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24 novembre 2006

Shortbus: en route pour le Paradis perdu! (1)

Après Peindre ou faire l’amour, Eyes wid shut, Le Secret de Madame Yoshino, Where the Truth Lies d’Atom Egoyan (dont je n’ai pas encore parlé) Shortbus mérite indiscutablement d’entrer dans le panthéon des films agréés par NOLDA. Shortbus c’est d’abord un film émouvant, drôle et profond (très inventif aussi au point de vue plastique), mais c’est surtout, pour nous, la résolution simultanée de deux questions posées de manière récurrente sur ce blog : à savoir premièrement, celle de la possibilité d’une pornographie artistique, et deuxièmement celle de la possibilité, non pas d’une île, mais d’un espace libertin idéal...
Shortbus est le nom d’une boîte new-yorkaise (lorsque nous étions dans cette ville chérie, le film venait de sortir et nous avons été tentés un soir d’aller le voir, mais nous en avons été empêchés par la crainte de ne pas tout comprendre), située à Brooklin et qui offre à ses invités - plutôt que "clients" - disons à ses membres, la possibilité de vivre librement leur sexualité ; cet établissement underground est tenu par un travesti haut en couleur, dietrichien à souhait, du nom de Justin Bond (voir absolument l'extrait video n°2 en lien), éblouissante figure charismatique qui fait régner entre tous les spécimens qui circulent et s’enculent dans son cabaret (gouines, grosses, vieux, sados, nymphos, trans, etc.) une paix douce et miraculeuse. L’essentiel de l’intrigue se déroule dans cet espace unique et utopique (qui fait un peu penser au cabaret de Miss Knife d’Olivier Py), où, comme par enchantement, se résolvent tous les conflits sociaux, se surmontent tous les interdits mentaux, se résorbent tous les kystes sentimentaux...
Les scènes présentant les différentes activités pratiquées dans le club (jeux érotiques, spectacles musicaux et dansants, groupes de discussions, mélangisme, partouzisme (plus qu’échangisme!) sont nombreuses. medium_18613283_1_.jpgA plusieurs reprises on voit des séquences montrant distinctement des hommes et des femmes nus se léchant, se suçant, se caressant, se donnant du plaisir pêle-mêle sur un plateau aménagé, en toute sérénité. De ces tableaux "pornographiques" se dégage une telle impression d’harmonie et de bonheur qu’on ne peut s’empêcher de songer au Paradis perdu :

Là tout n’est que désordre, beauté et volupté...

En somme l’inverse exact des baisades ordonnées, furtives et volées des boîtes à partouze françaises que décrit si bien Houellebecq dans Les Particules élémentaires, où tout se fait dans l’obscurité et dans la rancœur...
(suite au prochain épisode)

Commentaires

Bonjour,

sera-t-il donc toujours nécessaire de rappeler que la fiction, le Spectacle, la Littérature NE SONT PAS la réalité.

Nous n'avons encore vu que les bandes annonces et extraits de Shortbus mais nous n'y avons vu que décomposition pathétique (pour connaitre un peu NY et les amerlos, ça n'est pas surprenant, ça a toujours été comme ça).

Eyes Wide Shut est un film fondamentalement puritain (l'Amérique est fondamentalement puritaine, jusque dans son débordement de pornographie - à la sortie d'Apocalypse Now, Charlie Hebdo avait écrit "Au Vietnam les américains ont fait une guerre en Technicolor pour pouvoir la filmer ensuite ; aujourd'hui on pourrait écrire "en Afghanistant et en Irak les américains font une guerre pornographique pour pouvoir la filmer ensuite... ce qu'il ont fait, effectivement).

Peindre ou faire l'amour est un film fondamentalement... ridicule (il n'y a guère que la scène du bus après la première nuit, l'agitation de Sabine Azema et le regard flou de plaisir - oui, FLOU de plaisir - de Daniel Auteuil qui soit juste, tout le reste est faribole).

... connaissez vous "Sexshop" de Claude Berri, avec lui-même et surtout un Jean-Pierre Marielle au meilleur de son art ? une comédie très roborative sur les folies et les incertitudes cette époque nommée "parenthèse enchantée", et bien plus drole que les aventures contemporaines de Catherine Millet. Une scène très sympathique au "Roi René"... à l'époque où ces lieux secrets ne rassemblaient que des personnes décidées, en toute confidence.

Au plaisir

LetP

Ecrit par : Let P | 24 novembre 2006

Vous êtes trop sévère et surtout trop partisan! Voyez Shortbus "quand même"... avant de juger. L'Amérique n'est pas UNE, elle est plurielle, et certaines de ses composantes sociales sont infiniment plus radicales que vous (il y a une pensée alternative, une vraie, chez eux - notre gauche extrême est très "académique", par comparaison). C'est ce qui me plaît dans ce pays, dont je déteste par ailleurs bien des faces (à commencer par celle de Bush). Pour "Peindre ou faire l'amour", franchement, je ne comprends pas votre sévérité non plus. D'accord c'est de la fiction, et je m'en souviens parfaitement (c'est un peu mon métier que de le savoir), mais la fiction touche souvent à la vérité, plus souvent même que la réalité. Vous avez renoncé à la possibilité d'un libertinage idéal. Soit. Mais c'est dommage. Nous ne renonçons pas, quant à nous, à poursuivre cette Chimère pour la bonne raison, qu'une fois ou deux, nous l'avons tenue entre nos mains!
Bien amicalement,
G.

