« 2007-07 | Page d'accueil | 2007-09 »
30 août 2007
Au théâtre ce soir! (5)
- « Un peu frustré, j’imagine… »
Je m’apprête à répondre poliment que non, mais Madeleine me coupe, sourire en coin : « Ne t’en fais pas, j’ai prévu la suite… Laisse-moi quelques minutes et… » Elle disparaît dans notre chambre. Je me cale dans le canapé du salon, en attendant la reprise du spectacle. Il ne se passe pas dix minutes (pendant lesquelles je me suis servi un whisky) que Madeleine est de retour. Elle porte un déshabillé noir qui lui arrive à mi-cuisse et des escarpins. Je ne peux pas m’empêcher de laisser échapper un Ouah!... de satisfaction. Elle fourre un CD dans la chaîne Hifi. Des notes suaves s’en échappent ; Madeleine commence à onduler du bassin. Elle a lâché ses cheveux. Ses bras les remontent jusqu’aux tempes et les laissent retomber sur ses épaules. L’effet est magnifique. Je n’en crois pas mes yeux ! Je retrouve, devant ma propre épouse, les sensations de tout à l’heure. Envie irrésistible de toucher tout de suite, réfrénée par l’envie de prolonger le plus longtemps possible le charme des mouvements. Madeleine s’empare de la chaise, se frôle et se frotte à elle, s’enroule autour d’elle, la chevauche enfin comme une danseuse de Cabaret. Je suis bluffé. Je lâche un taquin : « Mais où diable as-tu appris tout cela ? ».
Elle ne répond pas. Elle poursuit son numéro consciencieusement, s’appliquant à réaliser au mieux les figures qu’elle a en tête ou qu’elle improvise. Et ma foi ! elle se débrouille à merveille. Elle se débarrasse de ses chaussures avec grâce. Elle fait glisser le déshabillé le long de sa jambe, et me l’envoie avec un mouvement de tourniquet du bras. Je le rattrape au vol et lui adresse un Houuu enthousiaste. Je joue le jeu, moi aussi, jusqu’au bout. Et le résultat c’est que je m’y crois totalement. Madeleine est maintenant presque nue. Pastichant, par jeu, l’attitude caractéristique de l’amateur de Strip tease qui garde son sang-froid, pose un regard de spécialiste sur l'exercice, je reprends flegmatiquement une gorgée de whisky et lance un petit clin d’oeil complice à ma danseuse. En réalité, je suis horrrrrrrrriblement excité. Les boutons de mon pantalon sont prêts à craquer. Comme si elle l’avait senti, Madeleine s’approche, et mimant exactement la posture des stripteaseuses de Chochotte, se plante devant moi, et me présente son cul. J’y applique mes mains sans coup férir. On m’invite à faire glisser le slip, je réponds à l’invitation…. Les fesses de Madeleine émergent de la pénombre, splendides, désirables, irrésistibles. A partir de cet instant, elle fera ce que les danseuses n’ont pas le droit de faire, et dont tous les spectateurs rêvent : elle déboutonnera mon pantalon, sortira la bite roide de sa geôle de tissu, la mettra dans sa bouche, et la sucera en cadence (car la musique, elle, ne s’est pas arrêtée). La suite n’est pas racontable...
12:30 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
27 août 2007
Au théâtre ce soir! (4)
Esther s’est encastrée dans Lolita, sexe contre sexe. J’observe leur entrelacement, réfléchi dans une glace somptueuse au-dessus d’elle. Les Lesbiennes, premier titre choisi par Baudelaire pour ses Fleurs du mal. Me voici devant le fameux tableau de Courbet. Illusion d’optique. Madeleine tremble de plaisir à côté de moi. Pourvu que cela dure… Et cela dure ! Esther s’est allongée sur un tapis, les jambes écartées : Lolita lui lèche la chatte, et, croyez-moi, elle ne fait pas semblant. La musique s’interrompt brusquement. Le bruit des pales du ventilateur se mêle aux râles de la libanaise (à moins qu’elle ne soit tunisienne). Désormais je suis comme les petits vieux, plus rien ne me distingue d’eux. J’ai abdiqué mon mépris et ma supériorité. Comme eux, j’ai envie des me jeter sur elles et de mettre ma queue dans leur bouche, dans leur con, dans leur cul, dans leur neufs portes ! Madeleine est dans tous ses états.
