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30 juillet 2007

La beauté d'une soudaine densité de la vie (8)

    - Maintenant, F.-J.***, je crois qu’il est temps que vous rentriez chez vous, dit E***, profitant d’une petite pause dans la logorrhée culturo-scientifique de l’adjoint au maire. Comme un enfant qui fait la sourde oreille quand sa mère lui dit d’aller se coucher, il fit mine de ne pas entendre et reprit de plus bel. Il y avait quelque chose d’à la fois insensé et héroïque dans sa conduite. Combien de temps encore ce grand enfant allait-il braver E*** en opposant à son désir croissant le caprice de sa parole ? Menacé d’une sanction immédiate, le rhéteur accéléra le débit de sa parole. Tout en me parlant, il jetait de temps à autre des regards inquiets en direction de celle qui lui avait lancé un avertissement. La foudre, c’était évident, n’allait pas tarder à frapper. Et en effet, il ne s’était pas passé trois minutes que E*** dégagea son bras de mon épaule, puis s’avança tranquillement vers lui. Tout insensés qu’ils sont, les enfants connaissent leurs limites. F.-J*** sentit qu’il les avait dépassées. Une lueur de panique étincela dans ses yeux. D’un geste lent et sûr, E*** lui prit son verre de la main et lui dit : « Je vais vous raccompagner chez vous, F.-J.***. » L’élu bredouilla, me regarda d’un air suppliant (attendait-il de moi que je contestasse l’arrêt d’E*** ?), puis, voyant que je ne bronchais pas (se taire c’est consentir), rendit les armes. « D’accord, d’accord, gémit-il en se redressant, mais… est-ce que je peux prendre une petite tasse de café avant de partir ? » En guise de réponse, E*** se dirigea vers la cuisine, remplit une tasse, revint vers l’adjoint demeuré immobile, et lui tendit sans un mot le breuvage. Celui-ci l’avala d’un trait, posa la tasse, et enfila sa veste. La porte claqua, et soudain, je me retrouvai seul avec Natacha sur le canapé.

   La disparition de l’élu eut pour conséquence immédiate la levée de tous les interdits que sa présence faisait peser sur nous depuis des heures. Nos bouches se trouvèrent spontanément. Nos langues s’unirent avec fougue. Natacha, entre deux baisers, comme traversée par de brusques sursauts de lucidité, se dégageait de mon étreinte, me tenait à distance à l’aide de ses deux bras, me fixait avec intensité, et psalmodiait : « Je suis folle, je suis folle. » « Non tu n’es pas folle, c’est la nuit qui est folle. », la rassurais-je (sans rire). Alors, cédant à mes cajoleries, elle se jetait avec force à mon cou, et me cédait des parcelles nouvelles de son corps élastique. Nos ébats prenaient des proportions inquiétantes, quoique limitées par le retour imminent d’E***. Natacha profitait à plein de cette parenthèse de liberté. De mon côté, tout en savourant ce moment, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer, avec un mélange d’anxiété et d’excitation, ce qui se passerait quand cette parenthèse serait refermée…

(Suite et fin au prochain épisode)

22 juillet 2007

Une découverte décisive (Françoise Simpère)

 

   Lorsqu’on a écrit des dizaines de pages – qu’on croyait originales et plutôt bien écrites sur un sujet donné (mettons, ici, le libertinage), et qu’on se rend compte que quelqu’un d’autre l'a déjà traité depuis longtemps et mille fois mieux, on peut être saisi d’un immense découragement. L’accablement, tel aurait donc dû être mon état le jour où Madeleine me mit entre les mains Des désirs et des hommes de Françoise Simpère. Or, ce que je ressentis ce jour-là en lisant ce petit recueil de nouvelles fut au contraire un sentiment d’euphorie. Soudain, j’avais sous les yeux des idées qui correspondaient exactement à ce que je pensais, et qui se trouvaient énoncées dans la forme même où j’aurais rêvé les exprimer. Je mentirais cependant en disant que, dévorant ce livre, puis les suivants, je n’ai pas senti, une ou deux fois, siffler à mes oreilles le vent amer de la vanité (Fallait-il être assez naïf pour s’imaginer être l’inventeur d’un nouvel « art de vivre » ? Que ne fussé-je tombé plus tôt sur ces pages, elles m’eussent épargné un labeur inutile !), mais ce qui l’emporta par-dessus tout, ce fut l’impression délicieuse, apaisante, de rencontrer un maître à penser (et à écrire), disons plutôt en l’occurrence, une maîtresse es érotisme.

