« Cela devait arriver... | Page d'accueil | Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (5) »

08 octobre 2007

Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (4)

 

   Je n’avais pas l’intention de raconter cette histoire, premièrement parce que son contenu me semblait trop ténu, deuxièmement parce qu’elle m’apparaissait un peu hors sujet (si tant est qu’on puisse dire que le blog traite d’un sujet unique). Ce qui m’a décidé à le faire, c’est le succès de cette histoire auprès d’une personne à qui je l’ai racontée, et qui m’a dit, après l’avoir entendue, « tu devrais l’écrire ! » Une autre raison, c’est que je me suis aperçu que cette histoire serait une pièce intéressante à verser au dossier des Africaines. Il y a une dernière raison, mais je préfère la taire – pour le moment.

   Donc, c’était l’été dernier, à Paris, en pleine après-midi. J’étais avec ma fille dans sa chambre, et voilà que j’entends deux petites voix d’enfant qui crient son prénom depuis la rue, en bas. N*** se précipite, ouvre la fenêtre. Je me penche moi aussi, et reconnaît Massy et Bintou, deux camarades de son école. Massy et Bintou sont noirs. Massy, la soeur, explique que c’est l’anniversaire de son petit frère Bintou, et qu’ils veulent qu’on vienne à la maison pour le fêter. Bintou tient un papier à la main, sur lequel je lirai plus tard, écrit maladroitement : « N***, Tu es invité(e) à mon anniversaire. » Ma fille me regarde avec des yeux suppliants. « C’est à quelle heure ? » - «  Six heure », me répondent en chœur les enfants. – On y sera ». N*** me saute au cou.

   - « Six heures ! me dit Madeleine surprise en rentrant du bureau, mais c’est tard pour un anniversaire d’enfant, non ? Et c’est vrai qu’à la réflexion cet horaire était un peu curieux, pour ne pas dire saugrenu, mais il était trop tard, justement, pour reculer. J’emmenai donc ma fille chez Bintou. Les parents de Bintou habitent un appartement refait à neuf – un logement social m’a-t-on dit – dans une petite rue tranquille. Ils sont au troisième et dernier étage. La cage d’escalier est fonctionnelle, froide, clinique. Mais parvenu à l’avant-dernier palier, tout change. On a mis des plantes, des statues, des bougies, et, plus on s’approche de la porte d’entrée, plus l’espace se rétrécit, encombré qu’il est par une multitude d’objets hétéroclites et colorés. N*** est très excitée à l’idée d’aller chez Bintou, réputé pour être une véritable « flèche » à l’école. La sonnerie provoque un branle-bas derrière la porte, fait d’aboiements de chien, de cris d’enfants, de vaisselles qu’on heurte, de chaises qu’on bouscule. Quelqu'un ouvre : Bintou et Massy, dont j’aperçois les yeux brillants dans l’embrasure, prennent ma fille par la main et la tire aussitôt à l’intérieur. La porte se referme derrière moi.

   Où suis-je ? A ma gauche, il y a un petit salon, avec d’énormes fauteuils en cuir blanc occupant tout l’espace. Dans l'angle, trône une gigantesque télé à écran plasma où évoluent des personnages aux têtes aplaties. Aux murs, il y a des étagères où s’amoncèlent toutes sortes d’objet factices, des tableaux kitch avec des cadres en plastique orange ou jaune. Les enfants se sont volatilisés. Je reste seul dans le vestibule, désemparé, un peu gêné. Une porte s’ouvre en face, derrière laquelle je devine une cuisine. En sortent successivement une femme, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq : en quelques secondes je me retrouve cerné par un gynécée ! Ce sont les cinq sœurs de Bintou, toutes plus belles les unes que les autres. On fait les présentations.  On me propose du coca light. Je suis invité à prendre place dans le salon. Et me voilà de nouveau seul, les cinq jeunes femmes ayant regagné la cuisine. L’une d’elles revient pour déposer cérémonieusement un verre sur la table du salon.

   Avec un naturel confondant, elle s’installe en face de moi, et m’observe, sans mot dire. Je me sens obligé d’entamer la conversation. Je dis des banalités en contemplant la splendide créature que j’ai sous les yeux. Elle, m’observe, impériale, derrière ses longs cils noirs. Elle ne dit rien. Je lui pose une question. Elle me répond avec une voix cassée, presque inaudible. Elle m’explique qu’elle n’a pas dormi de la nuit, qu’ils ont fait la fête la veille, qu’elle a « tué » sa voix à force de chanter, de boire et de fumer ; elle s’excuse de se présenter à moi dans « cette tenue » (elle porte une sorte de chemise de coton grise, sous laquelle palpite un corps aux formes souples et généreuses). Elle se lève pour aller chercher quelque chose. Dans sa pauvreté même, cette chemise est d’une sensualité affolante. On sent en dessous un corps chaud, brûlant. Comme aimanté, je la suis sans réfléchir dans la cuisine. Les autres femmes sont là qui préparent quelque chose. Elle, reste debout devant moi, me toise du haut de son front bombé. Ses longues jambes, fermes et luisantes, jaillissent de sa robe de fortune. Je me dis, à ce moment-là, que j’ai devant moi l’incarnation parfaite de cette chose abstraite et indéfinissable qu’on appelle Erotisme. Les pointes de ses seins saillent sous le tissu. Trouble. Elle se détourne, ouvre un frigo, en sort une bouteille de champagne, en verse une lampée dans un verre, me tend celui-ci. « Trinquons », me dit-elle de sa voix rauque et sublime.

 

(à suivre)

Ecrire un commentaire