Esther s’est renversée en arrière : elle est à quatre pattes comme une chienne, et sa petite compagne lui broute le minou avec application. Des petits gémissements percent à travers les notes de musique. « Il n’y en un qui va se taper une crise cardiaque », dis-je à l’oreille de Madeleine en désignant nos compagnons. Lolita a repéré la seule créature féminine de l’assistance. Pendant qu’Esther s’est allongée sur l’un des canapés, et que les six mains des petits vieux se sont collées sur ses hanches (pas question de toucher les seins ni a fortiori le sexe), la naughty Girl a enjambé l’ottomane et s’est calée sur moi. Elle sort sa langue et m’enduit le visage de salive. Mais c’est Madeleine qui l’intéresse. Elle l’embrasse, lui pelote les seins, et finit par lui demander (avec un petit accent) : « Tu veux faire le strip tease avec moi ? » Madeleine dit oui avec le corps mais non avec la bouche. Lolita lui dit : « Dommage… La prochaine fois peut-être ». Combien sont-elles à accepter ce genre de proposition ? Horriblement excité, je fais part à Madeleine de mon étonnement et de ma déception : « Pourquoi n’as-tu pas accepté ? » « De quoi j’aurais l’air à côté de ces professionnelles ? Et puis d’abord je ne veux pas me donner en spectacle devant ces gens-là » Je comprends ses réserves, ô combien !. Le spectacle est terminé. Nous applaudissons, enthousiastes. Les deux filles nous saluent : « Merci, et bon spectacle » Le show continue, il tournera en boucle jusqu’à minuit. Nous décidons de partir maintenant pour rester sur une bonne impression. Nous croisons un asiatique qui s’assoit précipitamment. Il rejoint les petits vieux, qui resteront, indélogeables. Et c’est reparti pour un tour ! Nous nous retrouvons dans la rue. Des passants, l’air ennuyé, nous regardent sortir, indifférents, sans voir notre rouge aux joues.
09:05 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
24 août 2007
Au théâtre ce soir! (3)
Madeleine et moi échangeons nos impressions à voix basse. L’interruption de la musique laisse place au cliquetis fatigué d’un ventilateur. Ce bruit nous ramène à la réalité. Nous sommes dans un théâtre érotique, l’un des plus connus de Paris. Il est huit heures du soir, Chez Chochotte, au 34 rue Saint-André-des-Arts. On nous en avait dit beaucoup de bien, mais c’est mieux encore que je me l’étais imaginé. Pas sordide du tout. Les petites vieux sont bien un peu ridicules, mais ils sont tellement touchants avec leur air de puceaux en goguette. En tout cas, me dit Madeleine, c’est mieux que le String Fellow : les femmes sont moins belles, mais plus excitantes. On voit leurs défauts (des boutons mal placés sur les fesses, des seins qui tombent un peu, des rides délicates) mais qu’importe, elles sont vivantes ! On peut les toucher. Mieux, elles semblent prendre plaisir à vous toucher. Une musique orientale coupe court à notre discussion. Nous reprenons notre position d’élèves studieux pendant le cours du professeur. On aperçoit une jambe se poser sur les degrés, puis deux, puis trois, puis quatre. Il y a maintenant deux filles sur scène. Une petite blonde à l’air très coquin (irlandaise ?), et une brune voluptueuse de type arabe. Lolita et Esther ! me dis-je. Les créatures de Nabokov et Balzac réunies.
Elles jouent d’abord au chat et à la souris autour de la barre de Pole dance ; exécutent des figures chorégraphiques censées exprimer le désir qu’elles ont l’une pour l’autre. Je jette un oeil sur l’expert comptable. Je discerne dans son expression quelque chose de douloureux. Cet homme souffre du plaisir qu’il ressent malgré lui.
