« La transparence de l'obstacle (épilogue) | Page d'accueil | Sexus politicus (1) »
29 décembre 2006
Pas de commentaires sur mon dentiste!...
J’ai fait le compte : il y a deux raisons qui m’autorisent à vous parler de mon dentiste. La première, c’est qu'il habite rue de Ponthieu (n° 28) à quelques mètres, donc, du No Comment… La deuxième, c’est qu'il est l’une des rares personnes, dans nos connaissances réelles, à savoir que j’ai une double vie. Il y a exactement deux ans, en décembre, ressentant quelque douleur aux dents, je me renseignai pour obtenir l’adresse d’un dentiste. Or, un soir que je me trouvais avec Grazielle, celle-ci me présenta une jeune femme délicieuse, qui, outre son adresse aux choses de l'amour, possédait celle d’un chirurgien dentaire hors pair : « Non seulement cet homme est compétent, mais par surcroît très séduisant ! » Deux bonnes raisons de m’y rendre... Disons, au moins une… Donc, rendez-vous pris, je me rends rue de Ponthieu. A l’époque, nous n’avions pas encore commencé notre vie libertine, de sorte que si l’on m'avait dit que mon dentiste officiait au-dessus d'une boîte à partouze, je n’aurais pas réagi. Le plus amusant, c'est que c'est l’inverse qui s’est produit: à savoir que la première fois que Madeleine et moi nous rendîmes au No comment, j’eus la curieuse impression d’aller chez mon dentiste! Mais ce n’est pas tout, je vous l’ai dit : il y a deux raisons. Et cette deuxième raison est plutôt comique, enfin si l’on aime l’humour de Feydeau!...
Au bout de la septième séance (séances que je n’oublierai jamais, car de fait, ce dentiste est extraordinaire: c’est un argentin cultivé, qui connaît plein d’artistes. Il raconte anecdote sur anecdote avec un accent à couper au sabre, bref: un personnage ; j’étais presque triste d’avoir terminé mes consultations, et nous nous sommes quittés l'un et l'autre à regret), Graziella me contacta pour me demander ce que je pensais du dentiste que m’avait recommandé sa copine. « Exceptionnel ! lui dis-je, vas-y les yeux fermés, il m’adore. » « Dans ce cas, je prends rendez-vous tout de suite. » Lorsque mon dentiste m’accueillit pour ma huitième et dernière séance, je remarquai qu’il avait un petit sourire coquin au coin des lèvres :
- Dites-donc, dit-il en fourrant sa main dans ma bouche, vous m’avez envoyé une bien belle personne avant-hier ! Je me suis régalé!
- Vous voulez parler de Mme…
- De Grazielle! Elle m’a beaucoup parlé de vous… Elle vous adore… En revanche, je n’ai pas bien compris ce qu'elle était par rapport à vous. Vous êtes un peu son…
- Collègue ! Je suis son collègue... tout ce qu’il y a de plus collègue. On travaille sur le même champ, vous voyez ce que je veux dire, vous vous souvenez, je vous en ai parlé longuement...
- Mmm... Vous pouvez cracher maintenant.
Quelques jours plus tard, Madeleine me demande : « Est-ce que tu es content de ton dentiste? Est-ce qu’il travaille bien ?»
- Excellemment ! Rien à voir avec le précédent ! Non seulement je me suis bien amusé à l’écouter raconter ses histoires, mais en plus il a fait un excellent boulot, sans me prendre ni les yeux de la tête ni les dents de la bouche !
- Ca tombe bien, parce que mon dentiste m’a fait un devis dernièrement qui me paraît un peu suspect. J’aimerais faire une contre-expertise. Est-ce que tu crois que le tien accepterait de faire cela ?
- Tu sais… il est très occupé… Et puis je ne suis pas sûr qu’il sache…
- Mais tu m’as dit tout à l’heure qu’il était très arrangeant et très compétent !
- Ecoute, je te donne ses coordonnées, mais franchement tu vas galérer pour avoir un rendez-vous !...
- Je vais essayer d’en prendre un pour demain.
Je crois nécessaire de préciser, à ce stade du récit, qu’à cette époque Madeleine et moi ne savions rien de nos doubles vies… Aussi me précipitai-je sur le téléphone, et appelai mon dentiste.
- Bonjour docteur.
- Ah ! Bonjour, je vous reconnais, vous êtes Georges Y. Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
- Pour ma bouche rien, mais... C’est un peu délicat à expliquer… Voilà, il y a un mois environ, satisfait de vos services, je vous ai envoyé une dame…
- Oui, la dame noire, Grazielle !
