01 mai 2006
Les mauvaises raisons de devenir libertin(e)
Cela faisait un moment que ce sujet me trottait dans la tête… J’étais un peu mal à l’aise parfois en lisant les notes enthousiastes de Georges, à la limite du prosélytisme, sur la "sexualité partagée". Certes, il a raconté aussi comment une soirée peut mal tourner (cf. Un fiasco à l’Overside), mais ce n’est sans doute pas ce que l’on retient de la lecture du blog. J’estime donc qu’il faut peut-être faire un peu contrepoids à cette vision trop rose du libertinage et rappeler, tout d’abord, que l’on ne devient pas libertin en un jour (cf. réponse à Katia) – en tout cas pas sans prendre quelques risques pour le couple – et aussi, pourquoi pas, qu’il y a de mauvaises raisons de vouloir le devenir. Je vais essayer de les lister brièvement; nous pourrons ensuite en discuter plus longuement dans les commentaires car je pense que vous aurez des expériences à nous faire partager sur ce sujet.
- Pour être "branché". Il ne se passe pas un mois sans qu’un magazine ou une émission de télévision ne parle des "nouveaux lieux de perdition" de la capitale, avec en général un journaliste qui se dévoue pour faire un reportage sur le terrain et quelques images bien racoleuses… Il paraît que cela a eu un impact certain sur la fréquentation des clubs... Mais ne s'agit-il pas d'une fréquentation particulière? "Voyeurs" au sourire ironique ou couples un peu affolés par ce qu’ils découvrent...
- Comme antidote à l’infidélité (déjà – et en général mal – vécue, ou fantasmée): je trouve cela hypocrite. On peut reconnaître en toute honnêteté que l’on ressent des désirs pour d’autres personnes sans pour autant avoir besoin de la bénédiction - et surtout de la présence - de sa moitié pour concrétiser ces désirs. Il y a là une volonté ultime, me semble-t-il, de contrôler l’autre, de lui imposer un cadre, une surveillance, et dans ce cas l’on ne peut pas vraiment parler de liberté.
- Pour ressouder un couple en crise: le libertinage requiert un couple solide, si possible se connaissant de longue date et où la confiance est totale. Un couple qui se lancerait dans cette voie par désespoir, avec des comptes à régler, et pour qui le libertinage serait le dernier espoir, va droit dans le mur.
- Pour faire plaisir à son compagnon (ou sa compagne): on peut je crois soupçonner un certain nombre de femmes (mais peut-être aussi d’hommes?) d’être dans ce cas quand on les voit en club si peu enthousiastes, "freinant des quatre fers", avec sur leur visage l’envie affichée de fuir l'endroit au plus vite. Cela part peut-être d’un bon sentiment mais donne de piètres résultats car le compagnon ou la compagne en question ne peuvent être dupes bien longtemps.
- Pour "faire une expérience", comme s’il s’agissait de cocher toutes les cases, avant de se ranger définitivement (un peu dans l’esprit des "enterrements" de vie de jeune fille ou de garçon)
Sans doute y a-t-il encore d’autres mauvaises raisons auxquelles je n'ai pas pensé, mais je vous fais confiance pour réparer cet oubli…
22:15 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note
Commentaires
Tiens c'est marrant, coïncidence ou pas, il y a quelques idées communes avec mon post du jour...
Les grands esprits se rencontrent !
Ecrit par : Lucien | 02 mai 2006
Je ne vois rien à ajouter chère Madeleine, tout cela est très juste. Cependant, tu as surtout énuméré les mauvaises raisons de "fréquenter les clubs échangistes" me semble-t-il. Car on peut être "libertin" sans aller dans les clubs, non ?
Ecrit par : CASAN | 02 mai 2006
Exact cher CASAN, et je suis on ne peut plus d'accord avec vous, pour moi le libertinage excède de loin la fréquentation de ces clubs. Mais je crois que certaines de ces mauvaises raisons restent valables en dehors de ce cadre…
Ecrit par : Madeleine | 02 mai 2006
Mon point de vue de libertine dans l'âme mais pas (encore) dans la pratique (au passage je remercie Lucien de donner une légitimité aux personnes novices en la matière dans la dernière note de son blog) :
Selon moi, la raison ne doit pas (et ne peut pas dailleurs) rentrer dans le domaine de la sexualité ou des sentiments.
