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29 octobre 2007

Histoire de Phedra (2)

Voici ce que j'ai écrit à Phedra en réponse à son message

« Je te réponds bien tardivement, ma petite Colombe d’Ebène, et j’espère que tu ne m’en veux pas… C’est que ton message m’a laissé pantois ! Quelle pénétration, quelle perspicacité ! J’en suis tout bouleversé. Comme je suis démasqué, il ne me reste plus qu’à te révéler cette vérité ultime qui n’intervient, en principe, que dans le dernier chapitre d’un roman policier… Voici donc l’emploi du temps, heure par heure, du criminel :

Planning de Georges à la date du 15 octobre 2007.

8h07. Belkis (Topheril), avec qui j’ai dîné la veille, et qui, contre toute attente a fini dans mon lit, dort encore à poings fermés. Elle est belle quand elle dort. Je la réveille sans le vouloir en bougeant mon bras, où sa tête était appuyée. Elle ouvre ses grands yeux, frémit, se colle contre moi ; nous refaisons l’amour doucement ; elle gémit tout bas : « my God, my god... ». Je lui dis : « Reste ici dormir. Prends ton temps, moi je dois sortir, j’ai un rendez-vous. Claque la porte derrière toi, my love. » Elle me répond à peine, et se rendort…

10h10. Je m’excuse auprès de Grazielle (Bityparaben) de mon retard. Elle s’est maquillée comme jamais. « Cela fait combien de temps maintenant qu’on est ensemble ? », me demande-t-elle tout attendrie. « Je ne sais plus, deux ans, trois ans peut-être… » « J’ai envie de t’embrasser, j’aime toujours autant tes lèvres. » Moi : « Ne te gêne pas, personne ne nous connaît ici (nous sommes dans un café d’un petit musée de la Rive gauche) ». Elle m’offre ses lèvres luisantes... je sens son parfum capiteux se fixer aux miennes. Nous revisitons le passé, nous nous rappelons les bons souvenirs, lorsque nous étions amoureux. Elle me quitte avec une sorte de regard triste : « On se revoit bientôt ?... ». Je lui réponds : « Je te serai fidèle, dans l’infidélité, jusqu’au bout, ma chérie ».

Midi 30. Je suis place d’Italie, je cherche le restaurant où m’a donné rendez-vous Madivha (Phenil Trimethicone). Je le trouve enfin, c’est un resto thaïlandais ; elle n’est pas encore arrivée, je l’attends en feuilletant Le Parfum de Süskind que je viens, je ne sais pas pourquoi, d’acheter dans un Relais H.. Elle survient. Je vois son ombre dans l’embrasure de la porte. Je sors mon appareil-photo et la prends. Elle est splendide ; ses cheveux noirs tombent en cascade sur sa poitrine. Je lui offre la rose mauve que j’avais préparée pour elle. « C’est ma couleur préférée !… ». Pour me remercier, elle m’embrasse dans le cou. Je sens monter en moi une bouffée de désir. Pendant tout le repas nous nous embrassons mentalement. C’est sublime. Nous nous quittons ; j’ose la prendre dans mes bras : son odeur d’Hexil Cinnamal se répand sur mes vêtements. Je suis tout étourdi. Dehors il fait soleil.

15h30. Après avoir longé les quais, je me rends à l’hôtel Balzac, près de la Concorde où Catleya – c’est le surnom que je lui ai donné – (Benzyl Benzoate) m’attend dans une chambre somptueuse. Elle m’a prévenu : « Je ne sais pas si je suis prête… » Je l’avais coupée au téléphone, la veille, en lui disant : « A vrai dire, mon non plus, et puis les hôtels tu sais... » Elle est allongée sur le lit : une fragrance de Salicylate enveloppe l’atmosphère. Elle a mis des dessous rouge sang qui font ressortir ses formes éclatantes. Je suis très excité. Elle aussi. Je la caresse, sa tête descend le long de mon ventre, et avec un naturel confondant, elle prend mon sexe dans sa bouche. Je jouis très vite. Je me sens un peu couillon d’avoir joui si rapidement. Je décide de rendre hommage à son corps. Je glisse ma tête entre ses jambes et la fais jouir à mon tour en faisant rouler son petit bijou indiscret dans ma bouche. « Je n’aime que les huîtres avec perle », lui dis-je (après coup, je trouve cette phrase un peu lourdingue)

