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11 septembre 2007
I want to go home!
- Georges, tu devrais peut-être prévenir ta femme que tu restes à dormir ici ?
– Tu as raison, Dado, je vais lui envoyer un petit SMS pendant qu’il n’est pas trop tard. Je tapote sur le clavier :
Ne m’attends pas, chérie, je reste où je suis (c’est plus prudent, je suis en banlieue). Je rentrerai demain matin. Dis à Cocotte que Papa est rentré tard hier soir, qu’il dort, qu’il ne faut surtout pas entrer dans la chambre. A demain.
La nuit se passe. J’ouvre les yeux. Il fait jour dans la chambre. Dado dort à poing fermé. Sa sœur roupille sur le canapé à côté, entortillée dans une sorte de drap. Je m’extraie de la chrysalide des couvertures. Je mets un point d’honneur à ne pas réveiller ces dames (surtout ne pas faire sonner la boucle en métal de mon ceinturon) ; Dado ouvre un œil, le referme aussitôt. Je retiens mon souffle. Le loquet de la porte fait "clic", puis "clac". La sœur se retourne et grogne vaguement. Dehors il fait beau. Retrouver la gare du RER. Direction « Paris ». J’allume mon portable : pas de message de Madeleine. Pourvu qu’elle lise mon texto avant le réveil de Cocotte. Je regarde l’heure sur la pendule du quai. 7 heures du matin. Je fais le calcul. En comptant large, (5 stations de RER, deux changements, 12 stations de métro), je mettrai une heure au maximum pour rentrer à la maison. Je peste à l’idée de ne pas avoir regardé ma montre plus tôt: même en prenant tout mon temps, je vais me retrouver à la porte de chez moi, sans pouvoir y rentrer, car elles ne quittent la maison qu’à 8h30 pour l’école. Je visualise mentalement la scène si je décide de passer en force : « Mais, Maman m’avait dit que tu dormais dans la chambre ! ». Embarras, confusion, gêne. Brrrr! On ne transige pas avec ces choses-là. Je décide donc, une fois arrivé dans le quartier, d’attendre jusqu’à ce que l'appartement soit libéré.
En sortant du métro, je regarde ma montre : 8h 05. Vingt-cinq minutes à tuer... Que faire ? Je fais le tour du pâté de maison en attendant l’heure. J’emprunte la rue parallèle à la nôtre. Mauvaise idée : je croise plein de "mamans" qui amènent leur rejeton à l’école… Du coup, je rase les murs comme un fugitif. Je change de trottoir en apercevant la mère de la meilleure copine de ma fille. Nouvelle scène dans ma tête: « Tiens, j’ai vu ton papa ce matin dans la rue. » « Impossible! il est en train de dormir à la maison! ». « Je t’assure que je l’ai vu ! », etc. Au bout de la rue Nerval, surgit d’une porte cochère Irène Jacob. Petit signe de tête, poli. Je décide de prendre une rue adjacente, moins fréquentée, moins dangereuse… Finalement, je trouve refuge dans un rade, qui vient d’ouvrir. Un ivrogne, clop au bec, est accoudé au bar. Je commande un café et feuillette Le Parisien. L’alcoolo essaye d’engager la conversation avec moi. Arrivent les informations à la radio. Toutes les nouvelles commencent par « Sarkozy a fait ceci, Sarkozy a fait cela. » Le type pose sa bière et me dit : « C’est comme en Algérie ici ! Bouteflika a fait ceci, Bouteflika a fait cela. » J’acquiesce poliment, et jette un coup d’œil dans la rue : les poussettes se font plus rares. Le flux enfantin s'est tari. Il est 8h25 à ma montre : elles sont sûrement en train de sortir maintenant. Je règle mon café. Je vais enfin pouvoir rentrer chez moi!...
08:44 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
Commentaires
Il y a plus simple à dire à votre fille: "papa était chez des copains, il a manqué le dernier métro et est resté dormir chez eux. ou : "papa avait trop bu pour reprendre la voiture, il est resté dormir chez ses copains" les jours où vous prenez la voiture. En plus, à part que ce n'est pas des copains mais une copine ce n'est pas faux, et vous évitez le risque de la fillette entrant en trombe dans la chambre en chantant "ze veux le réveiller et lui chatouiller les pieds."
Ecrit par : françoise | 11 septembre 2007
J’aime beaucoup cette note, dont l’interaction inattendue de la vie intime et du quotidien. Cela sonne très juste. Mais le véritable sujet est bien plus profond : la gestion de l’innocence. Mentir pour camoufler sa vie privée, pour protéger sa part d’ombre du regard innocemment lumineux, pour ne pas en ternir l’éclat de confiance. En fin de compte, par amour, on prend autant de précaution à tromper son conjoint que ses enfants.
Ecrit par : Vagant | 11 septembre 2007
Je croyais que le vrai sujet, habilement dissimulé sous une avalanche de détails suggestifs (Dado ET sa sœur, hmmm... Irène Jacob [Georges, êtes vous sûr que ce n'était pas Catherine ?], re-hmmmm...), c'était cette excellente leçon de politique administré en moins de 20 mots !
Sinon, de manière générale, je suis plutôt partisan, comme Françoise, du mensonge minimal. Et par omission plutôt que par transformation (enfin, avec mon histoire tordue d'Aspégic, je crois que je ferais mieux de faire profil bas).