Sa femme l’attend à la maison et lui, pendant ce temps-là, qu’est-ce qu’il fait ? Il se rince l’œil en matant deux lesbiennes. Salaud, Je suis un salaud. Elles se déshabillent avec grâce. Madeleine les dévore des yeux. Je sens soudain sa main se frayer un chemin entre mes jambes, chercher ma queue. J’ai envie de dégrafer son corsage et de lui caresser les seins, mais la présence des vieillards me retient de le faire. Nous reviendrons avec des amis, et alors là…
09:45 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
21 août 2007
Au théâtre ce soir! (2)
Les trois petits vieux nous scrutent, passablement allumés par la scène saphique à laquelle ils assistent. Madeleine, surprise d’abord, semble maintenant troublée. La danseuse lui file entre les doigts, sourire coquin aux lèvres. Je reviendrai, ne vous en faites pas. Ses bras et ses jambes se sont enroulés autour de la barre de Pole dance. Elle grimpe jusqu’à son sommet, et en redescend tête en bas, les jambes en ciseaux. Elle s’immobilise dans cette position. Son sexe est ouvert, offert. Les petits vieux, fascinés, retiennent leur souffle, immobiles comme des pierres. Mon regard remonte de sa vulve jusqu’à ses côtes saillantes. Je n’ai pas encore dit comment était notre danseuse. Quand elle a surgi dans sa robe espagnole, j’ai pensé : « Tiens, voilà la vieille maîtresse ! » Laide, osseuse, olivâtre, « un laideron ! » (dixit Rino de Marigny quand il la voit pour la première fois) ; envoûtante, pleine d’un charme vénéneux, et sublime à mesure qu’on la découvre. De même, la beauté de la danseuse se révèle dans le mouvement lascif de ses reins et de ses hanches. La voici qui s’approche des vieillards du premier rang. Ils frétillent d’aise. Au premier, la charmeuse offre ses seins qu’elle agite sous son nez. Ouh, ouh, ouh encore!... Elle se dégage de son emprise et rampe comme une anguille vers le deuxième. Elle le pousse d’une pichenette de femme fatale, le petit vieux n’oppose aucune résistance; il joue le jeu, s’affale en extase sur l’ottomane, vaincu. Je me hisse sur la pointe des pieds pour voir ce qu’elle va lui faire. On dirait qu’elle se prépare à le sucer, en tout cas elle mime le mouvement de la fellation. Elle va, elle vient. Derrière le fellationné, son confrère s’est mis debout. Il regarde avide, inquiet, un peu jaloux. Combien de temps lui faudra-t-il attendre avant qu’elle ne revienne l’émoustiller ?
Un bruit de pas le distrait de sa pensée. Un client descend l’escalier. Il est grand, cravaté, la cinquantaine. Une pochette rouge flambe à son blazer. Agent d’assurance ou expert comptable ? Il contourne prudemment la danseuse au moment où celle-ci expose sa fente en levrette. Il s’assoit, raide comme la justice, à côté de moi, avec une expression tragique dans les yeux. Putain de culpabilité. A peine arrivé, il regarde sa montre. Sa femme l’attend à la maison (sans doute). Je regarde la toile de son pantalon au niveau de l’entrejambe. Pas de bosse suspecte. La danseuse l’a repéré. Elle fonce sur lui, sourire enjoleur aux lèvres. Lueur de panique dans les yeux quand il la voit s’approcher. Elle s’installe sur lui, il recule, comme si on lui mettait une limace sous le nez. Elle prend sa cravate et le ramène de force vers elle. « Alors mon joli ? ». Je l’entends dire d’une toute petite voix gênée : « Mais je crois qu’on ne se connaît pas ? » J’éclate de rire. Les dernières notes de musique mettent fin à la torture de l’agent d’assurance. La danseuse se relâche, ramasse ses habits éparpillés un peu partout. Le petit vieux de l’ottomane, pour se faire bien voir, l’aide à ramasser son soutif. « Merci mon bichon ! » « Pas de quoi, Madame... » Tout le monde respire, se détend, se remet de ses émotions.
(A suivre)
09:30 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
18 août 2007
Au théâtre ce soir! (1)
On y pénètre par une entrée presque invisible depuis la rue. Il y a un petit couloir qui donne sur un guichet. Quelqu’un vous donne un ticket en échange d’un billet. On descend par un escalier tournant. En bas, une crypte en pierre voûtée transformée en théâtre minuscule, véritable écrin oriental : tapis persans, rideaux damassés, coussins à profusion, miroirs rococos, divans moelleux recouverts de draps frangés, lit en fer forgé coiffé d’un dais d’où pendent des glands d’or, fresques naïves inspirées du Jugement dernier de Michel-Ange ; plus tard je remarquerai à gauche une alcôve dissimulée sous l’escalier par un rideau, au fond à droite, posé près du lit, un âne en bronze de la taille d’un chien, et deux niches dans lesquelles patientent des Sphinx en onyx. Trois petits vieux tournent la tête à notre arrivée.