A partir du moment, où l'on fait telle ou telle chose par raison, ça ne peut pas fonctionner ou alors on prend le risque d'avoir des regrets.
Quand je vois "raison" et "libertin" dans la même phrase, je me dis qu'il y a non-sens.
Pour ma part, je suis poussée par mes envies et mon libre arbitre. C'est le meilleur moyen de vivre les choses pleinement.
F
Ecrit par : Flore | 02 mai 2006
Le sujet est lancé !
Le plus intéressant sera de recueillir les "bonnes raisons de devenir libertin(e)".
En attendant, évitons les clichés, méfions-nous des mots qui cloisonnent mille réalités subjectives et continuons à étudier ce passionnant sujet...
Bises
Ecrit par : Electronic-lover | 02 mai 2006
Je rejoins totalement Flore, on pourrait donc dire qu'il n'y a pas de "bonne" raison de devenir libertin(e), il n'y en a que de mauvaises dès lors qu'il s'agit de raison, c'est-à-dire d'un processus uniquement intellectuel - même si on peut aussi intellectualiser tout cela, cf ce blog ! Mais il faut surtout au départ en avoir envie, et que cette envie soit partagée dans le couple, ce qui me paraît moins évident.
Ecrit par : Madeleine | 03 mai 2006
Bien qu'étant non libertine, je rejoins totalement Madeleine lorsqu'elle nous dit qu’il existe de mauvaises raisons de "basculer" dans le libertinage. Mais détrompez-vous, je ne suis absolument pas une fervente défenderesse de la fidélité comme on l'entend dans notre société judéo-chrétienne... juste une jeune femme qui, confrontée à la question du libertinage, s’est interrogée sur ses envies et ses limites.
Sans parler d'admiration, j'éprouve toutefois beaucoup de respect envers ce que j'appelle les "vrais" libertins. C'est-à-dire ceux qui, de manière concertée et assumée, arrivent à faire fi de notre instinctive jalousie pour atteindre un niveau bien supérieur de complicité et de confiance.
Pour ma part, loin d'être frustrée de ne pas faire partie de cette famille alternative, je suis au contraire heureuse comme je ne l'ai jamais été... j'ai trouvé "mon autre". Il est mon amant, mon ami, mon confident... Il n'est pourtant pas parfait (bien qu'aucun de ses défauts ne semble en être un à mes yeux), il est simplement celui qui me correspond. Celui-là justement n'est pas sans ignorer le milieu libertin. Pourtant à ma grande surprise, depuis que nous sommes ensemble, il ne montre plus grand intérêt à ces plaisirs et affirme même ne pas du tout avoir envie de me partager. Connaissant sa nature, mon ouverture d’esprit (ce n’est pas de la fausse modestie, c’est lui qui le dit !) et la sincérité de nos échanges, je ne le soupçonne absolument pas de taire ses envies par peur de me perdre. Il est aussi vrai que notre entente et complicité sexuelle est telle que, chaque jour est une nouvelle occasion de se surprendre... mais quand même !! Qu'ai-je de plus que toutes ces demoiselles qui ont croisé son chemin. Je sais qu'il y en a eu de très belles, intelligentes, voire riches... alors pourquoi ? Pourquoi moi ? En quête de compréhension, je me suis donc intéressée de plus près à cet univers qui m'échappait. Après de nombreuses discussions, parfois douloureuses, j'ai petit à petit compris ses motivations. Mais il y avait toujours certains éléments qui m’échappaient, pour la simple et bonne raison qu’ils ne peuvent être perçus que s’ils sont vécus. C’est alors que par « chance », un couple d’amis dont nous connaissions les goûts libertins, nous ont proposé une soirée en club. Les choses étaient claires : Il n’y aurait pas d’échangisme, ni même de mélangisme, n’ayant ni mon ami, ni moi, envie de cela. La seule hypothèse envisageable était que, nous profitions de ce lieu chargé d’électricité érotique, pour s’abandonner à des phantasmes concernant exclusivement nos deux personnes… car si je vous aie dit que je n’étais pas libertine, ce n’est pas pour autant que je ne suis pas libérée ! J’avoue avoir un côté exhibitionniste… pas genre pervers sous le manteau, mais j’aime l’idée que l’on nous trouve beaux et que l’on envie notre complicité…