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   La jouissance intellectuelle (comme la jouissance sexuelle au reste) puise sa source dans deux sentiments contraires, quoique non contradictoires: la domination et la sujétion. Il est certes grisant de dominer intellectuellement (tant que l’on n'a pas vérifié que nos pensées et nos phrases n’étaient pas nées ailleurs ou avant), c’est-à-dire de s’imaginer soi-même ou de faire accroire à autrui qu’on est le géniteur de quelque chose qui n’aurait vu le jour nulle part sur la planète et dans toute l’histoire de l’humanité ! (L’adolescent puise des joies extrêmes dans cette exaltation naïve de la première fois). Mais il est euphorisant d’être dominé intellectuellement (l’euphorie, est-il besoin de le rappeler, n’est pas synonyme d’excitation désordonnée, elle signifie plutôt soulagement, détente, bien-être, en quoi elle correspond exactement à ce que l’on décrit ici, dans la mesure où l’individu, rencontrant plus fort que lui (personne vivante, ou livre immortel) se trouve subitement déchargé cérébralement du poids de construire tout soi-même, délesté de la responsabilité de penser seul le monde), c’est-à-dire d’avoir en face de soi, érigé et solide, un système de pensée complet, fixé dans une forme définitive. Avec Françoise Simpère, je n’ai pas eu seulement le plaisir de vérification (plaisir où se disimule encore une part de vanité, qui vient de ce que l’on découvre a posteriori que l’on avait raison de penser ce que l’on pense) j’ai connu, ce qui est bien plus profond, le plaisir de complétude, plaisir que je ne saurais mieux comparer qu’à celui qu’éprouve l’homme qui a passé des heures sur un puzzle, et qui place avec assurance ses dernières pièces, parce que le motif général s’est soudain révélé à ses yeux (l’équation impossible devient un jeu d’enfant).

   Inutile de dire que la découverte de l’œuvre de Françoise Simpère est dans notre cas décisive. Elle ne remet pas en cause le travail entrepris dans NOLDA ; j'ose même espérer qu'elle n’annule ni son intérêt, ni son utilité ; en revanche, elle les relativise grandement. Aussi dirai-je au lecteur pressé (pressé d’obtenir des réponses claires sur les questions qu’il se pose à propos du désir, du plaisir, de la fidélité, etc.): qu’il se tourne sans tarder, et prioritairement, vers les livres de François Simpère, quitte à revenir plus tard vers nous, s’il le juge nécessaire. Je consacrerai ultérieurement d'autres notes aux livres de Françoise Simpère pour en signaler les points forts.

19 juillet 2007

Errata au dialogue N°5 (mon rabibochage avec Grazielle)

 

A la suite d’une conversation récente avec Grazielle, je fais toutes mes excuses à nos lecteurs (à Vagant en particulier) en leur précisant que j’ai commis plusieurs erreurs sur le nom et l’origine de la femme que Grazielle voulait m’offrir : il s’agissait non pas de Catherine mais de Marie (Catherine est une de ses cousines) ; elle n’est pas originaire du Ghana mais de Côte d’Ivoire. Par la même occasion j’ai appris les raisons pour lesquelles cette jeune femme était prête à se donner à moi : elle était sur le point de se marier ! C’était donc son enterrement de jeune fille que Grazielle avait imaginé. Elle m’a montré la photo de la mariée. J'ai souri en imaginant que j'aurais pu prendre cette femme la veille de son mariage...  

