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25 novembre 2006
Shortbus: en route pour le paradis perdu! (2)
Certes les scènes sont crues, mais elles ne sont jamais vulgaires (sauf peut-être celle où l’on voit trois gays se sucer mutuellement – encore que cette réserve esthétique vienne vraisemblablement de ma propre répulsion à l’égard des pratiques homosexuelles).
Comme si cela ne suffisait pas (car nous aurions presque pu nous contenter de cette fresque vivante de corps nus pratiquant une sexualité récréative et joyeuse – comme dit Madeleine : « si cette boîte existait, je m’y rendrais tous les soirs »), le film a un propos. Les héros de ce film – en l’occurrence une femme sexologue, et un artiste gay – ne parviennent ni l’un ni l’autre à trouver leur équilibre amoureux ; ils sont malheureux. Ils baisent mais la première ne parvient pas à trouver l’orgasme (elle feint le plaisir avec son ami) ; le second ne consent pas à se laisser « pénétrer » (ses relations ne franchissent pas l’épiderme). Or, grâce à Shortbus, qui leur révèle une sexualité décontractée, plurielle, panique, décomplexée, et polymorphe, ces deux personnages vont réussir à se (re)trouver. Après un parcours initiatique long et compliqué (qui lui permet d’assumer sa propre homosexualité), l’héroïne va finalement accepter de se laisser circonvenir par un couple, et accéder à l’acmé du plaisir (c’est l’une des scènes les plus excitantes du film); son pendant masculin va lui aussi, à la faveur d’une infidélité providentielle, se remettre à aimer l’homme à qui il avait voué une fidélité absolue et par conséquent carcérale...![]()
"Shortbus", apprend-on au cours du film, est le nom donné à ces bus scolaires jaunes qui sillonnent les Etats-Unis (et qui sont, soit dit en passant, au cœur de l’intrigue du merveilleux film d’Atom Egoyan, De Beaux lendemains) ; manière de rappeler que la vocation première et principale de ces lieux que l’on appelle en France des "clubs libertins" est de nous ramener du côté de l’innocence sexuelle, dans un espace où les interdits n’ont pas cours, où l’on se caresse sans distinction et en toute impunité... (cette abolition des limites est parfaitement montrée dans une scène stupéfiante où un jeune garçon, ému par le discours d’un vieillard, l’embrasse à pleine bouche). Shortbus est certes une fiction mais il représente pour nous la contre-épreuve exacte des espaces libertins organisés tels que nous les connaissons aujourd’hui, où règne non pas la gaieté mais la tristesse, non pas la générosité mais la frilosité, non pas l’innocence mais la culpabilité. (fin)
10:50 Publié dans Nos Films | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
Commentaires
« est de nous ramener du côté de l’innocence sexuelle, dans un espace où les interdits n’ont pas cours, où l’on se caresse sans distinction et en toute impunité... »
Pas assez commercial, mon fils...
Belle définition, en tout cas, de cet espace exceptionnel, que j'ai pu fréquenter quelques rares fois, et jamais dansun local commercial.
Ecrit par : Loguil | 25 novembre 2006
... je me suis permise d'ajouter un lien vers vos notes sur Shortbus, dans le forum Débat D'ébats.
Certains dirons que ce film manque de scénario, mais comme vous le faites si justement remarquer, il a un "propos" ; il aborde les sexualités, les parcours et les questionnements associés. Le tout avec lucidité, tendresse et finalement joie de vivre. Ressortir de la salle obscure après ça est purement jouissif ! Oui, le sexe y compris le moins conventionnel est abordable sans vulgarité (à mon goût pas, même la scène des 3 gays).
J'aime à penser que ce genre de film (et celui là en particulier, tant il me semble un ovni en la matière) peut permettre d'ouvrir certains esprits étriqués. Je crois malheureusement être bien naïve et inconsidérément optimiste !
Ecrit par : Schawari | 25 novembre 2006
Shortbus est-il un petit pas de plus dans la bonne direction ?
Ecrit par : Electronic-lover | 27 novembre 2006
Je pense que ce film peut soit révulser (refermer) les esprits (c'est donc ça, pouah! affaire classée...) soit les séduire (ouvrir). Comme devant toute vision utopique, nous sommes tentés à la fois par la "possibilité" de sa réalisation quand même... et rappelés au principe de réalité (revenons sur terre). La fiction c'est l'hésitation. Contre la certitude. C'est donc de toute façon un "pas de plus dans la bonne direction".
G.
Ecrit par : Georges | 28 novembre 2006
Séduire pour mener dans la "bonne direction" ? comme c'est curieux... Sé-duire, plutot que con-duire, ou in-duire, ou même pro-duire ? Amusons nous un peu avec la langue (celle qui nous permet de communiquer à défaut de se servir ici, en particulier avec la belle Madeleine, de l'organe sexuel qu'on détourne de son usage pour faire du bruit avec sa bouche)
Le préfixe "se" ou "sé" n'est pas très explicité dans les dictionnaires de base et rarement dans les sites internet... j'ai tout de même trouvé ceci :
sed- (se-, so-), préfixes :
1 - à l'écart : se-ditio (sed + eo, ire, itum) : action d'aller à l'écart, sédition, révolte.
2 - privation : so-cors (se + cor) : sans coeur, lâche; stupide, indolent.
c'est le 1 qui nous intéresse bien que le 2 ne soit pas sans intérèt...
Sé-duire donc, comme dans sé-parer, ou dans sé-grégation, voire sé-lectionner... mettre à l'écart ? priver ? le choix ne propose que deux acceptions négatives. Le passage par l'allemand, qui partage avec nous l'amour de la sagesse, rend la chose plus évidente encore : séduire se dit verführen. Dans cette belle langue, le préfixe "ver" induit, voire augmente le négatif, comme dans vernichten (détruire, anéantir)
... voilà. Peut on donc mener dans la "bonne direction" par la sé-duction ? Peut on même aller dans la même direction, je veux dire, le séducteur a-t-il seulement l'intention de mener le sujet de son attention dans la même direction que lui ? ou simplement le désir de le détourner de sa direction ?
Ah ! vieilles sagesses de nos pères...
bien le bonjour aux sé-ducteurs et sé-ductrices... vous ferez le chemin sans moi.
en espérant vous avoir amusé
Ecrit par : maitre copulo | 28 novembre 2006
PS : j'ai oublié de préciser que "verführen" (séduire) est composé du préfixe "ver" et de "führen" (conduire)... on ne peut être plus clair.
Ecrit par : maitre copulo | 28 novembre 2006