18h 34. Revenu à la maison, je reçois un coup de fil d’Alda (Butylphényl). « Elle est prête », elle m’attend aux Marronniers comme prévu. Je mets ma tenue de cuir intégral, et descend la rue Zola, c’est à ce moment que Phedra (musc) m’appelle : « Je suis revenu de Genève exprès pour toi, j’ai annulé ma soirée Pyjama ! » « Sans blague !  On peut se voir alors ? Chez toi ? » « Ok, chez moi, mais tard !... » «  C’est-à-dire ? » «  Vers 11 h », « ça marche ! Je te rappelle tout à l’heure, dès que j’ai fini mon petit scénario… » Aux Marronniers, Alda avec ses bottes de cuir, attend notre personnage, Cyril (parfum non identifié). Tout se passe comme prévu. Alda lui demande de se maquiller et d’aller au Cox où je l’attends pour vérifier qu’il fait bien ce qu’on lui dit. Au Cox, il n’y a que des Pédés (mélange indistinct de rose, vanille, cèdre, ambre, gardénia, bois de santal et d'amarante, lis, lierre, kumquat, orchidée, violette, tubéreuse... et de SEXE). Dans la foule abondante, je manque Cyril. Frustré je rentre à la maison, et laisse Cyril avec Alda prendre le taxi, et se rendre dans la ville de Choisy, où l’attend la divine Béatrice (Méthoxydibenzoylmétane). On verra bien ce qui se passera !… Je les laisse se débrouiller toutes seules ; après tout, le scénario est écrit, il n’y a plus qu’à le jouer. Phedra, vers 10h00, m’envoie un SMS : « Je suis impatiente ». Mon cœur bondit de joie. Moi aussi, je suis impatient.

Minuit trente. J’aperçois la chevelure de Phedra dans la nuit. « Je suis défoncée, me dit-elle, dé-fon-cée! ». Après pas mal de péripéties, nous réussissons à pénétrer dans sa chambre, où nous nous enfermons à l’abri des accès de colère du beau-père (un mec « à tuer », « un vrai psychopathe », dit-elle écumant de rage). Nous écoutons de la musique Rap , nous parlons de l’Afrique, etc. Puis, Phedra décide de me faire un massage. Rude, mais agréable ! Elle est très excitée, mais dans le sens nerveux du terme. Presque hystérique. Elle reprend une ligne. Je lui vole un ou deux baisers au passage, mais elle se défile sans cesse, comme la petite vipère d'Hoffmann. Vers cinq heures du matin, nous décidons d’un commun accord de nous « reposer ». Elle s’allonge à côté de moi, mais reste à une certaine distance. Je suis déçu : elle ne se blottit pas contre moi comme je l’aurais voulu. Curieusement, elle a gardé mon écharpe blanche, que j’avais aspergée de Hugo Boss (version classique) avant de venir. Finalement, vers six heures, elle décide qu’il faut se lever : sa mère va arriver aux aurores... Nous nous séparons, en pleine nuit, devant la gare d'Auteuil, après une marche frénétique sur le boulevard jonché de feuilles mortes.

24 octobre 2007

Histoire de Phedra (1)

   J’ai rencontré Phedra en juin dernier. Une correspondance assez intense s’en est suivie, entrecoupée de quelques coups de fil intempestifs. Phedra a dix-neuf ans. Phedra est très belle. Phedra le sait. En tout et pour tout, nous nous sommes vus trois fois : la première, en coup de vent, lorsque je l’ai abordée, et suis parvenu, je ne sais comment, à lui glisser dans la paume un papier avec mon numéro de téléphone. La deuxième dans le parc privé d’une grande entreprise, la troisième dans sa chambre. Pour cette dernière, nous avions rendez-vous à minuit trente au carrefour d’une avenue de la banlieue chic de Paris. Phedra m’accordait cette « faveur inouïe » (sic) de m’accueillir chez elle (elle hait les bars, les restaurants, les hôtels, même chics). Je n’ai pas l’intention de raconter cette nuit hallucinante (quoiqu’il ne se soit rien passé sexuellement parlant), je veux juste reproduire un extrait du message que Phedra m’a envoyé le lendemain de cette fameuse nuit, où elle m’explique les raisons pour lesquelles elle ne s’est pas donnée à moi, raisons qui, comme vous allez le voir, ne laissent pas d’être surprenantes...