Ils ont pris les meilleurs places : le premier, dans l’axe, sur le siège central qui surplombe la scène, les deux autres sur l’ottomane rose et le petit canapé vert au premier rang. Ils se tiennent très droits, aux aguets, fébriles et concentrés à la fois. Surtout, ne pas en perdre une miette. Je m’installe avec Madeleine sur la banquette adossée au mur du fond. Un éclairage feutré et une petite musique de clavecin annoncent qu’il va se passer quelque chose. Après quelques secondes d’attente, une jeune femme, habillée dans le style sévillan, descend l’escalier. Elle adresse un petit sourire poli à chacun. Et c’est parti ! Son corps ondule au son des castagnettes. Ses vêtements tombent les uns après les autres sur le sol. L’un des petits vieux, entraîné malgré par lui par le rythme, frappe en cadence la pomme de l’accoudoir avec sa main gauche. La danseuse s’approche de lui. Son visage s’illumine. Il se redresse comme un coq, roule des yeux de joli cœur. Au dernier moment, la danseuse pivote et pose son cul sur ses genoux. Elle remue les fesses, il les prend dans ses mains, mais il a du mal à suivre leur mouvement frétillant et ondulatoire. Le vieux s’amuse comme un petit fou, il nous jette un coup d’œil complice. Les deux papis du premier rang se sont retournés pour observer la scène, ils attendent docilement leur tour. Ils ne sont pas inquiets, ils connaissent le protocole. Ils savent que tout à l’heure la danseuse va venir les aguicher, eux aussi. Ils savent qu’elle viendra se frotter contre leur sexe éteint. Comment ? Cela, par contre, ils l’ignorent. Car la danseuse est imprévisible, aléatoire comme un dé jeté sur le tapis. Par exemple, la voilà qui enjambe l’ottomane et fond sur moi. Je suis un peu pris au dépourvu. Elle s’assoit sur mes cuisses, et commence à déboutonner ma chemise tout en fixant Madeleine. Petite perverse ! Je souris d’aise. Madeleine lui sourit à son tour. Elle en va vu d’autres ! La sévillane me bombarde de baisers sur la poitrine. Je sens ma queue gonfler, mais au moment où je me décide à la prendre par la taille, elle m’échappe, et se décale vers Madeleine. Elle a décidé de s’occuper de cette dernière : elle pose sa main sur sa rotule et la remonte très haut vers la grande Bifurcation. Puis elle s’approche de son visage et y applique ses lèvres. Je n’en reviens pas.
(A suivre)
17:25 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
14 août 2007
Une soirée pas comme les autres (fin)
Les dés étant maintenant jetés, je décidai de prendre les choses en main jusqu’au bout : je choisis le lieu des hostilités (une sorte de petite grotte triangulaire à mi cuisse recouverte de cuir rouge) et enclenchai l’action en posant la main de Madeleine sur les épaules de Michel. Celui-ci l’enlaça sur-le-champ. Pendant qu’ils s’embrassaient, je me déshabillai sans hâte. Je me surpris à être d’une incroyable sérénité. J’avais la conviction que tout se passerait bien, qu’il n’y aurait aucune fausse note. Ma sérénité, en retour, rejaillissait sur mes partenaires, dont je sentais l’inquiétude diminuer, l’anxiété disparaître. Nous étions bien. Michel ôta son slip. En surgit une queue noueuse et dure. La mienne n’avait rien à envier à la sienne, de ce point de vue. J’étais horriblement excité, je l’avoue. Il m’est difficile aujourd’hui, plusieurs semaines s’étant écoulées depuis ce jour-là, de me rappeler dans le détail l’ordre des positions que nous adoptâmes pour nous aimer durant ces deux heures (au moins) que nous passâmes ensemble. Je me souviens toutefois très précisément d’un moment qui résume tout le bonheur que j’éprouvai à partager Madeleine avec ce quasi inconnu. Ils étaient tous les deux à genoux face à face et s’embrassaient tendrement. Je me trouvais, moi, derrière elle, légèrement de côté. Je distinguais vaguement la queue de Michel contre le ventre de Madeleine. Je m'avançai et posai la mienne contre ses fesses. La sensation de nos deux engins la pressant d’un côté et de l’autre comme deux ressorts, la fit frissonner. N’y tenant plus, j’écartai ses fesses et m’introduisis en elle. Madeleine gémit de plaisir. L’émotion me submergea à mon tour. Michel et moi la serrâmes de toutes nos forces dans nos bras, tandis que j’allais et venais en elle. C’étaient des sensations nouvelles, inédites. Parfois, il m’arrivait d’effleurer le pied de mon partenaire, ou même ses couilles, sans gêne aucune. Nous étions comme deux pianistes qui décident de jouer ensemble une partition difficile, et qui jouissions de vaincre les difficultés.

