08 mars 2007
Ma rupture avec Grazielle (dialogue n°1)
Hier soir, vers 19h30, le téléphone sonne. Je décroche
- Allo, c’est Jacques
- Jacques ?...
- Le mari de Grazielle.
- ….
- J’ai besoin d’avoir avec vous un entretien confidentiel. Ce soir, c’est possible?
- Ce soir, non, nous avons du monde. Mais demain…
- Demain, au Coq d’Or, place du Trocadéro, 10 heures précise, d’accord ?
- J’y serai.
Je raccroche. Madeleine me demande qui était au bout du fil. Je lui explique.
- N’y va pas !
- Et pourquoi ?
- On ne sait pas de quoi cet homme-là est capable. N’y va pas !
- Ne t’en fais pas, Madeleine, je connais Jacques, il est inoffensif, je le vois mal, comme dans La Peau douce, débarquer avec un fusil de chasse sous son manteau, et m’abattre à bout portant en plein restaurant !
Le lendemain, je pousse la porte du Coq d’or. Jacques m’attend à une table, l'air sombre.
- Bonjour, Jacques.
- J’ai très peu de temps, aussi vais-je aller à l’essentiel.
- Je ne veux plus que tu revoies Grazielle, ni que tu lui envoies des emails, ni même que tu l’appelles.
- Je veux bien, mais... je ne comprends pas. Pourquoi ce retournement subit ? Il me semble que tu t’étais exprimé clairement en ce sens et que depuis quelques mois, nous avions trouvé, si j’ose dire, un modus vivendi …
- A quoi faites-vous allusion ?
- Mais à cette phrase que vous m’avez dites en novembre : « Restons dans les bornes du raisonnable »
- Comment l’avez-comprise ??
- J’ai compris que vous m’autorisiez à poursuivre ma relation avec Grazielle, mais le plus discrètement possible, sans vous faire de l’ombre… J’ai compris que acceptiez de partager votre femme, à condition que ce partage ne menace pas la stabilité de votre couple.
- Vous m’avez mal compris. Cette phrase voulait dire : « C’est fini ! Maintenant, vous ne touchez plus à Grazielle ! »
- Dans ce cas…
- Ecoutez, Georges, bien que vous ayez été l'amant de ma femme pendant plus de deux ans, j’ai beaucoup d’estime pour vous. Je vais vous faire une confidence : j’appartiens à cette toute petite minorité d’hommes, exceptionnels à mon sens (2% tout au plus) qui pratiquent le libertinage, autrement dit, qui acceptent de voir leur femme baisée par un autre, sous leurs yeux. En un mot: je suis un libertin. Je suis prêt à partager Grazielle avec des amis, avec des hommes de votre genre par exemple, mais je ne suis pas prêt à ce qu’elle me trompe avec vous.
- Ecoutez, Jacques, je vais à mon tour vous faire une confidence : j’appartiens moi aussi à cette minorité d’hommes "exceptionnels", comme vous dites. Mais j’appartiens à une secte encore plus rare, c’est celle des hommes qui acceptent de partager leur femme avec des hommes qu’ils n’ont pas sous les yeux. En d’autres termes, Madeleine et moi pratiquons, comme vous, le libertinage sous contrôle mais aussi cette forme de libertinage plus difficile impliquant la perte de tout contrôle de la personne aimée : Madeleine sait que j’ai une liaison avec votre femme, depuis longtemps. Je sais, moi aussi, qu’elle a des amants avec lesquels elle sort de son côté. Ceci vous expliquera peut-être le malentendu entre nous. J’ai pensé que vous apparteniez à cette ultra minorité d’hommes qui pratiquent le libertinage intégral.
- Je regrette, Georges, mais au risque de vous décevoir, ce n’est pas le cas. Je veux récupérer ma femme. Je veux que Grazielle revienne à la maison.
- Je respecte votre choix. A partir d’aujourd’hui, je ne lui donnerai plus aucun signe de vie, et ne répondrai qu’évasiment ou négativement à ses propositions.