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« Oui, Georges, tu as ressenti apparemment ma réserve mais pas pour les bonnes raisons... « Peur » ?... Je n’ai peur que de DIEU en ce qui me concerne... Je ne suis pas pudique non plus (si tu savais...). Ce que tu as perçu comme de la « pudeur » n’était rien d’autre que ma réserve face à deux choses : figure-toi que j’ai un sens pratiquement inné des ODEURS... et que ce soir-là j’ai senti ton parfum, une odeur de musc, mais aussi cette insupportable odeur de topheril, bityparaben, et de phenil trimethicone, exclusivement réservée aux parfums féminins qui m’envahit les narines en défilés ou en boîtes de nuit, en général et, ce, si on fait attention, là où il y a beaucoup de filles – enfin, en théorie, au moins une... Autrement, à moins que tu ne te sois parfumé comme un malade de Dior Fahrenheit à la fashion party gay du Marais (je t’y vois vraiment pas...), c’était bien l’odeur d’une femme voire même deux, vu la diversité de ce que j’ai perçu et senti... Bref, c’est ce qui m’a arrêtée... C’est horrible la sensation d’être une proie fraîchement humée, goûtée ?.... J’ai senti sur ta peau : rose, vanille, cèdre, ambre, gardénia, bois de santal et d’amarante, lys, lierre, kumquat, orchidée, violette, tubéreuse... ET SEXE. Mais vu que j’étais défoncée (je m’en excuse encore parce j’étais ridicule), je n’ai retenu qu’une quinzaine de senteurs, autrement j’aurais pu te les citer presque toutes. […] L’odeur de tes vêtements, toi et de ton écharpe était trois odeurs différentes dont celle que j’adore, mais pour le coup très mal venue, du SEXE... Vilain coquin.... T’es pas mon mec, tu fais ce que tu veux… mais moi je vais pas me blottir dans tes bras si je sais que tu t’es fait sucer une heure avant... même si j’en meurs d’envie et que j’aurais préféré m’endormir collée, serrée, sur toi. JE ME SUIS DONC CONTENTEE DE TON ECHARPE. Et tu es passé à très peu de mon coup d’griffe... Mais je t’avoue que j’aurais préféré t’avoir entre les crocs... »  

KISS

Phedra

21 octobre 2007

Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (7)

   Awa, donc, a pris les choses en main : elle a apporté l’énorme gâteau d’anniversaire dans le salon. On a appelé les enfants, qui, à l’appel du gâteau, plus exactement, à l’appel du mot « gâteau », ont quitté toutes affaires cessantes, leurs jeux de toboggan pour nous rejoindre en bas. Ils déboulent de l’escalier, et ralentissent leur marche, comme le chrétien à l’approche de l’autel, à la vue du mastodonte de crème qui trône sur la table du salon. Les sœurs ont pris place dans les canapés en cuir blanc, toutes cuisses dehors; les enfants se sont coulés sur leurs genoux, calés contre leurs seins. Les yeux convergent vers le gâteau, dans lequel Awa s’échine à planter les bougies, comme les banderilles dans le taureau. La chose ne va pas sans mal. Le gâteau est trop mou, les bougies s’enlisent dans la crème, ou bien, fixées de travers, s’affaissent doucement, et finissent vautrées dans la gelée. Assis sur le rebord du fauteuil à côté d’Awa, qui relève pour la énième fois de ses longs doigts de princesse les petits bâtons englués, je propose mes services, et fais remarquer que, généralement, les bougies sont encastrées préalablement dans un petit support comportant à son extrémité une pointe, qui facilite la fixation dans les gâteaux. On acquiesce, on suit ma méthode. Les six bougies sont finalement installées, à peu près droit. La surface du gâteau, jusqu’alors lisse et brillante, est criblée d’impacts, de trous béants, de tranchées affreuses, comme un champ de bataille après bombardement. Nul ne s’en préoccupe, car l’heure est à l’allumage des bougies. Bintou, resté debout, s’est mis au garde-à-vous, prêt à faire souffle. On cherche un briquet ou des allumettes pour procéder à l’illumination. Or les briquets, comme par enchantement, ont disparu. On fouille dans ses poches, même moi, alors que je ne fume plus depuis longtemps. Chacun y met du sien, se lève, passe sa main sous les fesses, pour vérifier que l’instrument n’y est pas ; l’une des sœurs s’énerve : « Tout le monde fume dans cette maison, et il n’y en pas une pour sortir son briquet ». J’approuve timidement. Awa, sans mot dire, se lève, ouvre le petit tiroir d’une console, fouille à l’intérieur. Elle en ressort, victorieuse, un briquet rouge. Le petit Bintou est toujours au garde-à-vous. N***, qui a trouvé place sur les genoux de la sœur coquette, observe la scène avec une patience qui m’étonne (on devrait retarder plus souvent l’allumage des gâteaux d’anniversaire pour avoir la paix). Enfin, la séance d’allumage commence. Awa manque de se brûler plusieurs fois : elle a commis l’erreur usuelle de commencer par les bougies de devant… On le lui fait remarquer. Pour moi, je n’ose plus intervenir, d’autant que des bouffées de sensualité me sont remontées à la tête. En tendant son bras pour allumer la dernière bougie, Awa a libéré un espace entre sa chemise de nuit et son corps, dans lequel mon regard a plongé et discerné un sein d’un galbe parfait, PAR-FAIT ! De nouveau je suis troublé, et dois me concentrer pour contenir mon désir. Le gâteau resplendit de six feux. Tout est prêt.