Madeleine prenait de plus en plus d’assurance. A sa demande, je m’allongeai sur le dos. Je compris ce à quoi elle aspirait. Je m’exécutai. Elle s’empala sur moi. Presque simultanément, je sentis la queue de Michel à travers la mince cloison de chair qui nous séparait. Il ne m’arrive pas souvent, quand je fais l’amour, de perdre mon sang-froid, mais cette fois je perdis la tête et me mis à gesticuler comme un insensé. Le résultat ne se fit pas attendre : je déchargeai avec violence, tandis que Michel poursuivait consciencieusement son oeuvre. Le corps en sueur et l’esprit en désordre, je roulai sur le côté et fermai les yeux, pour mieux savourer mon bonheur. Dans les vingt minutes qui suivirent, j’assistai silencieux au spectacle de mon épouse prise par un homme qui ne parvenait pas à atteindre l’extase. Madeleine se prêta le mieux qu’elle put à cet exercice physique obligé, mais en vain. Michel était bloqué. « Cela m’arrive toujours quand j’ai trop bu… », dit-il presque en s’excusant. Nous jugeâmes, à ce moment, raisonnables de nous rhabiller. Michel était toujours aussi courtois, prévenant. Il insista pour que nous échangions nos coordonnées. Ce que nous fîmes. En sortant du Château des Lys, il faisait presque jour encore. Un couple sur le trottoir d’en face était en train de se déchirer: l’homme tapait sur sa femme, qui l’insultait en retour. Je serrai Madeleine contre moi, et remontai avec elle les marches qui conduisent au Sacré-Coeur.
(Fin)
12:50 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (37) | Envoyer cette note
12 août 2007
Une soirée pas comme les autres (6)
Je me dois de préciser, pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas par cœur notre biographie (!), que nous n’avons, Madeleine et moi, jamais partagé un homme, alors qu’il nous est arrivé de faire l’amour plusieurs fois avec une femme, et maintes fois avec un couple, en mode mélangiste ou échangiste. Ce n’est pas que la question du trio FHH, comme on dit sur les forums spécialisés ou dans les magazines hot, nous était tabou : nous en avions, à vrai dire, parlé souvent, mais systématiquement, j’avais émis des réserves et même manifesté des résistances, arguant que j’y serais favorable à la seule condition que notre partenaire ne fût pas « trop viril », voire « un peu féminin »... L’homme qui était en face de moi n’avait rien de féminin, et pourtant je n’écartais plus du tout l’éventualité que nous baisions Madeleine ensemble ! Que s’était-il donc passé pour que je change d’avis ? Rien, cher lecteur, si ce n’est la situation. Généralement, on s’imagine qu’il faut franchir un cap symbolique ou intellectuel pour réaliser un fantasme difficile. On se trompe. Certes les lectures, les récits des autres, etc. préparent l’esprit à la transgression, mais cette condition nécessaire est loin d’être suffisante. Ce qu’il faut ensuite, ce sont des circonstances favorables, une occasion particulière, et alors, placé devant l’alternative (ne rien faire ou faire quelque chose) il est rare qu’on choisisse la voie du refus ou de la prudence... On passe le Rubicon de l’interdit sans réfléchir, en essayant d’être à la hauteur de la situation…
Ce soir-là, je n’avais pas décidé de me faire un plan à trois avec un mec, loin s’en faut. La chose s’est imposée à moi, à nous, comme une évidence. Cet homme était là : il se trouvait qu’il était gentil, délicat, plutôt agréable physiquement... Il n’y avait donc plus à se poser de questions. Aussi est-ce avec un naturel dont je fus le premier confondu que, profitant d’un blanc dans la conversation, je lançai à mes deux interlocuteurs : « Et si nous allions visiter ensemble les salons du haut. » Madeleine bondit de sa chaise. Plus tard, elle devait m’avouer qu’elle ne s'était pas doutée un instant que je proposerais à Michel de nous suivre dans les coins câlins, qu'elle pensait que je me serais contenté de discuter avec lui, puis que nous serions rentrés sagement chez nous. Sa réaction, ou plutôt sa réactivité à ma suggestion, me confirma qu’elle avait, alors, tout aussi envie que moi de faire l’amour avec cet homme. Michel, lui, nous suivit docilement, résigné au bonheur qui lui tombait dessus. Sa soirée avait commencé de manière catastrophique, elle se poursuivait maintenant de manière idéale, sans qu’il y soit apparemment pour quelque chose. Le dieu des Libertins avait tourné, c’est tout. Contre lui au début, il était maintenant de son côté. De crainte que le Sort ne se retourne à nouveau, il se conformait le mieux possible à notre volonté.