- Je vous remercie, Georges, je n’en attendais pas moins de vous.
- En toute franchise, Jacques, et pour mettre fin à notre entretien, je vous avouerai que je ne suis pas sûr que vous obteniez ainsi, en lui interdisant de me voir, le meilleur résultat… Mais je vous souhaite sincèrement bonne chance. Surtout, tenez-moi au courant de tout cela, rassurez-moi sur l’état de Grazielle.
- Attendez, avant de partir, Georges, je veux aussi vous donner ceci (il sort un papier de sa poche et me le tend). C’est un texte que j’ai rédigé, une lettre de rupture en somme, que je voudrais que vous envoyiez à Grazielle aujourd’hui même.
- Je le ferai, sans faute, Jacques, Au revoir.
- Au revoir, Georges, et… merci.
(à suivre)
11:15 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note

Commentaires
Rebondissement étonnant et récit presque haletant (en tout cas je l'ai lu à vitesse grand V).
Surprenant aussi ce tutoiement qui redevient vouvoiement. Et plus encore le fait que Jacques prétende écrire pour Georges une lettre de rupture... que Georges accepte d'envoyer sans l'avoir lue (renonçant donc à une certaine liberté).
J'attends avec curiosité l'épilogue, ou en tout cas la suite des événements.
C.T.
Ecrit par : Clown Triste | 08 mars 2007
Me voilà, comme Clown Triste, tenue en haleine, curieuse, interloquée... surtout concernant cette lettre de rupture. Seriez vous un agneau, ou fomentez vous une "riposte" plus subtile ?
Scha
Ecrit par : Schawari | 08 mars 2007
Passionnant ! Ce qui est le plus frappant, c'est l'aveu de faiblesse de Jacques, dont la crainte de ne pas contrôler la situation le pousse à écrire votre lettre de rupture, c'est à dire énoncer mot à mot ce que vous devez dire à votre ex-maîtresse. C'est le point d'orgue de sa mise en scène, de cette convocation autoritaire qui était un moyen de reprendre l'ascendant sur vous, le même ascendant qu'il doit avoir sur les hommes seuls qui baisent sa femme en sa présence, et probablement sous ses ordres. Honnêtement, je ne sais pas si j'accepterais d'envoyer une telle lettre de rupture, même si j'en agrée les termes. La promesse de mettre fin officiellement à cette liaison devrait être suffisante.
Question subsidiaire: Grazielle lit-elle ce blog ?
Ecrit par : Vagant | 08 mars 2007
Georges, je vous admire pour votre impassibilité et votre sang froid.
J'admire également votre couple pour cette vision du libertinage "integral" comme vous dites, ça me laisse rêveuse...
Vous n'exprimez pas votre ressenti quant à cette rupture provoquée, finalement j'imagine que vous êtes triste de perdre Grazielle, surtout si vous êtes, l'un comme l'autre, victime de cette situation, dites nous ce que vous en pensez, ce qu'elle en pense....
Ecrit par : sapheere | 08 mars 2007
Je pense à une scène de café, un matin de César et Rosalie de Claude Sautet en lisant ces lignes les situations sont certes différentes puisque dans cette scène César ment à David pour s'assurer l'exclusivité de Rosalie (quoique, finalement, Jacques est-il ici forcément sincère?) et je pense à cette scène surtout parce qu'il me manque pour me représenter votre entrevue, le visage de Jacques, etait-il menaçant? furieux? honteux? un peu de tout cela à la fois?
Six.
Ecrit par : Six | 09 mars 2007
Quoi ? Georges se laisse dicter une lettre de rupture ? C'est étonnant.
Ecrit par : C&M | 10 mars 2007
Voilà qui marque précisément les limites de Jacques. Chacun a les siennes. Grazielle les acceptera t elle ?
Ecrit par : Electronic-lover | 10 mars 2007
Une lettre de rupture sans faute ?
Ce ne sera donc pas un texto...
Ecrit par : Laurent Morance | 11 mars 2007
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