 

17 juillet 2007

Une lettre de Madame Yoshino

 

   On se souvient peut-être que j’avais rencontré Madame Yoshino et sa fille quelques jours après avoir vu le film : c’était il y a presque un an… Aujourd’hui je reçois une lettre du Japon, accompagnée d’une photo qui montre que j’ai bien tenu le fantôme de Madame Yoshino dans mes bras…

 

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15 juillet 2007

Une soirée pas comme les autres (4)

- Tu ne crois pas que tu as été un peu trop… sèche ? dis-je discrètement en lui désignant du menton notre éconduit.

- Tu trouves que j’ai été sèche ? fit Madeleine, sincèrement surprise de ma question.

- Tu ne te rends sans doute pas compte mais le ton sur lequel tu as dit cela était dur et franchement, à la place de ce garçon, je me sentirais mal, très mal…

- Tu es sérieux? Je n’avais rien contre cet homme, mais contre la façon dont on nous l’a imposé.

- Je suis de ton avis, c’est absolument scandaleux de procéder ainsi, mais je ne peux pas m’empêcher de penser que, par égard pour lui (et je jetai à nouveau un coup d’œil sur notre voisin qui mangeait la tête baissée à toute vitesse) il aurait fallu se montrer plus conciliant, plus ouvert, non ?

- Tu n’avais qu’à le dire toi, que tu souhaitais qu’il vienne à notre table, me dit Madeleine à voix basse, visiblement irritée par le tour que prenait notre échange.

- Je ne le souhaitais pas non plus, à vrai dire. Mais tu… disons, nous aurions pu lui dire quelque chose comme : « Pour l’instant nous sommes dans une discussion un peu intime, mais tout à l’heure, venez vous joindre à nous pour prendre le café ».

- C’est malin de me dire ça, maintenant je culpabilise. J’ai l’impression d’avoir été cruelle, dure, alors que je ne voulais pas l’être, je te l’assure.

- Je n’en doute pas un instant ma chérie, mais parfois, sache-le, tu peux donner le sentiment à autrui d’être une inflexible et insensible. Ce que tu n’es pas, bien au contraire !

Madeleine restait silencieuse. Je sentais qu’elle était contrariée. De temps à autre elle jetait des regards furtifs sur l’homme qui achevait maintenant son dessert.

- Tu as vu la vitesse à laquelle il a mangé. Si tu veux mon avis, soufflé-je à Madeleine, il va lever le camp aussitôt qu’il aura fini son assiette.

J’avais à peine achevé ma phrase que l’homme en question se dressa, posa sa cuillère, et sans même avoir achevé son dessert, bondit hors du restaurant, et disparut dans la salle à côté.

- Vois-tu, c’est ce que je te disais. Il se sentait tellement mal, tellement honteux, qu’il s’est empressé d’avaler son repas, et qu’il est parti. A cause de nous, ce type-là aura passé une soirée épouvantable.

Madeleine, affolée par ce que je lui disais, se pencha pour vérifier si notre martyr était vraiment parti.

- Non, non, il est encore là, me dit-elle, soulagée et presque heureuse. Il est en train de téléphoner. C’est pour cela qu’il a quitté la table précipitamment.

L’homme revint en effet à table et s’assit de nouveau. Nous gardions le silence. Il but son café d'un trait, puis disparut derechef dans la salle à côté. Visiblement, il lui était insupportable de demeurer plus longtemps à côté de deux personnes, sinon hostiles, au moins inamicales. Il se trompait ! Car plus le temps passait, plus je compatissais à la souffrance bien involontaire que nous lui infligions. Enfin, n’y tenant plus, je dis à Madeleine, en me levant :

- Ecoute, je vais aller l’inviter à prendre le café avec nous. Il faut réparer notre indélicatesse. Il n’est pas responsable des manières stupides de ce gérant.

Madeleine me retint par le bras, indécise, je sentis cependant dans sa voix un petit grain d’excitation.

- Tu es sûr que tu veux qu’il vienne à notre table... Tu ne crois que cela sera pour lui un signe évident que…

- Ne t’en fais pas, je saurai lui indiquer rapidement quelles sont les limites à ne pas dépasser...

Madeleine m’ayant lâché le bras, je me dirigeai d’un pas décidé vers le bar où notre homme sirotait tranquillement un whisky.

