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22 février 2007

Varia libertina (16)

 

   GRAZIELLE. – Nous nous voyons moins souvent qu’avant. Je le lui fais remarquer. Elle en convient sans pouvoir me donner d’explications. Je ne sais moi-même que penser. Peut-être est-ce mieux ainsi ? J’ai l’impression qu’elle cherche à se détacher de moi. Je le pensais jusqu’au moment où (c’était la semaine dernière), elle m’envoie ce SMS : « Je suis très amoureuse de toi. » Je la rappelle, et cherche à comprendre ce qui se passe; pourquoi elle n’est plus disponible comme naguère : «  Je ne peux pas, j’ai mille choses à faire ». « Hors de question, je suis débordée ». « Impossible, je suis bloquée jusqu’à cinq heures au bureau », etc. Et puis soudain, un trait de lumière, je comprends. Ceux qui suivent mon histoire avec Grazielle se souviennent peut-être qu’elle est ma maîtresse depuis plus de deux ans... Or, un soir, ce fameux soir que j’ai raconté sous la forme d'une petite comédie dans La folle Soirée, quand tous les invités furent partis, elle a craqué, et a avoué à son mari qu’elle avait une liaison avec moi. Elle m’a toujours soutenu ensuite qu’il l’avait bien pris. Entre nous, j’aime beaucoup Jacques, son mari ; j’adore parler de Schelling avec lui, c’est un bon vivant, un type intelligent, jovial. Un jour où je me trouvais à une fête de mariage, où Grazielle nous avait conviés, il m’a pris à part et m’a dit, discrètement : « Bon ! Je sais tout. Il n’y a pas de problème pour moi. Mais on reste dans les bornes du raisonnable. On préserve l’essentiel… Ok ? » Puis il m’a fait une bourrade amicale. J’en suis resté baba. Sauf que, depuis, quelque chose a changé que je viens seulement de comprendre, et qui me montre que Jacques, sous ses airs débonnaires, est un fin stratège... Le moyen qu’il a trouvé pour récupérer sa femme, ou plus subtilement, pour la rendre moins disponible à son amant, c’est tout simplement de l'embaucher dans son entreprise ! Grazielle travaille désormais pour son mari, dans les mêmes locaux que lui, c’est-à-dire sous sa surveillance discrète, mais réelle. Chapeau Jacques ! Tous mes compliments! Mais la petite chèvre de M. Jacques tiendra-t-elle longtemps dans son enclos? Ne sera-t-elle pas tentée d’aller brouter l’herbe fraîche des montagnes avec les jeunes chamois ? Grazielle, elle, n’a toujours pas compris ce qui lui était arrivé. Je présume qu’elle a été flattée que son mari l’embauche à un poste-clé dans sa boîte de finance internationale… Toutefois, je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire, l’autre jour, tandis que nous avions enfin réussi à nous caler un rendez-vous entre 15h30 et 16h00 : « Franchement, je suis admiratif ! Ton mari est un génie!... Non seulement il t’offre des fleurs tous les jours, te couvre de cadeaux, mais en plus il t’offre un job inouï… » Elle m’a regardé avec des yeux étonnés : « Jacques, il est super ! Il est amoureux de moi ! Il est super !... Mais pourquoi tu me dis ça ? » « Parce que je pense que ton mari est prêt à tout pour te garder, et qu’il y est parvenu… Think about it ! » Et sur ce, je tournai les talons, et la laissai méditer cette phrase.

Commentaires

Etes vous vexé Georges ? Ou deçu de la naïveté de votre maîtresse ?

Je ne trouve pas que le mari de Grazielle soit très fin. Il est malvenu pour un mari de vouloir soustraire sa femme à son amant et par la même en faire ce qu'il n'est jamais censé être : Un rival.
Quant à la "bourrade-amicale-entre- hommes-qui-se-comprennent" - pour rester polie - je vous avoue que si l'un de mes compagnons avait eu la grossiéreté d'en faire autant j'en serais morte de honte après avoir fait mettre à mort le nuisible.

La question qui me taraude au moment ou je vous écrit est la suivante : Mais qui est Schelling ?

Ecrit par : Luna | 22 février 2007

il était pret à tout pour la garder mais qu'est-ce qui aurait pu faire qu'il la perde? des sentiments amoureux incontrôlés ?
Etait-il pret à l'aimer tout simplement au point de vouloir son bonheur même dans les bras d'un autre ?