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Non ! il faut éteindre la lumière pour que l’effet soit complet. Un doigt appuie sur l’interrupteur. L’effet est saisissant : dans l’obscure clarté du salon, brillent, tels des étoiles lointaines, les globes ivoires et brillants d’une douzaine de pairs d’yeux. Bintou prend son souffle, gonfle ses joues, veut éteindre les frêles pales de feu, mais quelqu’un se récrie. Il faut prendre une photo ! D’accord mais où est l’appareil ? Derrière toi ! La sœur aux gros seins se dévoue pour immortaliser la scène, place l’objectif devant son œil. Les dents brillent de tous leurs feux dans le noir, rivalisant avec la lueur faible des bougies. Mais il y a encore un problème ! Le flash ne marche pas. Plus de piles. Où trouver des piles maintenant ? Massi a une idée de génie. « Ienna dans la télécommande ! ». Tout le monde se met à chercher la télécommande, fébrilement, sur la table, sous les sièges, dans les tiroirs, on soupçonne Bintou de l’avoir fauchée. On en trouve une, mais qui n’est pas la bonne. Au bout de dix minutes, Awa, encore elle ! sort de sa manche ( ?) la providentielle télécommande. Une petite transaction à caractère technique a lieu pendant laquelle chacun y va de son commentaire, qui sur Bintou dont la gravité impressionne, qui sur les bougies qui commencent à repencher dangereusement, qui sur le champagne qui va manquer. Beaucoup de rires, d’exclamations joyeuses, de cris aigus. Cette fois, on est prêt pour la séance photo. Bintou se lâche. Il fait passer un ouragan terrible sur le gâteau, en même temps un flash se déclenche qui nous baigne dans une lumière surnaturelle. Nous retombons, l’espace de quelques secondes, dans la nuit totale. Enfin, une petite voix enfantine entonne le couplet attendu. Il est une heure du matin : nous chantons tous en chœur « Happy birthday to you ! » Je suis envahi par une émotion indéfinissable, mélange bizarre de fraternité universelle, et d’excitation individuelle pour cette femme à mes côtés, dont j’ai vu le Mont, prometteur de Merveilles... Je lui dis, en rhabillant N***, « Peut-être aurons-nous l’occasion un jour de nous revoir ? » Elle me dit, de sa voix souriante et hautaine : « Je ne pense pas, je pars demain… à Miami… pour mon travail… ensuite je reste quelque temps aux Caraïbes... » « Ah..., eh bien... bon voyage !.... En tout cas, merci pour cette belle fête, que je ne suis pas prêt, je vous l’assure (je la regarde avec une fixité que je voudrais intense, unique), d’oublier… » Elle ferme les yeux. Ses longs cils se couchent sur sa joue…

18 octobre 2007

Jeux dangereux (par Madeleine)