 

(à suivre)

 

12 juillet 2007

Une soirée pas comme les autres (3)

   Nous eûmes vite fait de faire le tour du « château » et de revenir au point initial : la petite salle de restaurant au style moyenâgeux. D’aucuns s’étonneront peut-être que je ne me fende pas d’une description circonstanciée des lieux. Oui, j’ai conscience que sa place serait nécessaire, à tout le moins utile, à ce stade du récit pour poser le cadre afin d’y installer plus tard l’action, mais outre que je suis fatigué de trouver des adjectifs pour exprimer la sensualité irrésistible des velours, pour suggérer l’érotisme profond des divans, pour dire la luxure des tentures, pour évoquer la lubricité voilée des lampes, etc., je ne suis pas naïf au point de penser que le lecteur n’aura pas consulté, préalablement, le site où le Château des Lys est montré sous toutes ses coutures : des oubliettes au donjon en passant par le trône… (il y aurait beaucoup à dire, au reste, sur les sites web des clubs, sur leur présentation esthétique, sur le choix des galeries de photos, mais je réserve cette tâche à notre iconographe). Bref, de notre petite excursion dans les galeries du château aménagée pour la baise collective, je retiendrai ceci : 1. qu’on peut s’y perdre parce que c’est vaste et tarabiscoté – surtout si on est un peu gris 2. qu’on peut y faire des chutes dangereuses parce que c’est très sombre – surtout si on est un peu myope. De cette petite visite, j’ai retenu aussi (en prévision d’ébats certes improbables mais, sait-on jamais) qu’il y avait deux ou trois petits salons très commodes pour s’isoler… A mon grand soulagement, le majordome nous installa dans une petite salle à part. Ouf ! je me voyais déjà tenir le crachoir aux quarterons de libertins croisés dans l’escalier… Madeleine tint seule le dé de la conversation, ce qui suffit amplement à mon bonheur. Quelqu’un a dit je crois que l’amour se manifeste, non par le désir de faire l’amour, mais par le désir du sommeil partagé. Je crois cela juste (coucher n’est pas la même chose que dormir avec une femme) mais ce n’est pas à mon sens le seul critère. Le désir de la conversation partagée en est un autre, sans doute plus sûr. Car, dans la conversation, à la différence du sommeil, l’amant doit constamment faire face à sa maîtresse, et les heures avec elle peuvent devenir des siècles… Lorsque je parle avec Madeleine, je ne m’ennuie jamais. Il existe des couples pour qui la perspective d’un dîner en tête à tête est pénible, cela n’a jamais été notre cas. Nos conversations se font toujours à bâtons rompus, en tout lieux et en toutes circonstances. Que vienne le silence, il cède aussitôt la place à la rêverie individualisée, jamais au malaise général. Je ne saurais vous dire quel était le sujet de notre discussion ce soir-là, la seule chose dont je me souviens c’est qu’elle était piquante, et qu’elle fut interrompue…

- Ces messieurs dames désirent-ils accepter ce jeune homme à leur table ?

Je me retournai : la personne qu’on nous désignait du doigt était plutôt un homme mûr qu’un « jeune homme ». Celui-ci baissait les yeux comme un enfant arrivé en retard à la rentrée des classes ; il était manifestement gêné de l’initiative prise (sans son accord ?) par le responsable du Château. La question était pour le moins importune, et l’invitation pour le moins cavalière. Cependant, je me refusai à répondre par la négative : il me déplaisait, en la circonstance, d’être mufle au prétexte qu’on me forçait à l’être. Aussi, une fois n’est pas coutume, restai-je coi, et me tournai, interrogateur, vers Madeleine, dans l’attente de son jugement. Celui-ci ne se fit guère attendre. Il fut sans appel.

- Vous nous excuserez, mais nous préférons rester dans l’intimité.

- Pas de souci,  nous dit le majordome avec un sourire mécanique (il semblait habitué à ce genre de déclination).

Le « jeune homme » baissa la tête et alla s’asseoir sans bruit à la table d’à côté.

(A suivre)

 

10 juillet 2007

Mon rabibochage avec Grazielle (dialogue n°6)

- Allo, c’est Grazielle.