(A suivre)
12:05 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
10 août 2007
Une soirée pas comme les autres (5)
- Excusez-moi…
L’homme, plongé dans son verre (et sans doute aussi dans ses pensées), faillit renverser son whisky en se retournant. Il me regardait maintenant avec des yeux étonnés, un sourire indécis aux lèvres, un sourire équidistant entre l’inquiétude (Que me veut-on encore ?) et l’espoir vague de quelque chose d’agréable. Durant ces quelques secondes, j’eus le temps d’examiner attentivement son visage : pourtant, j’ai beau chercher au fond de ma mémoire, lecteur, je suis incapable aujourd’hui de me rappeler ses traits. J’en suis d’autant plus incapable que, par un phénomène étrange de surimpression dont chacun a pu faire l’expérience une fois dans sa vie, son visage s’est trouvé recouvert, et comme remplacé depuis, par celui de mon collègue de bureau : un Russe anguleux, aux yeux ronds et sympathiques, qui me parle sans cesse de ses performances en natation. Lorsque je me remémore cette « soirée pas comme les autres », c’est désormais, et je crois hélas ! pour toujours, Wladimir Kartonov qui surgit, avec ses cheveux ras et blond, ses muscles d’athlète à la retraite, son air candide et satisfait : « Tu sais combien j’ai fait la dernière fois : 1’16. J’en revenais pas ».
- Excusez-moi, répétai-je, mais il me semble que, tout à l’heure, nous avons été un peu rudes avec vous… Nous voudrions nous faire pardonner cette rudesse en vous invitant à boire le café avec nous…
Le visage de Wladimir s’illumina comme s’il venait de battre son propre record au 100 mètres papillon.
- Je… rude ? je ne crois pas… enfin… si vous le voulez… je veux bien, fit-il en sautant du tabouret de bar.
- Suivez-moi, je vais vous présenter à mon épouse.
Le visage de Madeleine, quand elle nous vit revenir tous les deux, afficha une seconde une espèce d’effroi, aussitôt remplacé par une joie authentique.
- Comment vous appelez-vous ? Nous, c’est Georges et Madeleine.
- Michel.
- Vous êtes venu seul ?
- Je suis de passage. Avec mon travail, il m’arrive de rester deux jours à Paris. J’en profite pour…
- Pour ?..
- Pour… me faire plaisir.
- Vous auriez tort de vous priver... Mais peut-être suis-je indélicat, et que ces « escapades » vous posent un problème de conscience.
- Au début oui, mais plus maintenant. J’ai tout fait pour expliquer à ma femme que j’avais besoin de « ça », mais elle ne veut pas comprendre. Cela lui fait peur.
- Dans un couple, il faut beaucoup de temps avant de parvenir à une entente sexuelle complète sur ces questions. Nous en savons quelque chose, hein, Madeleine ?
Madeleine, prudente, se taisait. Elle observait du coin de l’œil ce garçon que j’avais prié de s’asseoir à côté d’elle. Michel ne se montrait pas moins avisé (sans doute avait-il encore en tête la rebuffade de tout à l’heure !). Certes je l’avais invité à notre table, mais cela ne voulait rien dire ; en tout cas, cela ne voulait pas dire que c’était gagné ! Michel avait l’air impressionné par Madeleine. Je m’absentai quelques instants pour aller aux toilettes. Quand je revins, je vis de loin qu’ils discutaient ensemble. J’entendis même Madeleine éclater de rire. A ce moment précis, et alors que l’idée ne m’avait pas encore effleuré, j’envisageai sérieusement la possibilité que quelque chose se passât entre nous, et en conçût même une vive excitation.
