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17 février 2007
Varia libertina (15)
LEA. – Elle est venue dîner à la maison la semaine dernière. Toujours aussi élégante, toujours aussi distinguée. Elle portait une très longue robe noire de velours, comme en portent les comédiennes de théâtre. Ses cheveux, qui descendent jusqu’aux genoux, encadraient son beau visage à la Aubrey Beardsley
. Elle avait l’air heureuse, détendue. Ce soir-là, Madeleine était sortie pour régler une affaire (business affair ou love affair ? je l’ignore…). Nous avons parlé longuement de notre sujet favori : le livre ; mais j’avais hâte d’en savoir plus sur l’énigme restée en suspens à propos de son passé libertin. Voyant l’heure tourner, et ma fatigue me ronger, je profitai d’un léger blanc dans la conversation pour lui lancer tout de go : mais s’agissant de…. Et me coupant, avec un grand sourire : « Ne t’en fais pas, Georges, je vais y venir ! ». Je pris la pose de l’auditeur attentif qui s’attend à ce qu’on lui raconte une longue histoire, le coude posé sur la table, la main calée dans le menton.
- D’abord il faut que tu saches que je ne cherchais pas particulièrement ton blog, contrairement à ce que tu as laissé croire. Pour te dire la vérité, le soir où je suis tombé sur NOLDA, je cherchais autre chose… Je cherchais un endroit où passer un moment agréable à Paris… De fil en aiguille, je suis arrivé sur un blog où j’ai vu un lien portant ce nom, NOLDA, que j’ai trouvé joli. Quand je suis arrivé sur cette page, je n’ai pas compris tout de suite que tu en étais l’auteur… C’est ça qui est drôle. J’ai commencé à lire les textes. Cela m’a intéressée. J’ai continué. J’ai jeté un œil sur les albums - forcément… Et là, j’ai reconnu les mains de Madeleine…
- Les mains de Madeleine ? Sans blague !...
-Oui, ses mains, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute pour moi !
- Ouaaah…. fis-je en manifestant mon admiration, tout en masquant une inquiétude sourde sur sa capacité à identifier autrui sur de tels détails…
- Ensuite, j’ai lu les autres textes, et me suis très vite rendu compte que l’on parlait de… moi. Ça été une sorte de choc. Voilà. Mais j’étais contente…
- Bon, tout cela est très beau, mais ne me dit pas pourquoi tu cherchais des lieux libertins ce soir-là… Est-ce à dire que…
- Disons que, ce soir-là, je cherchais à reprendre le fil d’une vie libertine assez intense, interrompue par tous les événements que tu sais…
- Je ne comprends pas.
- Eh, bien, mon mari… était, comment dire, quelqu’un de sensuel, vraiment très sensuel. Ensemble, avant que tout ne bascule dans le "drame", nous avions une vie libertine, comme on dit.
- Vous alliez dans des clubs privés ?
- Pas vraiment, il s’agissait plutôt de soirées privées. Mon « mari » (elle prononce ce mot avec une tendresse qui me serre le coeur) m’amenait des hommes ou des femmes. Tout se passait comme cela, sans véritable réflexion. Parce que, pour lui, c’était une nécessité. Mon mari exerçait une attraction irrésistible sur les femmes. J’en ai profité longtemps. Je vais te dire une chose terrible, Georges, mais, vois-tu, en dépit de tout ce qu’il m’a fait, de tout ce qui s’est passé, il m’arrive encore d’avoir la nostalgie des moments que nous avons passés ensemble avec d’autres hommes ou d’autres femmes. C’est pourquoi d’ailleurs je cherchais, depuis que je suis de nouveau libre, à renouer avec cet univers-là…
- Je comprends. Quelle histoire extraordinaire ! Mais alors, peut-être as-tu déjà eu quelques petites aventures ?... (Ne te sens pas obligée de me le dire, d’autant que tu n’es pas sans savoir que je suis bavard…)
- Il y a un homme en effet. Un voisin. Je l’ai séduit. Juste après, il a été pris de panique : il a cru que j’allais lui "mettre le grappin dessus". Que j’allais tomber amoureuse de lui. Les hommes !… Je l’ai convoqué et je lui ai dit : « Je ne suis, et ne serai jamais, la femme d’un seul homme ». Ça l’a rassuré et, depuis, il s’est, comme il dit, « mis à ma disposition »
Je reste songeur en écoutant ce récit, et me dis que Léa est une vraie libertine.
11:47 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
Commentaires
Georges, votre style détaché m'enchantera toujours. On sent chez vous un mélange de sérénité et une capacité d'étonnement qui font de vous un personnage vraiment attachant.
Ecrit par : Vagant | 17 février 2007
Bonsoir Georges,
Rien ni personne ne peut ressembler a du Beardsley ceci étant je comprends par là que c'est un très beau compliment que vous faites à Léa/ Salomé ...
Le mot "vraie" m'interpelle ceci dit, je vous avoue que je saurais mieux faire la différence entre un vrai Beardsley et un faux, qu'entre un "vrai" libertin et un "faux" ... Le critère serait-il le voisin ?
Ecrit par : Luna | 18 février 2007
"Capacité d'étonnement", oui, j'espère l'avoir encore, et ne jamais la perdre. Par elle commence la philosophie, avait dit je crois Platon, par elle advient aussi, parfois, la Poésie!
G.
Ecrit par : Georges | 20 février 2007
Vrai, faux, Luna, ces mots-là sont dangereux. Depuis un an, je tourne autour de cette question du libertinage, pour essayer de mieux de le comprendre, dénoncer son dévouement. Certaines personnes, en effet, par leur attitude, me semblent plus proches de l'esprit libertin que d'autres. Léa en fait partie, mais vous aussi sans doute...
G.
Ecrit par : Georges | 20 février 2007