- Ah, bonjour, comment ça va depuis l’autre fois? Et Catherine, comment va Catherine ?

- Catherine ? Catherine qui ?

La fille que tu voulais m’offrir l’autre jour.

- Ah, Catherine! Bien, bien… Mais ce n’est pas de cela que je veux te parler aujourd’hui. As-tu pensé à la fête des Mères ?

- La fête de quoi ?

- La fête des Mamans, quoi ! Est-ce que tu as pensé à acheter un cadeau pour Madeleine ?

- Non, mais c’est la fête des Mères, pas la fête des épouses !

- C’est la même chose ! Jacques, lui, il m’a acheté une montre en or. Ne me dis pas que tu n’as rien acheté pour Madeleine.

- Mais enfin, Grazielle, je te répète…

- Tu te souviens de Clarisse que je t’ai présentée un jour.

- Euh, oui, celle qui faisait des bijoux de création ?

- C’est ça! Eh bien, maintenant on travaille ensemble. Je la subventionne. Je me suis souvenue que tu avais flashé sur une bague qu’elle portait.

- Oui je m’en souviens bien, une très belle bague, en effet…

- Eh bien, j’ai pensé que tu pourrais en offrir une pareille à Madeleine pour la fête des Mères ?

- Mais tu délires complètement !

- Ecoute, j’ai très peu de temps ce matin. Retrouve-moi au Trianon comme d’habitude, d’accord ?

– Euh… d’accord.

 

Une heure plus tard, j’entre dans le trianon. Grazielle m’attend, fébrile, dans le fond du café. Elle porte une robe moulante, qui galbe ses seins.

 

- Bonjour Grazielle.

- Comment tu me trouves ? Comment tu trouves mes seins ?

- Toujours aussi beaux, un peu plus gros qu’avant même.

- C’est drôle, c’est ce que me dit Jacques aussi. Tiens j’ai amené le cadeau. (elle avance une boîte qu’elle ouvre. La bague est là, identique à celle que j’avais vue au doigt de Clarisse) Elle est magnifique, n’est-ce pas ?

- Je ne me souvenais pas qu’elle était si belle, en effet. Je me demande, finalement, si ton idée n’est pas une bonne idée…

- Tu vois ! Je suis sûr que Madeleine va adorer. Elle sera heureuse, heureuse...

- Admets quand même que c’est un peu bizarre. Qu’est-ce qu’elle va dire quand je vais lui offrir ce cadeau ?

- Tu vas lui dire, toi, que c’est un cadeau que Grazielle t’a inspiré !

– Mmm.. Pourquoi pas, après tout... Ce sera la première fois qu’une maîtresse offre un cadeau à l’épouse de son amant !

- Attention, ce n’est pas moi qui paie quand même !

- Ah oui, au fait c’est combien?

- Je vais te faire un prix d’amour (et ce faisant, elle s’approche de moi, et m’embrasse sur les lèvres)

- Dans ce cas, je ne peux pas refuser. Marché conclu !

(Suite)

06 juillet 2007

Mon rabibochage avec Grazielle (dialogue n°5)

- Allo ? C’est Grazielle.

- Grazielle ! Cela faisait longtemps

- Est-ce que tu es libre, ce matin ?

- Euh… Je ne sais pas, je…

- J’ai quelque chose à te proposer.

- Dis toujours mais…

- Voilà. J’ai une copine, elle s’appelle Catherine. Elle voudrait s’amuser un peu, si tu vois ce que je veux dire... Je lui ai parlé de toi, elle est prête.

- Prête à quoi ?...

- A ce que tu l’inities au plaisir, pardi !

- Grazielle !...

- Je lui ai dit que tu pourrais l’accompagner dans un sauna, ou dans un endroit comme ça.

- Moi ?

- Oui, toi. Alors, qu’est-ce que je lui dis ? Elle attend sur l’autre ligne.

- Mais je ne la connais pas !

- Elle est super sensuelle, elle a un beau petit cul, et des seins pas mal non plus ?

- Black, j’imagine...

