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20 février 2007
Libertinage et libidinage (1)
Libidinage : je propose ce néologisme pour décrire une posture, ou si l’on préfère, une manière d’être, identifiable chez certains "libertins", et qui nous semble contrevenir à l’esprit du libertinage, tel du moins que nous l’entendons (et entendons le défendre). Dans le libidinage, comme l’indique l’étymologie, la libido – ou pulsion sexuelle – est l’élément moteur ; le libidin, qu’on aura soin, au passage, de distinguer du « libidineux », qui recherche constamment et sans pudeur des satisfactions sexuelles, le libidin, donc, est avant tout soucieux d’une réalisation rapide et efficace de son plaisir ; à l’inverse du libertin qui invente des scénarios compliqués pour décupler son excitation, le libidin s’irrite des lenteurs qui retardent sa jouissance, s’agace des détours qui diffèrent le moment éjaculatoire : le chemin le plus court jusqu’à l’orgasme lui semble toujours le meilleur : aussi montrera-t-il une certaine défiance à l’égard des formules à fort degré d’incertitude, et aura-t-il à l’inverse une préférence marquée pour les dispositifs lui garantissant un accès direct au plaisir, tel, le sauna qui le dispense d’un déshabillage problématique et de conversations embarrassantes ; d’une manière générale, tout obstacle – cloison, vêtement, regard, verbe – s’interposant entre son corps et l’instrument de sa jouissance lui semblera superfétatoire. La vapeur seule aura ses faveurs, parce que, abolissant les distances, elle supprime la Distance d’avec autrui, favorise le contact – de l’épiderme. La plupart des clubs libertins, en particulier ceux qui cherchent à cultiver une certaine "élégance" libertine héritée du XVIIIe siècle, lui paraissent inutilement sophistiqués. Il voue une hostilité sourde à tout ce cérémonial qu’on lui impose, à ces protocoles mignards, à ces afféteries obligatoires, qui précèdent le moment de la baisade. Pourquoi tant de chichi ? Ne s’agit-il pas, avant tout, de se faire plaisir? Cela est vrai jusqu’à un certain point. Mais, à mesure que j’approfondis ma connaissance du libertinage, il me semble que ce point s’éloigne de plus en plus de mon horizon, et que je pourrais presque me suffire de l’attente qui précède son atteinte, et m’en passer (j’ai bien dit "presque"). Il s’agit évidemment d’une position exagérément avancée, mais qui a l'avantage de nous faire comprendre a contrario l’esprit du libertinage. Sans faire de lui un être purement cérébral, je dirais que le libertin est celui chez qui l’imagination (la « reine des facultés » selon Baudelaire) prime sur la pulsion. Autant le libidin est mu par sa Libido, autant le libertin est guidé par son Désir. En sorte que, loin d’en presser la réalisation (laquelle y met fin), il n’a de cesse, au contraire, de le prolonger par tous les moyens, et pour ce faire, de mobiliser toutes ses facultés créatrices. Loin de chercher à aplanir son parcours érotique, le libertin aura tendance à le semer d’embûches, à le hérisser d’obstacles réels ou imaginaires. Comme le libidin, mais pour des raisons exactement inverses, il rechignera à fréquenter les clubs libertins, du fait de leur ridicule prétention à imposer des rites de séduction, jugés par lui désespérément pauvres...
(Suite au prochain épisode)
11:25 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
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Sur les forums de discussion, on à beau se cacher derrière un pseudonyme, on ne peut pas toujours tout écrire. Même si le forum en question est ouvertement libertin, certaines choses doivent rester cachées, secrètes ou habillement maquillées, en partic...
Trackback par : Extravagances | 01 mars 2007
Commentaires
Force est de constater qu'effectivement les libidins, mais je serais moins réducteurs, les libidines, sont souvent présents. Il s'agit pourtant d'une approche qui, si elle diffère dans la nuance du libertinage décrit, n'en est pas moins défendable, ni supérieure ou inférieure en rien. C'est ce que j'ai cru comprendre de l'argumentation d'ailleurs, quel que soit le choix personnel qui est fait. J'irai même plus loin, en revenant sur le libidineux (moins de libidineuses me semble-t-il... mais je suis sans doute très subjectif et, comme souvent à mon habitude, bien critique ses mes congenères masculins). Le libidineux donc qu'il me semble croiser ici et là un peu trop souvent à mon goût, et pour qui ni la sophistication cérébrale, voire rituelle, du libertin ni l'approche directe et le souci d'efficacité du libidin n'ont de crédit. Le libidineux est dans le désir brutal, immédiat, mais non assouvi. Je voudrais, j'aimerais pouvoir, sans contrainte, là, tout de suite, j'extériorise mon désir, je le vomis sur tout ce qui m'entoure, mais pourtant, il restera très probablement inassouvi et frustré. Caractère indépendant de l'origine socio-cuturelle me semble-t-il même. S'approche -t-on là d'une perversion névrotique qui pour autant qu'elle soit analytiquement explicable et justifiable n'en est pas moins difficile voire impossible à contourner ou juguler ? Si, à tendance plutôt résolument libertine assurément, j'envie parfois la simplicité et l'absence de besoin d'après du libidin, sex for sex and basta, j'avoue avoir presque pitié du libidineux, Sisyphe dont le rocher qui roule déboule inévitablement (mais logiquement ;-) ) sur "I can't get no... " .
Vintage, s'en allant sur l"heure rejoindre quelques libertins et libidins (les deux races seront représentées, je le sais), en espérant éviter d'être pris dans les désagrément collatéraux des libidi-neuneux.
Ecrit par : Vintage | 20 février 2007
Je suis en perdition dans les definitions ...