- C’est cela. Cette dame est en réalité ma maîtresse… Je ne me serais jamais permis de vous en faire confidence, si le hasard ne faisait qu’après elle je me voyais forcé de vous envoyer ma femme ! S’il vous plaît, docteur, faites-moi cette faveur : soyez d’une extrême discrétion. Vous êtes un gentleman n'est-ce pas, et par conséquent, vous connaissez ce genre de choses…
- Mais c’est très amusant cette histoire ! Cela me rappelle une histoire que j’ai entendue à Buenos Aires… Mais M. Georges, vous n’avez rien à craindre. Je ne dirai rien de vos petites... coquineries… J’espère seulement que votre femme est aussi séduisante (il prononce « sédouissannté ») que votre maîtresse…
- Je puis vous le garantir, docteur.
- Ah ! Muy bien !
- Je compte sur vous, docteur, pour ne pas lui faire de mal!...
- Vous savez bien, me dit-il en clignant de l'oeil, que je suis incapable de faire souffrir une jolie femme !
09:55 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
joli clin d'oeil ... au téléphone ... sourire
Ecrit par : Flore | 29 décembre 2006
Ah! tu es très observatrice, cela m'avait échappé, je l'ai rajouté au dernier moment. Je crois bien que je l'ai entendu ce clin d'oeil...
G.
Ecrit par : Georges | 29 décembre 2006
Où l'on apprend (avec surprise dans mon cas) qu'il y a eu une période où Madeleine et George ignoraient tout de leurs doubles vies respectives...
J'aime votre façon de laisser tomber une telle bombe, presque avec désinvolture...
C.T.
Ecrit par : Clown Triste | 29 décembre 2006
Pas seulement une période mais de longues années ! Des années à culpabiliser, à mentir en ayant le sentiment de ne vraiment pas être doués pour cela, à se demander quand même si l'autre ne succombait pas aussi de temps en temps aux tentations...
Nous avons raconté en revanche je crois comment ce double aveuglement a pris fin, par une scène également digne de Feydeau. je vais vous retrouver la note en question...
Ecrit par : Madeleine | 29 décembre 2006
Voilà, c'est là :
http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/02/13/une-soiree-decisive.html
Il est vrai que les circonstances elles-mêmes ne sont pas très développées : en fait, j'ai profité d'un moment de (relative) solitude pour me connecter en cachette à ma boîte secrète yahoo pour écrire à mon amant de l'époque quand celle-ci s'est ouverte toute seule, sans que j'aie besoin de taper le mot de passe. Je n'ai pas tout de suite compris qu'il ne s'agissait pas de la mienne... et j'avoue en rougissant que même lorsque j'ai eu compris, j'ai continué à lire les messages qui m'apportaient la confirmation de ce dont je me doutais depuis longtemps déjà. Tel est pris qui croyait prendre ! J'en ris aujourd'hui mais sur le moment cela m'a fait un choc, et il a fallu des heures de discussion pour nous remettre mutuellement de ce choc.
Ecrit par : Madeleine | 29 décembre 2006
Merci Madeleine.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cet article qui offre un éclairage supplémentaire sur votre couple et sa "force intérieure".
C.T.
Ecrit par : Clown Triste | 30 décembre 2006
quelle est la part du vrai et de l'imaginaire?
J'aimerai bien savoir...
Très beau texte
HEUREUX 2007 VOYAGEUR
Ecrit par : el greco | 01 janvier 2007
C'est drôle, ce dernier commentaire rejoint ce que je dis souvent à Georges quand il me lit les notes qu'il vient d'écrire "je sais que tout est vrai mais on ne va pas te croire". Le réel est parfois surprenant...
Ecrit par : Madeleine | 01 janvier 2007
Effectivement, il m'arrive souvent en écrivant de penser qu'on va penser que tout cela est inventé, que c'est trop gros (ou beau) pour être vrai, etc. Mais, je le rappelle ici en ce début d'année pour les nouveaux lecteurs, tout ce que nous racontons est rigoureusement exact, c'est le récit quotidien ou presque de notre existence libertine, accompagné de quelques réflexions que nous inspirent ces "aventures".
Bonne année à vous El Greco.
Meilleurs voeux à tous,
G.
Ecrit par : Georges | 01 janvier 2007
Je découvre aussi avec surpise que cette transparence n'a pas toujours été vôtre...
Trés belle année 2007...
Ecrit par : C&M | 02 janvier 2007
Mais non! au regard des années que nous avons passées ensemble (plus d'une décennie!), c'est TRES récent (c'est l'effet blog qui produit cela; or ce blog, lui-même, n'a même pas un an...)
Bonne année à vous C&M
G.
Ecrit par : Georges | 02 janvier 2007
Quelle histoire désopilante ! Je n'ose imaginer me retrouver dans une telle situation. Néanmoins, je ne pense pas que j'appellerais mon dentiste pour lui expliquer les précautions à prendre, et je crois que me contenterais d'espérer la discrétion à laquelle le secret professionnel l'astreint, quoique dans le cas présent...
Ecrit par : vagant | 08 janvier 2007