- Evidemment ! Du Gana. Elle attend. Alors qu’est-ce que je lui dis ? C’est oui ?

- Sans toi, c’est non, ça ne m’intéresse pas, je ne la connais pas cette fille ! On a toujours tout fait ensemble jusqu'à présent, non ? Pourquoi cette proposition?

- Je ne peux plus te voir, alors j’envoie quelqu’un d’autre. Je te fais l’amour par procuration en quelque sorte. Elle sera mon émissaire.

- C’est gentil de ta part, mais franchement, ça ne m’intéresse pas. Et puis, tu sais, des maîtresses, j’en ai à la pelle ! Depuis qu’on s’est quitté, j’ai pas chômé, tu sais !

- Quoi !!!

- Je blague !... 

- Heureusement, parce que sinon je t’aurais étranglé ! Donc, Catherine, c’est non.

- C’est non.

- Et si je t’invitais un de ces jours à boire un café ?...

- Pourquoi pas, mais alors on bétonne le truc à maximum. Pas question que ton mari nous voie, sinon on est mort.

- A bientôt mon chéri.

(Suite)

05 juillet 2007

Une soirée pas comme les autres (2)

 

- « Continuons notre visite, veux-tu ? », dis-je à Madeleine en l’extrayant de son berceau de métal. Un large escalier tournant, que je n’avais pas remarqué au premier abord, nous mena du rez-de-chaussée jusqu’au premier l’étage. Parvenue en haut, Madeleine buta sur la dernière marche. Je la rattrapai in extremis par le bras, lui évitant ainsi une chute certaine et sans doute douloureuse. « Mais! tu n’as pas mis tes lunettes ? », lui dis-je sur un ton léger de reproche. « Je les ai laissées dans mon sac… », répondit-elle un peu penaude. Je me tus, ne comprenant que trop son choix... Les myopes ont un avantage énorme sur ceux qui ne le sont pas : ils peuvent décider à tout moment de nimber la réalité d’un voile vaporeux si ses arêtes leur paraissent trop vives. En club, cette possibilité est tentante. Faut-il y céder ?

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Cette question n’a que les apparences de la futilité, en vérité elle est très profonde, en ce qu’elle est révélatrice de notre rapport équivoque au réel, tiraillés que nous sommes en permanence entre la tentation d’embellir et la tendance à enlaidir. En me passant de mes lunettes j’aspire à donner aux choses un aspect idéal ; en les chaussant je me prépare à débusquer leur aspect trivial. Or, le plaisir que l’on trouve à l’exhaussement lyrique des choses et des corps, est aussi suspect moralement – et contestable esthétiquement – que celui que l’on prend à leur rabaissement systématique. Longtemps, il y eut une prime à l’idéalisation (époque romantique) : n’était considérées comme belles que les choses dont on avait fait disparaître préalablement les aspérités pour en révéler la part sublime. Aujourd’hui et depuis un certain temps déjà (disons, depuis Courbet et Flaubert) la mode est, si l’on me passe ce néologisme, à la trivialisation du réel, c’est-à-dire à la mise en valeur délibérée et forcée, au nom de la Vérité (critère  ultime du Beau), des détails les plus sordides, des aspects les plus dégradants du monde physique. Ne sont considérées comme belles (parce que « vraies ») que les choses dont a fait apparaître, dont on a su révéler, la laideur cachée. Salutaire à ses débuts (il était urgent d’opposer au mensonge romantique une certaine vérité romanesque…), cette réaction, en se prolongeant, est devenue un peu puérile, irritante même : à trop vouloir redresser la réalité, on l’a déformée dans l’autre sens. Croyant retrouver le vrai, on est retombé dans le faux. Cette question de la juste distance visuelle – et narrative – (qu’illustre métaphoriquement le dilemme des lunettes) se pose de manière particulièrement aiguë dans des lieux tels que les clubs libertins, où, selon la situation, selon l’humeur du moment, les objets et les personnes peuvent nous apparaître, tour à tour, grandioses ou dégueulasses. Il m’est arrivé, je le reconnais, de céder à l’idéalisation dans mes récits antérieurs – précisément par réaction contre cette tendance générale à noircir la réalité, à tout voir en laid. J’avais besoin, alors, de dire qu’une soirée dans une "boîte à partouze" ne se résumait pas à des bites pendantes et à des capotes gluantes ; que l’on pouvait  y vivre, quelquefois, des moments sublimes et presque magiques… Aujourd’hui que je connais mieux ce monde-là, je suis plus à même de résister à la double tentation (l’une étant, on l’aura compris, l’envers de l’autre) de l’enjolivement ou de l’avilissement. Tout ça pour dire que ce soir-là, contrairement à Madeleine, je portais bien mes lunettes…