Nous avions déjà évoqué il y a quelques mois les conséquences parfois douloureuses de nos aventures libertines. Depuis longtemps je voulais revenir sur le sujet, car, malheureusement, plusieurs cas de conscience se sont présentés à nous depuis le début de nos fredaines, il y a un peu plus de deux ans. Nous n’avons pas forcément pu en parler au moment où le cas se présentait, pour ne pas blesser les personnes qui pouvaient nous lire, pour ne pas rajouter de l’huile sur le feu, aussi. Chaque cas d’ailleurs est différent, ce qui les relie est le sentiment que ces histoires nous laissent, sentiment de malaise pour le moins, déception de passer de l’exaltation à l’amertume, quasi-conviction qu’il est impossible d’être léger en amour, de jouer sans que le jeu se termine mal.

 

 

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 Il y a eu, il y a longtemps, le cas du jeune couple que nous avions prévu de rencontrer pour une soirée à quatre et dont l’élément masculin s’est senti horriblement trahi en apprenant que sa compagne avait en fait déjà un début de liaison avec Georges (ce que moi aussi j’ignorais).

 

Il y a eu cette soirée merveilleuse, d’autant plus magique que je la croyais complètement improvisée – alors qu’elle ne l’était pas, qu’elle était le résultat de la « machination » de deux complices qui avaient attiré dans leurs filets leurs compagnes consentantes. Mais consentantes seulement en apparence, car l’une d’entre elles, quelques jours plus tard, n’a pas supporté d’apprendre la vérité qui se cachait derrière un si heureux hasard.

J’ai conscience que nous pouvons apparaître, au yeux de nos « camarades de jeu » d’un soir, comme d’odieux cyniques qui manipulent les gens, qui ourdissent des plans pour abuser d’eux. Les apparences peuvent être contre nous en effet : Georges n’a-t-il pas pour habitude de ramener ses « proies » à la maison, pour les dévorer avec Madeleine ? peut à juste titre se demander Katleya (alors que non, chère Katleya, c’était la première fois et elle restera unique à plusieurs titres).

Parfois, pourtant, après nous être assurés que la personne est dans le même état d’esprit que nous, qu’elle est d’accord avec ce qui peut (ou pas) se passer, nous avons l’impression de ne pas prendre trop de risques. Mais c’est sans compter avec la versatilité des caractères, avec les émotions qu’on ne contrôle pas toujours, avec les retours de conscience…

Que faire, alors ? Renoncer à nos jeux, nos scénarios, nos rencontres fortuites, et ne « consommer » que dans les endroits faits pour cela, où du moins personne ne viendra nous reprocher plus tard de l’avoir désiré ? Faire signer une « décharge » de responsabilité (sans jeu de mots, s’il vous plaît ;-)) avant d’entamer toute liaison libertine ?

Il faut sans doute être plus soucieux de l’autre, de ses envies et de ses attentes, deviner ses fragilités, se rappeler que tout le monde n’a pas forcément la même « philosophie » de l’amour que nous.

 J’avoue que parfois je suis saisie de découragement, à force de recevoir des « douches froides » ou des retours de bâton. J’essaie de me dire, toutefois, que cela ne pourra jamais ternir les magnifiques souvenirs qu’à leurs corps / leur cœur / leur esprit défendant, peut-être, ces personnes nous ont laissées.

 

12 octobre 2007

Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (6)

    La sœur revient avec les emplettes. Elle a oublié la moitié des articles, ce qui provoque l’ire des autres (cris aigus). Leurs éclats de voix sont cependant couverts par un grand tumulte là-haut. On monte quatre à quatre l'escalier pour s’informer : la porte de l’armoire centrale de la chambre est tombée (elle gît en travers). Elle a failli écrabouiller Bintou, qui m’explique, tout fier, que « grâce à un réflexe incroyable, il a échappé à la mort ». N***, effrayée sur le moment, rit de l’accident voyant que les adultes ne se mettent pas en colère. Massy, elle, a décidé de transformer cet accident en aubaine. Juchée sur le lit, elle se laisse glisser sur la porte inclinée, se servant d'elle comme d’un toboggan. Les yeux des enfants s’allument : et c’est parti pour une séance de toboggan ! (ils s’amuseront au moins pendant une heure avec ce toboggan de fortune, oubliant ainsi leur faim).