La décision était prise, nous irions en club. Je dois admettre que j’étais beaucoup excitée à l’idée de cette petite virée que mon ami… la nouveauté surement ! Je me suis même surprise à ne pas avoir de doutes ou d’inquiétudes. Pourquoi ? Tout simplement parce que j’ai une véritable confiance en notre couple. Ces doutes ne se sont d’ailleurs pas plus réveillés une fois arrivés sur les lieux. Une nouvelle fois « pourquoi » ? Et bien parce que nous en avons beaucoup parlé auparavant, que j’ai exprimé ce dont je n’avais pas envie, ce qui pouvait nous mettre en péril… C’est donc tout naturellement que nous avons fixé NOS règles. Nous nous y sommes tenus, sans pour autant s’être retenus, autant moi que lui… car reconnaissons-le, je n’étais pas à l’abri face à la danse de tous ces corps, d’avoir envie de m’initier à leur pas. Mais non. Le seul ballet auquel nous avons participé, était le nôtre. Nous avons eu quelques spectateurs, apparemment ravis, contentant par là-même mon penchant pour l’exhibition. Vous serez peut-être surpris que je parle peu du ressenti de mon ami. C’est tout simplement parce qu’il était de connivence avec le mien… Nous sommes ainsi repartis comme nous étions venus : unis et épanouis.
Cette sortie « libertine » m’a appris beaucoup de choses : tout d’abord que notre entente et confiance était vraies et puissantes, et cela bien au-delà de ce que je pressentais, mais surtout que sans le libertinage au sens strict, nous étions aujourd’hui pleinement heureux... Alors pourquoi vouloir absolument faire entrer cela dans notre vie ? Ce n’est parce que l’un de nous a, à un moment de sa vie, aimé partager sa partenaire et se voir en offrir d’autres en retour, que cela doit être immuable. A ce titre, je ne dis pas non plus que nous n’aurons – oui, je dis bien nous – envie de (re)nouer avec le monde libertin. Je dis simplement que nous n’avons pas aujourd’hui de bonne raison de le faire, puisque pour nous, la seule bonne raison, s’il en est une, demeure l’envie.
Nous restons bien évidemment à l’écoute des désirs de chacun, sachant pertinemment qu’un jour ou l’autre nous pourrions ne pas avoir les mêmes envies au même moment. Notre force sera alors le dialogue. Je suis profondément persuadée que c’est l’unique moyen d’arriver à une satisfaction pour l’un sans blesser l’autre.
Pour conclure, à la question précédemment auto-administrée « Pourquoi moi ? », je répondrai « parce qu’aujourd’hui c’est avant tout NOUS ».
Ecrit par : VivementNous | 03 mai 2006
Et cela rejoint la petite note de Flore sur la "légitimité des novices" et le fait qu'on peut être complices et libertins sans forcément chercher à pratiquer...
Trés beau commentaire Madame VivementNous !
Ecrit par : Lucien | 03 mai 2006
En ce qui me concerne, la raison (bonne ou mauvaise) qui m'a décidée à me lancer dans l'aventure du libertinage, a plutôt été le déclencheur d'un état libertin dans lequel je me trouvais depuis de nombreuses années et qui ne demandait qu'à s'épanouir.
Trouver des raisons d'être libertin ne veut-il pas dire qu'on ne l'est pas tout-à-fait ?
Ecrit par : Laurence | 03 mai 2006
En lisant la question de Laurence, j'ai eu une révélation : "mais oui, c'est ça !! C'est exactement ça !!! Il n'existe pas de raisons de devenir libertin, puisqu'il ne s'agit pas ici de raison mais bien d'envie." D'ailleurs, on ne se réveille pas un matin en se disant : "aujourd'hui est le jour où j'ai décidé de devenir libertin". En somme, on ne "devient" pas libertin, on se "révèle"...