 

(A suivre)

03 juillet 2007

La Beauté d'une soudaine densité de la vie (7)

 

   Natacha menaçait de nous échapper : E*** le sentit. Elle fondit sur sa proie, la prit par le bras et lui dit : « Maintenant ! on boit le champagne à la maison ! ». Natacha se libéra et, comme se réveillant d'un rêve, prise de panique, nous cria presque : « Mais non ! C’est impossible ! Mon mari m’attend ! ». Comme le serpent de la Genèse, j’enroulai mon bras droit autour d’elle et lui glissai dans l’oreille gauche : « Reste, reste, je t’en supplie. Il faut que tu restes ». Natacha vacilla, hésita, et cette hésitation lui fut une nouvelle fois fatale. E*** la poussa dans la voiture, qui démarra en trombe. A peine installée, elle chercha ma main, la trouva et s’y agrippa comme à une bouée. Elle était ivre, ivre de désir et de liberté. En arrivant, nous étions tous d’excellentes humeurs. L’adjoint surtout était aux anges : il allait pouvoir reprendre sa conférence sur la numismatique à l’époque de Napoléon III. E*** tanguait un peu sur le trottoir, son sourire équivoque ne la quittait plus : elle semblait savourer d’avance le moment où le corps de Natacha fondrait sous ses baisers. Natacha, elle, avançait comme un automate : elle avait coupé les amarres avec le réel ; elle se laissait porter par la démence de cette chaude nuit de Printemps. Quant à moi, je n’avais qu’une idée : retrouver le chemin qui mène aux omoplates de Natacha. Cette envie fut satisfaite dès que nous eûmes pris place dans le salon. Spontanément, la femme du commissaire s’assit tout contre moi sur le canapé. L’adjoint se cala comme il put en face de nous dans une bergère.

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Le flot de son babillage, un temps détourné de son cours, reprit de plus bel. Enivré mentalement par cette peau que je ne me lassais pas de lisser du bout des doigts, je ne faisais même plus l’effort de marquer mon approbation par des hochements de tête. Je contemplais mon interlocuteur d’un air béat comme si ses paroles eussent été de miel. Mettait-il vraiment sur le compte de son discours l’expression extatique peinte sur mon visage ? Etait-il possible, désormais, qu’il ne vît pas la main que Natacha avait posée sur mes genoux ? Était-il possible qu’il ne s’aperçût pas de ses petits spasmes quand je touchais des points sensibles ? La sensation du danger s’amenuisait à mesure que le temps passait. Je devenais de plus en plus audacieux, Natacha de moins en moins prudente. L’impunité pousse au crime, c'est connu... Cependant, même s’il devenait de plus en plus évident qu’il ne voulait pas voir ce qui se passait sous ses yeux, un petit doute subsistait dans mon esprit. Jusqu’où conserverait-il son impassibilité ? me disais-je. Restera-t-il impavide si j’embrasse Natacha à son nez et à sa barbe ? Lorsque E***, par un incroyable coup de force, vint poser sa tête langoureusement sur mon épaule, il ne me fut plus possible de douter que, quoi qu’on fît, il ne ferait rien pour nous en empêcher… La situation, depuis l’épisode du café, était montée d’un cran supplémentaire dans la cocasserie. Pour moi, en tout cas, elle était totalement inédite : assis sur un canapé entre deux superbes femmes dont l’une me caressait la jambe droite et l’autre me passait la main dans le cou, un élu de la France me contemplait mi sérieux, mi goguenard...

 

(A suivre)

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