   A la cuisine, les premières odeurs s’échappent du four. Finalement, pour les enfants, on est allé chercher des hamburgers surgelés chez l’arabe du coin. Awa les sort du four à micro-onde, et les pose un à un sur un plateau. Je l’observe pendant cette opération : ses longs cils battent lentement, très lentement, comme les plumes d’autruche qu’agitent en cadence les esclaves de l’Orient. Elle semble impénétrable, mystérieuse, lointaine et cependant tellement « prenable » (je ne trouve pas d’autre mot) – il me suffirait de m’approcher de ses lèvres pour lui prendre un baiser... L'idée me traverse l’esprit, me transperce le ventre ; je ferme les yeux pour enclore mon désir. Tandis que je savoure mentalement ce baiser, sa voix cassée me ramène à la réalité :

Je vous ressers un peu de champagne ?

– Avec plaisir.

Le téléphone sonne. C’est Madeleine :

Il est onze heure et demie, qu’est-ce que tu fabriques ?

Je bredouille.

– C’est-à-dire que… on a pris beaucoup de retard ici… mais d’ici une demie heure, tout devrait être bouclé…

Madeleine me dit qu’elle ne m’attendra pas, qu’elle se met au lit, que je me débrouille avec N*** pour la coucher en rentrant. Je lui réponds qu’elle n’a pas à s’inquiéter, que je m’occupe de tout.

   En haut, les clameurs ont repris de plus bel : je n’ose pas aller voir le chambard à l’étage, je ne veux surtout pas imaginer l’état dans lequel je vais retrouver N***. Le toboggan les a rendus fous dingues. Un peu lâchement, j’attends que ça se passe, et continue mon petit badinage à la cuisine avec les femmes, comme si de rien n’était. Je compare leurs beautés respectives, m’amusent de leurs différences. Awa est de loin la plus imposante : grande, droite, sculpturale, véritablement royale dans sa tunique de nuit. La troisième sœur d’Awa, dont j’ai déjà parlé, déborde de sensualité innocente. Je n’y reviens pas. La deuxième sœur, celle qui est allé faire les courses, est la coquetterie incarnée. Au lieu d’aider ses sœurs, elle se lime les ongles, jette des coups d’œil inquiets dans les glaces et les vitres qui l’entourent. Elle a toujours un doigt quelque part dans les cheveux pour relever une mèche, en lisser une autre. La quatrième a des seins énormes qu’elle cache sous un boubou : elle rit tout le temps. Celle-là prétend que la Bretagne est son pays d’origine, parce qu’elle adore les crêpes bretonnes. Elle voudrait se marier avec un Breton (elle me demande au passage si je ne serais pas un peu breton). Je ne me souviens plus des atouts physiques de la cinquième, mais nul doute qu’elle en avait aussi… Awa ne dit rien, mais je sens que c’est à elle qu’on obéit, que c’est elle qu’on écoute, que c’est elle la Maîtresse de maison. D’autorité – peut-être a-t-elle senti ma gêne au téléphone – elle a sorti le gâteau d’anniversaire (énorme, presque caricatural), Elle a décidé qu’il était temps de souffler les bougies. On approche de la fin. Cela me soulage d’un côté et m’attriste un peu de l’autre. Tout est si amusant ici !…

10 octobre 2007

Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (5)

