26 septembre 2006

Libertinage et libéralisme (IV)

Voici, pour prolonger notre enquête sur le libertinage et la politique et avant que je ne reprenne la main, un florilège (très bariolé) de maximes, de témoignages et de réflexions, extraites du forum Doctissimo, où la même question avait été posée :

Le libertinage est une affaire de gens ayant du coeur. Donc, les gens de droite qui se disent libertins ne peuvent être que des escrocs.

Je rappelle que les utopies socialistes du XIXe siècle (le Phalanstère de Fourier par exemple) prévoyaient le "partage" des femmes... à un moment où la droite se rangeait derrière la morale catholique…

J'ai du baisé avec des gauchos, des verts, des FN, je m'en fous. Le sexe est universel.

Dans le noir et allongé, on ne voit pas la couleur politique des gens....

Ce serait drôle de créer une boîte échangiste avec pour nom L'isoloir...

Personne n'a pensé à émettre l'hypothèse que le libertin pouvait être centriste. Pourtant le centre des choses est bien l'une de ses préoccupations non ?

Pour ma part, je suis « d'extrême-droite », et libertin accompli. Il m'est par exemple arrivé d'avoir une expérience avec une femme qui, après discussion, m'a avoué être communiste. Je lui ai dévoilé sans honte mes inclinations politiques. Elle n'a pas paru choquée. Il faut dire que nous avions passé un très beau moment…

Il ne faut pas mêler le sexe à la politique. Et vice versa… surtout vice d’ailleurs.

Commentaires

Quel humour !
Délicieux florilège ...
Félicitations !
Georges a encore su tirer de belles phrases de ses lecteurs...

Ecrit par : Flore | 26 septembre 2006

Mêler les sexes en politique raviverait certainement l'intérêt des français pour les ébats télévisés.
Oups, veuillez me pardonner ma faute : je parlais des débats bien sûr.

Ecrit par : Zorg | 26 septembre 2006

Un témoignage succulent et haut en couleurs qui témoigne de la fonction fédératrice du libertinage: ici les partis deviennent "parties" et, en vertu de l'adage qui incite judicieusement à "faire l'amour; pas la guerre", voilà en cette période de rivalités pré-électorales de quoi rassembler les candidats autour d'un même slogan:
" aux burnes citoyens" !
Bises à vous deux
Elise
E&M

Ecrit par : Elise et Marc | 27 septembre 2006

L'amour est universel. C'est juste la relation entre deux êtres qui se sentent bien ensemble. Au fil du temps, les divergences d'opinions pourraient altérer cette relation mais sur l'instant, c'est le plaisir qui compte!

Ecrit par : Auguste | 27 septembre 2006

Merci de ces délicats commentaires, en attendant le dernier épisode (synthétique et conclusif) de cette série, qui ne saurait tarder...

Ecrit par : Georges | 27 septembre 2006

Que cette question méritait d'être posée, à quelques mois d'une échéance capitale ! Pourtant, Georges, pourquoi évacuez vous l'autre question : les libertins sont ils de gauche ou de droite ?... puisqu'elle se pose inévitablement, puisque nous sommes comme nous nous comportons plus que comme nous pensons ou croyons, et puisque vos lecteurs/posteurs y répondent malgré tout. Et notre réponse sera simple : l'immense majorité des dits "libertins", aujourd'hui, sont dépolitisés (je dis bien dépolitisés et non apolitiques). Ils sont dans ce système "consumériste, aliénant et machiste", rien de plus que des petits bourgeois cyniques à l'esprit boutiquier.

Pour notre part, sensuels depuis toujours, nous sommes entrés en "partagisme" depuis une dizaine d'année pour nous ouvrir et découvrir d'autres sensualités et d'autres intelligences. Par bonheur, nous avons vécu d'intenses moments d'extase où le seul souci de chacun(e) était de vivre totalement une SITUATION où toutes et tous trouvaient le plaisir. Mais pour ces instants de bonheur égalitaire, je veux dire où chacun, pleinement, offre selon ses moyens et reçoit selon ses désirs, pour paraphaser Marx, combien d'arnaques, combien d'heures à subir l'égoïsme et le cynisme de telle ou tel, combien de marchés de dupes, combien de soirées à servir de faire valoir et de miroir (d'admiroir) à des égos narcissiques...

Il y eut peut-être, dans le passé, un libertinage "aristocratique et paysan", ancré dans la sensualité de la terre et de ses choses (pas seulement des corps), une quête quasi mystique (et néanmoins paillarde, ce n'est pas contradictoire) de toutes les sources possibles du plaisir sensuel dans le respect des êtres... jouir de chaque sens depuis l'étincelle qui l'éveille jusqu'à la dernière trace de ce qui l'a ému à l'épuisement, faire jouir jusqu'au tout dernier frémissement de l'extase... "on ne fait pas la révolution sans un peu de noblesse", comme l'a si bien dit Guy Debord, et c'est bien de révolution qu'il s'agit, une révolution de poêtes et d'esthètes, généreuse.