Ecrit par : Madeleine | 24 novembre 2006

Bonjour Madeleine,

Merci pour votre sévérité, et vraiment désolés de vous avoir agacée.

Nous n'avons pas renoncé à une sexualité de couple ouverte et idéale et nos sorties sont une aventure chaque fois renouvellée, jamais blasée... c'est un parti pris. Et croyez moi, nous n'avons pas tenu cela entre nos mains qu'une fois ou deux... Chère Madeleine (permettez cette familiarité car nous voudrions vous dire cela chaleureusement et les yeux dans les yeux), débarassez vous de toutes ces fariboles fantasmatiques et littéraires, libérez vous et Georges avec vous de cet esthétisme, de toutes ces foutaises convenues du "libertinage", de l'internet et de ses faux semblants... la vie est trop courte et mille rencontres vous attendent au coin de la rue ! lachez vous ! LACHEZ VOUS ! VIVEZ !

Un conseil de lecture qui me revient : la Chapelle Sextine, de Hervé Le Tellier avec des illustrations de Xavier Gorce. Un délicieux petit livre à déguster seul ou à deux, ou plus pourquoi pas, sous la couette.

Aux plaisirs

L et P

Ecrit par : LetP | 24 novembre 2006

"lâchez-vous..." Quel triste slogan. La vraie jouissance ne naît que dans la contrainte, l'entrave, la difficulté, l'épreuve, l'effort, le petit nombre... non, vraiment, le sublime ne se trouve pas au coin de la rue, et n'est pas le fait du plus grand nombre. On ne l'obtient que difficilement et non sans devoir en payer le prix après.
Quel triste mot d'ordre également que de vouloir "libérer" l'érotisme de l'onirique, de l'esthétisme et de la littérature...
MBS

Ecrit par : MBS | 24 novembre 2006

Aïe ! Ouille !... nous ne voudrions nous attirer à nouveau les foudres de Madeleine en entrant dans une polémique sans issue mais, tout de même... Opposer à la "tristesse" de notre hédonisme distancié, plein d'humour et de soleil la "vraie jouissance de l'entrave, de la difficulté, etc (on dirait du Sarkozy - la vraie France qui travaille et qui se donne du mal) relève d'une bien curieuse disposition d'esprit. Rassurez vous, MBS, nous ne chercherons pas à compter les moutons avec vous, nous ne cherchons pas à cocher toutes cases ni à battre des records.

Mais, à condition bien entendu de se garder de tous les beaufs qui fourmillent aujourd'hui dans le milieu, nous reprendrons bien volontier et dès que possible une bonne louchée de "tristesse" avec des amis de hasard, par un bel après midi ensoleillé dans une demeure de la campagne bretonne, par exemple, ou par une nuit de folie sur une péniche à Neuilly ou dans un appartement du centre de Versailles, ou près de la petite piscine d'une maison accrochée aux flancs de la Montagne Sainte Victoire (et j'en passe)

Et croyez moi, aucun de ces amis n'avait le projet de souffrir (ou de faire souffrir) et pourtant la jouissance est venue, et bien venue.

Ecrit par : LetP | 24 novembre 2006

L'argument qui tue : "c'est du Sarko". Tout est dit après cela. Les malheureux qui ont osé vous contredire ne s'en relèvent pas. Anéantis, qu'ils sont.

Ecrit par : MBS | 24 novembre 2006

Basta !

Ecrit par : LetP | 24 novembre 2006

Ce n'est pas moi qui ai écrit le premier commentaire ci-dessus mais Georges (qui a d'ailleurs signé), qui avait usurpé mon identité à son insu, l'ordinateur conservant le dernier nom inscrit dans la case..
Bref, j'en profite quand même pour intervenir et pour répondre à Let P. Vous écrivez:
la vie est trop courte et mille rencontres vous attendent au coin de la rue ! lachez vous ! LACHEZ VOUS ! VIVEZ !

Mais encore une fois ce n'est pas la littérature contre la vie, Internet contre les "vraies rencontres", la réflexion contre l'action... Ne vous inquiétez pas pour nous, nous vivons aussi pleinement et ce blog n'est que le pâle reflet, très incomplet, de nos vies débordantes...
Bises,
Madeleine (la vraie ;-))

Ecrit par : Madeleine | 24 novembre 2006

N'ayant vu aucun de ces films (j'ai un certain retard dans ce domaine...), je ne peux critiquer. Néanmoins, j'apprécie de plus en plus le style qu'on peut lire ici, tout en respect et en belle écriture.

Ecrit par : C&M | 29 novembre 2006

La dernière photo de cet article est superbe...

Ecrit par : C&M | 30 novembre 2006

Bonjour,

ne sachant plus très bien où nous parlions de la pornographie... voici un lien vers une chronique qui nous semble tout à fait pertinente :

http://les.acharnistes.free.fr/les%20acharnistes01/pages/pagelitt.html

au plaisir

LetP

Ecrit par : LetP | 14 janvier 2007

Merci encore, excellentissime!
G.

Ecrit par : Georges | 14 janvier 2007

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