   Je suis dans le passage, je gêne... Je sais que je n’ai rien à faire là, à proximité de ces femmes qui cuisinent, mais je reste planté, incapable de m’arracher à la vision de cette créature. Je pose toutes sortes de questions : je veux montrer que je m’intéresse à l’Afrique, à leur culture. Je suis déjà allé là-bas vous savez ? Ah bon ? Awa (c’est son nom) me ressert une coupe. J’entends les enfants redescendre. Ils sont surexcités. Ils ont faim. Bintou, à qui j’avais offert en entrant son cadeau (une jolie petite voiture rouge miniature), m’explique que le chien l’a "bouffée". La bagnole gît, toute tordue, dans sa main, avec les marques des canines dans le pare-choc. Je ris aux éclats de la mésaventure. Tout le monde rit. Le vin de champagne commence à faire son effet. Awa me sert ma troisième coupe. Il est question de préparer quelque chose aux enfants, mais c’est compliqué. On n’a plus d’huile, ni de piment. L’une des sœurs se dévoue pour aller chercher les ingrédients manquants. Les enfants remontent à l’étage. Je les suis, par curiosité. Dans la chambre, c’est un capharnaüm incroyable. Les enfants sont suspendus, comme des petits singes, aux trois lits superposés. Ils ont gonflé des dizaines de ballon et s’amusent à les éclater. N*** est aux anges. Sur une table de nuit, j’aperçois dans une assiette des cottelettes à moitié rongées. Je redescends. En bas, la sœur qui devait aller chercher les victuailles n’est toujours pas partie. A chaque fois qu’elle est sur le point de sortir, on la rappelle pour lui dire qu’il manque du sel, de la salade, que sais-je encore. Finalement, la liste s’allongeant sans cesse, elle décide de noter tout sur un papier. Elle cherche du papier, n’en trouve pas. Une main, sortie de nulle part, avance une feuille de calepin froissée, qu’elle saisit. Maintenant, il faut trouver un crayon. On fouille dans les tiroirs, on en extrait un stylo, tout mâchonné. La sœur commence à écrire mais à chaque fois qu’elle dit « c’est tout ? », une voix s’élève pour rajouter quelque chose : « Et puis, tant que tu y es, ramène-moi aussi des cigarettes, dit Awa d’une voix totalement enrouée . La sœur s’énerve. Elle n’aura pas assez d’argent pour payer tout ça. Elle fait la quête. Chacun donne quelque chose, qui un billet, qui une pièce. Enfin elle sort, non sans s’être refait une beauté devant la glace de l’entrée. J’entame quant à moi ma quatrième coupe. Avec ça, il est bientôt onze heures du soir. Ma fille redescend pour dire qu’elle a faim. On lui crie en chœur, depuis la cuisine, que ça vient, que ça va arriver « dans deux minutes » (en fait les enfant ne mangeront qu’une bonne heure plus tard).

   La troisième sœur d’Awa, sort de la cuisine pour faire un peu de ménage. Je l’observe du coin dans l’œil en siroptant mon verre. Elle a une éponge à la main. Elle se penche sur la table du salon pour y passer un petit coup de scotch-britch. Son petit top orange a bien du mal à soutenir le poids de sa généreuse poitrine. Chaque fois qu’elle fait un mouvement tournant du bras, ses deux faons manquent de sortir. Et soudain, les voici qui sortent de leur cachette ! Elle se relève, croise mon regard, s’aperçoit que ses seins sont sortis du corsage, mais au lieu de les remettre tout de suite à leur place, elle revient, nénés à l’air, vers la cuisine, passe devant moi sourire aux lèvres, et au derrière moment seulement, d’un geste sûr, les remet sous le tee-shirt. Je plonge le nez dans mon verre, ravi. Elle ressort avec un torchon: elle a décidé de s’occuper des chaises, elle bascule en avant, et cette fois c’est son cul qu’elle me montre ! Son survêtement glisse laissant émerger deux globes parfaitement ronds. Je suis aux premières loges et me délecte du spectacle. Elle, revient à la cuisine avec ce même air triomphant, et naïf. Je ne sais plus où je suis, ce que je fais là... Ce que je sais en revanche, c’est que je n’ai pas du tout envie de partir…

(A suivre)

 

08 octobre 2007

Mon goût pour les "Africaines", suivi de quelques réflexions sur le sujet qui n'engagent que moi (4)

 

   Je n’avais pas l’intention de raconter cette histoire, premièrement parce que son contenu me semblait trop ténu, deuxièmement parce qu’elle m’apparaissait un peu hors sujet (si tant est qu’on puisse dire que le blog traite d’un sujet unique). Ce qui m’a décidé à le faire, c’est le succès de cette histoire auprès d’une personne à qui je l’ai racontée, et qui m’a dit, après l’avoir entendue, « tu devrais l’écrire ! » Une autre raison, c’est que je me suis aperçu que cette histoire serait une pièce intéressante à verser au dossier des Africaines. Il y a une dernière raison, mais je préfère la taire – pour le moment.