(à suivre)
10:50 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
06 août 2007
Epilogue à la Beauté d'une soudaine densité de la vie
Le 17 juin suivant, un mois après les événements que j'ai racontés, je reçois ce SMS de Natacha :
envie de te revoir. je suis à Rodez.
Tu veux pas me rejoindre Georges?
Je t’embrasse.
08:52 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
03 août 2007
La beauté d'une soudaine densité de la vie (fin)
Peut-être te demandes-tu aussi lecteur, en lisant ces lignes, comment cette soirée va s’achever. Dans un roman érotique, la question ne se poserait même pas : tout se terminerait par un feu d’artifice coïtal. Mais précisément nous ne sommes pas dans un roman érotique mais dans une histoire vécue.
Dès qu’elle entendit le bruit de la serrure, Natacha, qui s’était installée sur mes genoux, et qui, pour le dire un peu cavalièrement, me chevauchait depuis cinq minutes (une mince cloison de tissu nous séparait encore cependant), bascula d'un coup sur le canapé et reprit sa position initiale. En entrant dans le séjour, E*** nous trouva sagement assis l’un à côté de l’autre en train de trinquer. Mes joues rosies et ses cheveux emmêlés témoignaient seuls de notre désordre. E*** remarqua au premier coup d’oeil tous ces détails. Le petit sourire en coin qu’elle m’adressa suffit à me le prouver. Elle savait que j’avais profité de son absence pour sauter sur Natacha et il me fut aisé de deviner qu’elle espérait que je lui eusse préparé le terrain pour une sauterie plus corsée... Elle se trompait. Si je m’étais, il est vrai, avancé assez loin dans l’exploration du corps de Natacha, je n’avais pas avancé d’un centimètre sur le terrain psychologique en abordant par exemple la question des ébats collectifs. Convaincue qu’un mot suffirait pour passer du duo au trio, E*** posa sa main sur l’épaule de Natacha et lui dit avec son assurance habituelle, sans me quitter du regard : « Tu vas rester avec nous, n’est-ce pas ? » Cette question, qui levait toute ambiguïté sur les intentions d’E***, jeta Natacha dans une véritable panique. « Ah, mais non ! Il n’en est pas question, cette fois il faut absolument que je rentre ! » E*** argumenta tant qu’elle put, mais rien n’y fit.
Sa décision était prise : Natacha avait remis son pardessus, et attendait déjà devant la porte qu’on la libère. J’avais bien essayé pour ma part d’appuyer les tentatives d’E*** pour la retenir, mais à vrai dire plutôt mollement. En fait j’avais été retenu dans mon élan par la crainte qu’elle pût s’imaginer qu’on l’avait attirée dans un guet-apens, et plus confusément, par le désir de ne pas compromettre une relation à peine naissante dont l’avenir me semblait prometteur… Toujours est-il que, pour la deuxième fois de la soirée, je me retrouvai à l’arrière du carrosse d’E***, à caresser ma princesse dans le vent chaud de la nuit. Entre deux baisers brûlants, je jetais un œil sur la route. E***, passablement ivre, conduisait comme une folle. La voiture faisait des zigzags sur la route et se déportait dangereusement sur la gauche. Je poussai un soupir de soulagement quand nous parvînmes au parking où stationnait la BMW de Natacha. J’en descendis aussitôt pour l’aider à transporter la caisse de vin qu’elle avait achetée au bistrot. Natacha ouvrit le coffre, et dès que j’y eus déposé le fardeau, elle se tourna vers moi et me dit, très vite : « Georges, tu me manques déjà. » Cette parole m’émut jusqu’aux larmes, en même temps, il me sembla qu’une petite voix farceuse me disait, « Attention ! la femme du commissaire de D*** est en train de tomber amoureuse de toi ! »
E*** démarra en trombe. Nous échangeâmes à peine deux mots. Je devinais sa déception. Elle passait sa rage sur la voiture dont elle faisait vrombir le moteur en passant les vitesses. Devant chez elle, E*** emboutit une voiture en se garant. Je passai ma tête par le carreau pour évaluer les dégâts : à ce moment précis, je vis passer devant moi à toute allure la BMW de Natacha. Je n’eus que le temps d’apercevoir son sourire de femme heureuse par la vitre ouverte, et le bolide disparut dans la nuit.
09:45 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note