Ecrit par : Comme une image | 11 septembre 2007
Il ya quelque chose qui me réjouit aujourd'hui, c'est que cette note recueille les avis des quatre meilleurs commentateurs de notre blogosphère, (pardon burposphère). Je dis quatre par anticipation parce que je sais que Madeleine ne va pas tarder à déposer quelque chose sous le mien (de commentaire). Quel était le VRAI sujet de cette note? Le libertinage, la politique, l'innocence, un peu tout cela je crois: en réalité, il s'agissait de témoigner des petites difficultés pratiques que peut rencontrer un couple qui, comme nous, pratique le libertinage intégral. Ce jour-là, je le concède je n'ai pas choisi la solution la plus judicieuse... Mais elle m'a conduit à une errance pleine de poésie...
Ecrit par : Georges | 11 septembre 2007
Je ne fais certes pas partie de la crème des blogueurs, mais je tenais juste à dire que j'aime bien cette note. Elle est touchante. J'aime bien le soin avec lequel vous repartez de chez Dido, sans faire de bruit. Car même après avoir partagé un moment intime, il est délicat de gérer les lendemains.
Et puis, à quoi tient le cours des choses? A un texto, parfois, un peu de technologie, qui pour être avancée, peut s'avérer défaillante.
Autre sujet de cette note, concise, mais riche : tous ces scénarios catastrophes qu'il nous arrive à tous de faire ; qui n'a rien à cacher?
Plus de peur que de mal, donc.
Ecrit par : Ysé | 11 septembre 2007
Pourquoi ai-je écrit "Dido", la Didon des anglais? Je ne le sais pas... Lapsus! Enfin, vous m'avez comprise!
Ecrit par : Ysé | 11 septembre 2007
Oui, je dois intervenir pour expliquer plusieurs détails : je ne pouvais pas utiliser les arguments que vous me suggérez, Françoise, car 1) nous n'avons pas de voiture (de plus, dire à une enfant que son père boit à ce point, brrr ;-)) 2) je lui avais déjà dit la veille qu'il était au cinéma (ce sont des choses qui lui arrivent en effet, re ;-)). Comment expliquer dès lors qu'il n'était pas rentré après le cinéma ?
Mais vous avez tout à fait deviné ce qui a failli se passer : au dernier moment, alors que j'avais pris mille précautions pour ne pas qu'elle entre dans la chambre, elle a voulu aller embrasser son père et je l'ai rattrapée par le collet... Je crois que là j'aurais été très embarassée, car que ce serait-il passé dans sa petite tête : "mais pourquoi Maman m'a menti ?".
La conclusion de tout ceci c'est qu'à présent, si nous risquons de ne pas rentrer, nous prévoirons une excuse de circonstance.
Ecrit par : Madeleine | 11 septembre 2007
effectivement, le quotidien reste quelque chose de très important à gérer ! et que très souvent, lorsqu'il y a plusieurs solutions possibles, on choisi la plus compliquée !!!
en l'occurence, il était possible de dire que Georges était allé chez des copains après le ciné... mais on pense rarement à tout ça, sur le coup !
Ecrit par : charlotte | 11 septembre 2007
Pour le vin, grâce à notre président anciennement Ministre de l'Intérieur fort porté sur les campagnes d'alcooltest, nous avons à la maison l'expression "Sarkozydose" qui implique qu'au-delà de deux ou trois verres de vin, on dort sur place. C'est raisonnable :) et ça laisse une grande liberté de mouvement.
Pour le reste: effectivement on est parfois décontenancé par l'imprévu du quotidien, nous avons tous qq anecdotes de ce genre en mémoire, mais heureusement, ça se finit généralement bien.
Ecrit par : françoise | 11 septembre 2007
La périphérie des choses de la vie en devient parfois le centre. J'aime beaucoup cette note très visuelle, superbement écrite et qui m'interpelle sur la question de l'alliance paradoxale entre liberté et (petits) mensonges - constructions mentales qui l'entourent ou qui l'arrangent bien. Ce n'est pas un jugement, juste une réflexion. Je m'imagine un couple, des années plus tard lorsque le désir s'est mis en veilleuse et me demande si la liberté existera encore lorsque d'autres préoccupations prendront le dessus. A moins qu'à ce moment-là, liberté égalera Amour. Ce dernier, à un moment donné, n'est pas une promesse qui consiste à dire "quoiqu'il arrive, je serai toujours près de toi". Je ne pense pas que le mensonge permet d'aboutir de cette façon-là. J'abrège. Merci en tous les cas pour cette note. Elle donne à penser à travers des détails qui rappellent le vécu.
Ecrit par : ex-mot | 12 septembre 2007
quand je pense à tous ces petits détails et toutes les précautions qu'il faut prendre pour dissimuler nos escapades clandestines, je pourrais écrire un livre là-dessus tiens !
Ecrit par : Sapheere | 14 septembre 2007
Finalement il est bien compliqué de mentir à des enfants qu'à des adultes. (Je suppose que tout le monde « ici » reconnaît que ces mensonges sont préférables à la révélation de relations qu'ils ne comprendraient pas et leur paraîtraient mettre en danger la pérénité de la famille.)
Aujourd'hui ce n'est plus à notre fils que nous devons mentir, car il a parfaitement intégré la notion de jardin secret et fait lire « L'Île des gauchers » à toutes ses copines... Non, c'est à sa nouvelle copine qu'il nous arrive de raconter des salades, parce qu'elle n'a pas encore compris qu'il ne fallait jamais poser de questions ! Mais je laisse traîner des livres... ;-)
Ecrit par : Julien Lem | 30 août 2008