Ecrit par : sapheere | 22 février 2007

"Grazielle, elle, n’a toujours pas compris ce qui lui était arrivé..."
Vous êtes sûr ?
Elle est peut-être plus manipulatrice que ce que vous croyez et puis quand le mari est au courant je pense que cela doit être beaucoup moins excitant l'adultère, non ?

Ecrit par : Madame B | 23 février 2007

Non, je ne suis ni vexé, ni déçu, seulement un peu triste de voir cette histoire s'achever ainsi, tout doucement, s'effilocher, en quelque sorte... et mourir comme par épuisement du désir.
Je maintiens que le mari de Grazielle est très fin: il a compris qu'il n'avait rien à gagner à entrer en lutte ouverte avec moi, qu'il fallait plutôt regagner souterrainement sa femme.
Qui est Schelling? Je réponds:
Friedrich Wilhelm Joseph von Schelling, philosophe allemand, né le 27 janvier 1775 à Leonberg près de Stuttgart, est décédé le 20 août 1854 à Bad Ragaz en Suisse. Il a été l'un des représentants de l'idéalisme allemand à l’époque du romantisme. Influencé par Kant et Fichte, il a professé une philosophie de la nature dans son livre Système de l’idéalisme transcendantal publié en 1800. Cela vous va?

Ecrit par : Georges pour Luna | 24 février 2007

Je ne crois pas que Jacques était dans la disposition d'esprit (qui est la nôtre) d'aimer sa femme, au point d'être heureux qu'elle soit heureuse dans les bras d'un autre. Je crois qu'il aurait préféré que sa femme lui reste fidèle, mais acculé comme il l'était, il a fait exactement ce qu'il fallait faire: donner le change et contre-attaquer sur le terrain de la séduction.

Ecrit par : Georges pour Sapheere | 24 février 2007

Si Grazielle avait compris ce qui lui arrivait, je crois qu'elle aurait réagi, or, elle s'est laissée prendre au piège. Aujourd'hui même, elle m'a appelé en me disant qu'elle aimerait me voir... mais qu'elle n'avait pas le temps! Grazielle n'a jamais été très excitée à l'idée d'une relation adultère: c'est précisément parce qu'elle ne supportait plus l'angoisse de la menace d'être "surprise" par son mari, qu'elle a cédé, et tout avoué. Ce qui l'y a conduit aussi, c'est la dissymétrie entre nos deux couples, avec une conjointe qui dans mon cas savait, et dans son cas, un conjoint qui ignorait tout. Inconsciemment elle a voulu reproduire notre schéma, sauf qu'elle a omis un détail d'importance, à savoir que son mari n'était pas du tout prêt à la partager, ni à avoir des relations extra-conjugales. L'aveu était de toute façon voué à l'échec.

Ecrit par : Georges pour Madame B | 24 février 2007

Si vous me dites qu'elle n'était pas "excitée" je dirais plutôt motivée par une relation adultère peut-être a-t-elle inconsciemment avouée pour qu'il réagisse et l'empêche de vous voir ce qu'elle n'arrivait pas à faire toute seule ( cequi expliquerait son appel). Mais ce ne sont qu'une supposition, j'ai toujours tendance à penser que les femmes mènent le jeu mais je me trompe sans doute.

Ecrit par : Madame B | 26 février 2007

Je n'aimerais pas être dans votre situation Georges. En vérité je n'envisagerais pas de devenir l'amant d'une femme dont je connaîtrais par ailleurs le mari non complice, ni d'une femme qui connaîtrait la mienne.
Sans internet, j'aurais sans doute été un homme fidèle.

Ecrit par : Vagant | 26 février 2007

Ma situation n'est pas si inconfortable que vous le pensez... Le jour où Grazielle m'a dit qu'elle me présenterait son mari, j'ai cru que j'allais me liquéfier, rougir, me sentir très mal. Au lieu de cela, ce soir-là, nous avons passé tous les trois une bonne soirée, à manger des huîtres et à plaisanter (à ce moment-là, il ne savait pas encore que j'aimais sa femme...). Aussi incroyable que celui puisse paraître, je n'étais habité par aucun sentiment de culpabilité. Je me disais: "Eh bien, j'aime sa femme, je couche avec elle, je trouve son mari adorable par ailleurs, rien de tragique dans tout ça!" Depuis, la donne a changé. Un certain malaise s'est installé. Je culpabilise parce qu'il sait, justement. Ce qui ne m'empêche pas de revoir Grazielle avec plaisir.

Ecrit par : Georges pour Vagant | 26 février 2007

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