ. Elle décide de faire un break, de vivre sa vie, de se consacrer un peu à elle... On ne peut imaginer point de départ plus ordinaire, moins spectaculaire. Elle a une relation avec un homme qu'elle connaît depuis peu: il s'appelle Etienne. Il est riche (à noter que ceux qui ont une fibre politique, une sensibilité prolétarienne par exemple, seront irrités par ce roman, où jamais il n'est question de difficultés financières, de problèmes de logement par exemple: les mots-clés de cette vie-là, c'est "piscine", "champagne", "décapotables", "bijoux", etc. A priori tout pour me déplaire, et tout pour séduire des minettes en mal de sucreries). En dépit des irritations que le roman ne laisse pas de produire dans ces premières pages, où l'héroïne a, ce qui s'appelle, zéro problème, où tout se passe à merveille (son bonheur est complet de la première ligne à la dernière), eh bien! en dépit de cette guimauve-là, on se laisse prendre à cette histoire, toute entière tournée (on le découvre progressivement) vers l'expression d'une forme nouvelle d'amour, axée sur la sexualité partagée. Nous y sommes! C'est là qu'il faut nous taire et laisser parler l'auteur.
Pour la première fois l'héroïne fait l'expérience de l'amour à trois, avec deux hommes (Etienne, son amant, et un ami à lui, Paul)... Elle se laisse aller à ce plaisir neuf en expérimentant diverses combinaisons. Puis l'auteur lui fait dire ceci: "J'étais vraiment très heureuse et j'avais envie de leur faire partager mon bonheur. J'avais envie de leur offrir tout ce que je possédais, mon corps, mon âme, ma vie peut-être. Je n'étais plus dans un monde ordinaire, je me sentais ailleurs dans un monde nouveau. Dans ce monde-là, l'amour était simple et pur, sans désir de possession, hors du temps. Tout paraissait possible et tout l'était. Je me sentais sauvage, et vierge. Etienne, penché sur moi maintenant, embrassait tendrement mes lèvres, et Paul, entre mes cuisses, me léchait doucement." Plus loin, il y a cette phrase que je trouve magnifique de simplicité et de justesse: "Je les ai laissés profiter de moi comme ils voulaient, puis j'ai joui brusquement en criant, partagée et unie." Partagée et unie: telle est la clé de cette nouvelle configuration amoureuse fondée sur l'idée de partage sans idée de perte ou de possession. Vision confirmée plus loin dans un autre passage encore plus explicite à ce sujet: "Je remerciais Etienne de permettre cela, de rendre possible ces instants de bonheur, de me partager sans me perdre, me faisant de découvrir de nouvelles formes d'amour." Mais comment ce partage est-il possible, comment ne débouche-t-il pas sur l'éclatement du couple? Réponse de l'auteur par la voix de Diane: "Etienne m'offrait, mais ne me donnait pas. Il ne prêtait de moi qu'une seule partie, celle qui me rendait plus forte encore, épanouie, sereine. Celle qui le rendait, lui, responsable de moi. Il me montrait ainsi qu'il était mon ami, et qu'au-delà de nos fantasmes existait entre nous une relation à laquelle personne d'autre n'avait accès, même pas Paul à ce moment-là. Etienne ne trichait pas, je ne trichais pas non plus. Aucun de nous ne jouait un rôle. Nous étions simplement en train de nous aimer, d'aimer la vie et l'amour dont nous étions capables, tous trois ensemble." Ce roman est sauvé définitivement à nos yeux par ces quelques phrases qui résument à la perfection notre idée de l'amour.
19:50 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
Commentaires
bonsoir, je viens de lire votre texte qui donne envie de lire ce livre, mais existe-t-il vraiment ? si oui, serait-il possible d'avoir le titre et le nom de l'écrivain,
je vous souhaite un bon week-end du 1er mai
Odile
Ecrit par : odile | 28 avril 2006
Oui! bien sûr! (je comptais de toute façon le mettre ce soir dans la liste des livres en marge).
John FLAHERTY-COX, Diane, Pockett ("Éditions Blanche"), 2000, 169 p.
Venez-vous pour la première fois sur ce blog, Odile?
Ecrit par : Georges | 28 avril 2006
"Etienne m'offrait, mais ne me donnait pas. Il ne prêtait de moi qu'une seule partie..."
Je trouve que cette phrase est encore très proche d'une conception ancienne et judéo-chrétienne du couple, basée sur l'appartenance à l'autre, car l'offrande est liée à la possessivité. S'il offre sa femme, c'est qu'il considère qu'il la possède, non ???
Ecrit par : CASAN | 30 avril 2006
Une nuance est peut être à envisager, Casan ; c'est ELLE qui considère que Etienne l'offre et qu'il ne la donne pas, pas LUI.
non?
Ecrit par : lucile | 01 mai 2006
Peut-être Lucile, mais cette nuance n'évacue pas l’existence de possessivité derrière ces actes
Ecrit par : CASAN | 02 mai 2006
Etienne offrait Diane à Paul (pas moi, bien malheureusement), certes, mais je vois surtout qu'il offrait à Diane une preuve de son amour, non ?
Ecrit par : Paul | 03 mai 2006
Je lis actuellement la suite intitulée "Etienne". C'est affligeant, mais bandant. Les vieux poncifs fantasmagoriques que l'auteur inflige à la culture africaine m'ont profondément agacé - surtout en ce qui concerne un pays que je connais bien - mais je dois avouer que ce roman pornographique atteint son objectif. Ce qui m'étonne, c'est qu'on doive traduire de l'anglais ce genre de daube. N'y a t'il donc pas un auteur francophone pour faire une telle soupe ? Et si nous écrivions un roman de gare érotique, Georges ? Nous saurions certainement utiliser les mésanges à bon escient...
Au fait, qu'avez-vous contre l'emplois du passé composé ? C'est ce qui est utilisé dans les polars, et cela donne habituellement un certain rythme.
Ecrit par : Vagant pour Affrivolante | 16 février 2007
Pour être franc avec vous, Vagant, je crois que nous pouvons faire mieux, beaucoup mieux... On peut en reparler, si vous voulez, par mail, ok?
G.
Ecrit par : Georges | 16 février 2007
Merci pour tous ces commentaires... John Flaherty-Cox
Très amicalement.....
Ecrit par : Flaherty-Cox | 31 octobre 2007
jfc parle français !!
Ecrit par : yesca | 14 juin 2009
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