Mais alors pourquoi cherche-t'on quand même des raisons? C'est alors que m'est survenue la réflexion suivante : Même s'il est évident que certains ont des prédispositions au libertinage (caractère, expériences, éducation...), cela ne me semble pas tout à fait de l'ordre de l'inné. Nous ne sommes pas ici dans le besoin mais bien dans l'envie, car reconnaissons-le, le libertinage ne nous est pas vital au sens strict du terme... Cette envie de libertinage est créée, comme bon nombre d'envies, par la confrontation de notre propre existence à celle de nos congénères. Le libertinage est donc bien loin de cet instinct animal qui nous pousse à nous accoupler au plus grand nombre de partenaires possibles, afin d'assurer notre descendance... Le libertinage appartient plutôt à une démarche d'intellectualisation, voir de conceptualisation des rapports physiques multiples, car il est stimulé par la recherche de plaisir et de volupté.
Dès lors, on comprend pourquoi notre esprit est tenté de trouver des raisons, et même des justifications, à nos pratiques libertines. C'est à la fois leur conférer une certaine légitimité, qui rassure notre morale et calme notre culpabilité, mais c'est aussi affirmer que l'on reste maître de sa sexualité et donc flatter notre condition d'animal raisonnable !
Ecrit par : VivementNous | 04 mai 2006
Georges, je crois qu'on a trouvé une nouvelle interlocutrice de choix...
Madame VivementNous devrait s'ouvrir un blog et nous rejoindre dans la grande famille des B.L.I. (blogs libertins intelligents) ...
Ecrit par : Lucien | 04 mai 2006
bravo ! nous allons désormais très loin dans l'intellectualisation du libertinage... on est en pleine dissertation (thèses, anti-thèses)! à quand la synthèse ?
cependant, je n'ai rien lu - dans cette abondante littérature - concernant l'excitation procurée par le désir de repousser certaines limites (sociales, physiques,...)
Ecrit par : Paul | 05 mai 2006
En réponse à Paul : oui l'ami, c'est tout à fait fondamental à mes yeux aussi. Le tutoiment des limites, bousculer les tabous, se jouer des règles admises, c'est le ressort de tout érotisme. C'est aussi le moteur des esprits curieux, novateurs, créateurs...
J'avais écrit un article à ce sujet: "Question de limites", en aout 2005.
http://spaces.msn.com/electronic-lover/blog/
cns!45B50223415F7E24!444.entry
Ecrit par : Electronic-lover | 05 mai 2006
Je suis désolée pour ceux à qui mes commentaires ont rappelé de (mauvais) souvenirs d'écolier. Mon intention n'était pas de me prendre pour la première de la classe. J'essayais simplement de retranscrire au plus juste mon ressenti.
En réponse à la question de Paul : s'il n'était pas perceptible, dans mon abondante littérature, des propos traitant de l'excitation procurée par le désir de repousser certaines limites, c'est parce qu'il en va de soi. Le libertinage n'est qu'un acte de transgression supplémentaire parmi tous ceux que nous pouvons commettre.
Ceci était donc la synthèse tant attendue. Bonne continuation.
Ecrit par : VivementNous | 05 mai 2006
Le libertinage comme désir de transgression… c'est sans doute vrai, mais je trouve que cette "motivation" ne peut pas tenir longtemps car elle s'use au fur et à mesure que l'on "pratique". Ce qui me semblait sulfureux il y a encore quelques mois me paraît aujourd'hui presque "normal", anodin, j'en oublierai presque parfois qu'il faut encore s'en cacher, ne pas faire de gaffe… Quelque part, c'est sans doute dommage de perdre si vite ce sentiment de l'interdit. Qu'en est-il pour vous, les libertins accomplis (j'ai beaucoup d'estime aussi pour les libertins novices, en devenir ou seulement d'esprit, qui ont tout autant la voix au chapitre par ailleurs ;-)) ?
Ecrit par : Madeleine | 07 mai 2006
Ecrire un commentaire