30 janvier 2007
Varia libertina (13)
MIRANDA. Un soir (il y a de cela environ quinze jours), dans un restaurant. Nous sommes passés l'un et l'autre aux aveux (si j'ose dire). Je lui ai dit que Madeleine et moi avions des relations extra-conjugales, que nous avions, en somme, une conception très « libre » du couple - mais je n'ai pas évoqué nos extravagances libertines. Elle m'a écouté avec attention, et m’a sorti, contre toute attente :
- Tu peux pas savoir la chance que tu as!... C'est miraculeux ce que tu vis!
- Je ne te le fais pas dire! Mais venons-en à toi. Qu'est-ce qui t'empêche de... te livrer à tes fantaisies... Qu'est-ce qui t'a empêchée, en décembre, avec moi de...?
- J'étais... amoureuse!
Et de m'expliquer qu'elle avait rencontré, juste avant, un homme qui occupait toutes ses pensées, et qui la rendait malheureuse, parce que son amour n'était pas payé de retour. D'amant potentiel de Mélinda, je me retrouve confident officiel: la barbe!
MARINE. - La dernière fois que je l'ai vue, c'était chez nous, en décembre, pour la fête bimensuelle de l'immeuble. Nous avions parlé… pornographie dans le couloir. Elle en connaissait un rayon! (normal, c’est le sujet de sa thèse). Voyant mon intérêt pour le sujet, elle m'avait promis de me donner "plein de trucs". J'avais dit oui (évidemment).
Il y a environ quinze jours, nouvelle fête des voisins (les Rois, cette fois). Elle a lieu chez Florent et Claire... Nous arrivons les premiers. Le salon se remplit peu à peu : de voisins, de galettes et de bouteilles de champagne. Florent tourne autour de Madeleine, ne cessant de faire des blagues grivoises. L'une de nos voisines (Maddy) raconte une histoire rocambolesque d'évanouissement. Claire, à son tour, fait de multiples sorties équivoques: « Et les pompiers, qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? etc. » Le petit jeu continue, me dis-je en moi-même. Je croise le regard de Madeleine, à l'autre bout de la pièce, qui pense de même. « Quand cesseront-ils ce double jeu ? Quand joueront-ils carte sur table ces deux-là? » « Quand ils se seront mariés et auront pris un peu de bouteille », semble me répondre Madeleine d’un petit clin d’oeil.
Mais soudain, on frappe à la porte. C'est Marine, elle porte un décolleté, que je ne qualifierais pas de provoquant, mais de perturbant : sans qu'on sache exactement si cela est délibéré ou non de sa part (son pull bâille de manière formidable), on voit la moitié de la surface du globe de son sein droit. Mais là n'est pas mon propos. Elle tire après elle, dans l'entrée, un énorme sac:
- Qu'est-ce que c'est? demande Florent, Tu emménages chez nous?
- Non c'est pour Georges. C'est des livres.
Je bondis. Et tombe des nues: dans un vieux cabas déglingué, il y a, sans mentir, dix kilos de livres! Je jette un coup d’oeil furtif sur les couvertures: des culs, des bites, des seins... Aie ! Les voisins papotent à côté, nous sommes dans l'entrée, je tire hâtivement le sac au fond du couloir, m'accroupis dans l'ombre, et fais un signe à Marine :
- Eh bien! On va regarder ça rapidement mais... je ne m'attendais pas à ce que tu me donnes toute ta bibliothèque.
Elle commence à sortir les livres un par un, en commentant chacun d’eux longuement:
- Celui-ci c'est super hard, mais ça peut t'intéresser, c'est de la sociologie. Je te conseille aussi celui-ci qui porte sur la question du branding.
Florent revient à la charge. Il fait le naïf:
- Mais c'est quoi tous ces bouquins?
Et il furète en essayant d'attraper une image racoleuse ou deux. Marine, avec le plus grand sérieux du monde, prend une revue, la lui met dans les mains et lui dit:
- ça, c'est assez marrant, c'est une revue de cul japonaise, c'est assez spécial, on y trouve des petites filles en slip, des types avec des armes, des trucs assez dégueulasses en fait.
Florent est abasourdi.
- Bon, bon, dis-je pour couper court à la catastrophe, je vais en prendre une dizaine que je te rendrai la semaine prochaine, ok ? Je les examine de près, puis j'en fais la synthèse comme on a dit. Je crois que c'est important d'en parler ensemble quand on fait une thèse comme toi sur un sujet aussi complexe (et j'appuie sur le mot thèse et complexe tout en fixant Florent).
Florent nous regarde perplexe, tourne le dos et s’éloigne, comme K.O. J'empile pendant ce temps-là sur mes bras tout un tas de bouquins que je m'empresse de cacher dans le couloir loin des regards indiscrets. Depuis quinze jours, grâce à Marine, je me fais une orgie d'ouvrages sur la pornographie. Merci Marine!
10:10 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
Commentaires
Bonsoir,
tu fais un bon teasing sur tous ces livres. j'ai déjà lu les exploit d'un jeune don juan d'appolinaire et je serai interéssée d'avoir d'autres titres de livres érotique.
Ecrit par : moogsai | 22 septembre 2009
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