29 septembre 2006

Varia libertina (4)

Hier soir, j'ai revu la belle Léa, que j’appelle ma « vieille maîtresse », en clin d’œil au roman de Barbey d’Aurevilly que je lui avais offert il y a dix ans, et qui lui avait tant plu. Elle m’a reçu chez elle comme un prince. Elle commence une nouvelle vie, après les rudes épreuves qu’elle a traversées (un mariage brisé dans des conditions épouvantables) : elle était contente, en ma présence, de renouer avec le passé. Ce passé de l’insouciance, de la légèreté, du libertinage, avant les années de plomb conjugales (je parle de son cas évidemment). Nous avons évoqué nos plus beaux souvenirs. Spécialement deux, sur lesquels nous revenons sans cesse quand nous nous revoyons : c’était un soir. Je n’avais pas encore osé quoi que ce soit avec elle. Mais j’en crevais d’envie. Nous étions sortis au théâtre avec un très bon ami à moi, puis avions poursuivi la soirée chez lui, très tard : elle n’était pas pressée. Elle avait accepté sans difficulté de rester à dormir. On l’avait installée sur un lit de camp dans le séjour, et moi dans une chambre. Puis tout le monde s’était endormi, enivré d’alcool et de paroles. Sauf moi : il était plus de trois heures, et j’avais les yeux grand ouverts. J’imaginais son corps chaud dans les draps à quelques mètres de moi. N’y tenant plus je m'étais levé. Prenant garde de ne pas réveiller mon ami, je m'étais rendu, le cœur battant, dans la salle à manger où elle dormait. Ses cheveux blonds, qu’elle avait alors très longs, étaient répandus sur les draps. Ses épaules étaient découvertes. Je suis resté là plus d’une demie heure à la contempler, balançant entre le désir de la toucher, et la peur de la réveiller. « Georges! si sûr de toi d’habitude, tu t’es comporté comme un ado transi !... », me dit-elle aujourd’hui en éclatant de rire. « Eh, oui ! je le reconnais, j’ai manqué d’audace ce jour-là, et je m’en veux encore ». « Moi aussi, je t'en veux », me dit-elle avec une petit moue mignonne. Et elle ajoute en me faisant un petit clin d’œil malicieux: « J’aurais bien aimé que tu te glisses dans mon lit. » Cela reste en effet l’un de mes plus grands regrets, l’une de mes plus belles occasions manquées, mais en même temps l’un de mes souvenirs les plus excitants ! » Le second souvenir rencontre plus directement la thématique de ce blog, comme on va le voir. C’était plusieurs années après cette frustrante (quoique enivrante) contemplation nocturne. Nous avions invité tous nos amis pour fêter un heureux événement. Léa avait été conviée. Madeleine ne savait rien encore de ce qui nous liait. J’étais heureux, et à la fois un peu inquiet, de les voir l’une à côté de l’autre pour la première fois. Mais Léa était d’une discrétion exemplaire. Tard dans la soirée, je m’étais éclipsé dans la chambre, ayant été pris soudain d’un terrible coup de pompe. Sans trop savoir pourquoi je m’étais allongé à même le sol, et avait posé, en guise d’oreiller, un livre sous ma tête. J’entendais vaguement les éclats de voix et les rires de nos amis qui poursuivaient les festivités sans moi. Soudain, la porte s’ouvre tout doucement. C’était Léa : elle venait me saluer avant son départ. Je n’ai pas bougé. Elle s’est approchée de moi, s’est mise à genou, et m’a embrassé sur les lèvres : « Au revoir Georges... », m’a-t-elle soufflé. Je me souviens encore, dans les vapeurs de mon sommeil, de la sensation agréable de ses lèvres chaudes, interdites, sur les miennes. Le lendemain, Madeleine me raconta ce qui s’était passé pendant mon absence. Tout le monde avait beaucoup bu, l’atmosphère était devenue peu à peu décadente. Madeleine m’avait alors dit le trouble qui l’avait saisie à un moment de la soirée, où Francesco, l’un de mes meilleurs amis (un latino magnifique, comme elle les aime), avait posé sa main sur ses genoux, et l'avait effleurée de ses lèvres. « A cet instant, tout aurait pu basculer, et il s’en serait fallu de peu que nous ne fassions l’amour tous ensemble... », m'avait avoué Madeleine en rougissant. C'était la première fois qu’il était question de cela entre nous, et l'idée, alors, qu'une telle chose ait pu se produire m’avait donné le vertige. Aujourd’hui j’en viens à penser qu’il aurait été beau que pendant que, à l’insu de Madeleine, ma maîtresse me faisait l’amour, une partouze avait lieu dans la pièce d’à côté avec elle pour héroïne…

Ecrire un commentaire