Ceci étant je note la présence implicite de la notion de perversion dans toutes les définitions ... Pervers celui qui "vomit son désir" sachant ne jamais pouvoir le satisfaire, pervers celui qui retarde le moment de la jouissance et qui en jouit, pervers celui qui satisfait son désir immédiatement sans autre forme de procès qu'un sauna envapé.
Votre réflexion sur le libertinage m'interesse beaucoup Georges, si j'utilise le mot perversion sachez que sous mes doigts il n'est en rien péjoratif.
Ecrit par : Luna | 20 février 2007
cher ami,
Il est inutile de vous dire que cette définition du libertin me convient, du moins à titre personnel. On pourrait ajouter que ce libertinage (impliquant une attente anxieuse et une conquête difficile) engendra parmi les plus belles pages de langue française (ah, la scène du lit dans "La Princesse de Clèves"!). Il ne faut cependant pas oublier que le libertinage "de l'attente" a toujours cotoyé, même pendant le Grand Siècle (pour ne rien dire de la Régence), d'autres formes de libertinage privilégiant l'immédiat, même en littérature (ainsi, "Les Mémoires de dom B... portier des chartreux")
Ecrit par : MBS | 20 février 2007
Mon cher Georges, je suis parfaitement d'accord avec vous lorsque vous avancez que le libertin peut "rechigner à fréquenter les clubs libertins, du fait de leur ridicule prétention à imposer des rites de séduction, jugés par lui désespérément pauvres", mais pourquoi vouloir ôter au sauna toute prétention libertine alors qu'il peut être un lieu libertin du simple fait que c'est une page presque vierge de ces codes comportementaux pré-établis.
Un sauna, comme un cinéma, ou comme un club, peut être utilisé dans le cadre d'un jeu libertin: En tant que rendez-vous des libidins, c'est un lieu de choix pour un scénario de type "cage aux fauves"; Pouvoir y pratiquer en toute quiétude des massages sensuels sans être en tête à tête comme dans une chambre d'hôtel en fait un lieu de choix pour une épreuve de résistance sensuelle comme je l'avais brièvement évoqué dans le plaisir du désir (http://extravagances.blogspirit.com/archive/2007/02/02/le-plaisir-du-desir.html)
Ecrit par : Vagant pour Madeleine | 20 février 2007
"Libertins", "libidins", ces distinctions valent ce qu'elle valent. Elles n'ont rien de définitif, c'est une tentative de typologie, qui peut éventuellement aider à y voir plus clair. Vintage, j'ai retenu deux choses (non, trois!) dans votre commentaire:
1. J'ai oublié de mettre libidin au féminin: les "libidines" existent! Mon texte pouvait donner le sentiment que seuls les hommes étaient concernés...
2. Vous employez l'expression "sex for sex", elle me fait songer à celle, connue dans le domaine de l'esthétique, de "l'art pour l'art". Le libertin n'a pas une vision utilitaire du sexe, chez lui, le sexe peut s'assimiler à un jeu valant pour lui-même, trouvant sa raison d'être dans ses conditions de possibilité.
3. Par ailleurs, je n'ai rien contre la "brutalité", le désir brut, au contraire! il doit l'être, à condition qu'il ait été savamment préparé...
Franchement, Luna, je ne suis pas très à l'aise avec cette idée de "perversion": c'est un concept trop équivoque. Je vois ce que vous voulez dire, néanmoins, et en un sens le mot est juste s'agissant du libertin qui emprunte des voies détournées, compliquées, alambiquées (perverses, au sens étymologique) pour parvenir au point qu'il s'est fixé.
Cher MBS, il s'agit en effet d'un "libertinage de l'attente" (de la frustration délibérée, voire de l'abstinence volontaire) contre un libidinage de l'immédiateté. Cela dit, la stratégie de l'assaut-éclair est une autre façon de surprendre. Il y a une lenteur chez le libidin que je déteste, pareillement, laquelle consiste, un peu lâchement, à apprivoiser autrui par caresses sucessives graduées, à le circonscrire, par la stratégie "du proche en proche"...
J'entends bien, cher Vagant, toute la sensualité qui se dégage du récit de votre après-midi à l'Hyppocampe avec Coralie... mais permettez-moi de ne pas être tout à fait d'accord avec vous lorsque vous parlez du sauna (en l'opposant au club libertin) comme "d'une page presque vierge de ces codes comportementaux pré-établis": cette page n'est pas vierge du tout! On ne se comporte pas dans un sauna libertin comme on se comporte dans un cinéma, ou tout autre lieu public à vocation non libertine. C'est tout ce qui différencie, justement, le libertinage horizontal (codifié, programmé, prévisible) du libertinage verticale (aléatoire, improvisé, inventif). Certes, on peut, si on le veut vraiment, se réapproprier de tels lieux, et y jouer un scénario original, mais c'est forcément artificiel, sauf dans le cas où l'on y conduit des personnes qui ne connaissent pas les règles. La virginité du sauna n'est guère celle que celle du vêtement, pour le reste, tout est écrit d'avance... (je précise par ailleurs que je n'ai rien contre le sauna en soi, mais contre ce que l'on en fait)
G.
Ecrit par : Georges | 21 février 2007
Voici une typologie des plus intéressantes et des plus éclairantes pour moi. Je ne sais si cela pose un problème de définition mais il me semble, ou plutôt il m'a semblé, à vous lire une première fois et sans me rendre bien compte du contexte réel que vous donnez à cette distinction (le sauna, les clubs, la possibilité d'une rencontre), qu'au niveau individuel déjà, des tendances à la créativité ou à l'appétit, les tendances libidines ou libertines existent bel et bien et que de nombreux moments dans un couple classique sont à proprement parler libidins.
Six
Ecrit par : Six | 21 février 2007