Et puis il y a aujourd'hui ce "libertinage" bourgeois, calculateur, étriqué, cérébral, froid, sans générosité, sans conviction... et spectaculaire, dans ce sens que les dits "libertins", victimes de l'époque et de ses modes, ne vivent rien réellement mais ne sont qu'au spectacle d'eux même. Ce qui explique sans doute que les désirs soient si codifiés, comme récités avec maladresse d'un cathéchisme pornographique ingurgité à force de soirées de masturbation mutuelle devant le spectacle télévisé du sexe sans joie. Ce qui explique peut-être que les dits "libertins" reproduisent si servilement le schéma dominateur et machiste du cinéma pornographique. Ce qui explique peut-être le profond malaise ressenti à la fréquentation de tous ces jeunes banquiers, assureurs, commerciaux, cadres dynamiques, purs produits de l'écomisme et des écoles de commerce où l'égoïsme a valeur de religion, qu'ils soient hommes ou femmes d'ailleurs, qui prétendent remplacer une morale mal comprise par une "éthique personnelle minimale" et méprisante... bref, tous ces jeunes cons qui viennent tenter de combler pauvrement leurs frustrations en se la jouant brutalement, incapables de voir l'autre autrement que comme un objet de plaisir, faisant joujou le plus souvent entre eux, parce qu'ils sont tout sauf des aventuriers, parce qu'ils n'ont aucune fantaisie et ne cherchent que le miroir d'eux même, avec un regard méprisant pour tout ce qui est non conforme... eh oui, que de conformisme bourgeois dans tout ça ! et pour que le tableau soit complet, parce qu'ils ne faudrait pas croire que nous n'en avons qu'après les "jeunes cadres dynamiques" mâles ou femelles, disons aussi notre tristesse de voir comment, tant les classes dirigeantes que les classes populaires, ont sombré elles aussi dans le petit-bourgeoisisme, l'irresponsabilité sociale et le sexe glauque. Alors oui, dans ce sens, le "libertinage" est un libéralisme de droite.

Après ce procès sans concession mais argumenté, et pour garder un peu d'optimisme, disons tout de même que notre sociologie personnelle nous montre que les professions de santé subalternes du secteur public et les professions de l'artisanat ont de belles ressources pour un "partagisme" à forte valeur humaine.

Bref, nous aimerions croire encore que le "partagisme" est un degré supérieur de la civilisation ; nous constatons malheureusement à chaque sortie que le jeu de la "décadence" est un must auquel il convient de participer pour être certifié "post-moderne"... après quoi chacun rentrera chez soi avec ses petits souvenirs onanistes de quelques instants de "liberté" dans le bac à sable.

Georges, votre analyse est excellente qui met en évidence les contradictions apparentes dans l'approche morale de chaque bord de l'échiquier politique. Comme je le dis parfois pour faire rire mes amis : " les communistes, c'est comme les catholiques, on les regrettera". En effet, il ne restera bientôt plus que des libéraux, soit-disant de gauche ou soit-disant de droite, plus où moins libertaires, voire libertariens ou anarcho-capitalistes... rien que des "parties contractantes" et soit-disant responsables, refusant toute responsabilité collective, américanisés, imbéciles heureux sous le soleil de Big Brother et de ses vidéo-suveillances, bien à l'abri dans leurs 4X4, angoissés perpétuels, frustrés mais brillants de tout leurs ors, roulant ensemble vers la fin de l'histoire, et, plus par intéret que par civisme, allant voter pour la "liberté" Ségolo-Nicolaïenne, pour l'aboutissement tant fantasmée de l'utopie du "divin" Marquis de Sade, le proto-fasciste dont je vous invite à découvrir ce qu'en pense brillament Michel Onfray dans les 3 conférences qu'il lui a consacré et que vous pourrez écouter sur le site de France Culture.

Nous sortirons tout de même encore, un soir prochain et bien d'autres, parce que nous sommes des "aventuriers" généreux, parce que nous cultivons le goût des plaisirs sensuels et de la fantaisie et le petit grain de folie douce qui font les belles étreintes, intenses et inoubliables...

...parce qu'il y a peut-être encore des gens de coeur et que nous nous en voudrions de ne pas les avoir rencontrés.

bien cordialement
L et P

Ecrit par : pierre | 02 octobre 2006

J'ignore si nous avons du coeur, mais ce qui est certain c'est que vous, pour écrire cela, en avez, du "coeur" (au sens où l'emploie corneille, j'entends!), vous avez! Vous n'y allez pas de cervelle morte! Je relis votre commentaire pour la 2e fois, et croit y déceler pas mal d'amertume, un reste d'espoir: je ne retiens que l'espoir, qui me paraît, malgré tout, incandescent. Sur les déceptions du libertinage d'aujourd'hui, les détournements éhontés dont il est l'objet, je vous suis totalement, c'est pourquoi, Madeleine et moi, prônons désormais, pour éviter les agents d'assurance, le "libertinage verticale", à savoir un libertinage véritablement téméraire, en ce sens qu'il a pour terrain d'action et de jeu, non pas l'univers préformaté, et précodé, de la boîte ou du sauna, mais celui de la vie, des lieux du quotidien... (j'y reviendrai)
Merci de cet excellent commentaire (pessimiste et lyrique à la fois); j'attends avec impatience votre réaction à la publication de l'épisode conclusif de cette conversation sur politique et libertinage... qui décidément soulève des passions.

Ecrit par : Georges | 02 octobre 2006

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