   Donc, c’était l’été dernier, à Paris, en pleine après-midi. J’étais avec ma fille dans sa chambre, et voilà que j’entends deux petites voix d’enfant qui crient son prénom depuis la rue, en bas. N*** se précipite, ouvre la fenêtre. Je me penche moi aussi, et reconnaît Massy et Bintou, deux camarades de son école. Massy et Bintou sont noirs. Massy, la soeur, explique que c’est l’anniversaire de son petit frère Bintou, et qu’ils veulent qu’on vienne à la maison pour le fêter. Bintou tient un papier à la main, sur lequel je lirai plus tard, écrit maladroitement : « N***, Tu es invité(e) à mon anniversaire. » Ma fille me regarde avec des yeux suppliants. « C’est à quelle heure ? » - «  Six heure », me répondent en chœur les enfants. – On y sera ». N*** me saute au cou.

   - « Six heures ! me dit Madeleine surprise en rentrant du bureau, mais c’est tard pour un anniversaire d’enfant, non ? Et c’est vrai qu’à la réflexion cet horaire était un peu curieux, pour ne pas dire saugrenu, mais il était trop tard, justement, pour reculer. J’emmenai donc ma fille chez Bintou. Les parents de Bintou habitent un appartement refait à neuf – un logement social m’a-t-on dit – dans une petite rue tranquille. Ils sont au troisième et dernier étage. La cage d’escalier est fonctionnelle, froide, clinique. Mais parvenu à l’avant-dernier palier, tout change. On a mis des plantes, des statues, des bougies, et, plus on s’approche de la porte d’entrée, plus l’espace se rétrécit, encombré qu’il est par une multitude d’objets hétéroclites et colorés. N*** est très excitée à l’idée d’aller chez Bintou, réputé pour être une véritable « flèche » à l’école. La sonnerie provoque un branle-bas derrière la porte, fait d’aboiements de chien, de cris d’enfants, de vaisselles qu’on heurte, de chaises qu’on bouscule. Quelqu'un ouvre : Bintou et Massy, dont j’aperçois les yeux brillants dans l’embrasure, prennent ma fille par la main et la tire aussitôt à l’intérieur. La porte se referme derrière moi.

   Où suis-je ? A ma gauche, il y a un petit salon, avec d’énormes fauteuils en cuir blanc occupant tout l’espace. Dans l'angle, trône une gigantesque télé à écran plasma où évoluent des personnages aux têtes aplaties. Aux murs, il y a des étagères où s’amoncèlent toutes sortes d’objet factices, des tableaux kitch avec des cadres en plastique orange ou jaune. Les enfants se sont volatilisés. Je reste seul dans le vestibule, désemparé, un peu gêné. Une porte s’ouvre en face, derrière laquelle je devine une cuisine. En sortent successivement une femme, puis deux, puis trois, puis quatre, puis cinq : en quelques secondes je me retrouve cerné par un gynécée ! Ce sont les cinq sœurs de Bintou, toutes plus belles les unes que les autres. On fait les présentations.  On me propose du coca light. Je suis invité à prendre place dans le salon. Et me voilà de nouveau seul, les cinq jeunes femmes ayant regagné la cuisine. L’une d’elles revient pour déposer cérémonieusement un verre sur la table du salon.

   Avec un naturel confondant, elle s’installe en face de moi, et m’observe, sans mot dire. Je me sens obligé d’entamer la conversation. Je dis des banalités en contemplant la splendide créature que j’ai sous les yeux. Elle, m’observe, impériale, derrière ses longs cils noirs. Elle ne dit rien. Je lui pose une question. Elle me répond avec une voix cassée, presque inaudible. Elle m’explique qu’elle n’a pas dormi de la nuit, qu’ils ont fait la fête la veille, qu’elle a « tué » sa voix à force de chanter, de boire et de fumer ; elle s’excuse de se présenter à moi dans « cette tenue » (elle porte une sorte de chemise de coton grise, sous laquelle palpite un corps aux formes souples et généreuses). Elle se lève pour aller chercher quelque chose. Dans sa pauvreté même, cette chemise est d’une sensualité affolante. On sent en dessous un corps chaud, brûlant. Comme aimanté, je la suis sans réfléchir dans la cuisine. Les autres femmes sont là qui préparent quelque chose. Elle, reste debout devant moi, me toise du haut de son front bombé. Ses longues jambes, fermes et luisantes, jaillissent de sa robe de fortune. Je me dis, à ce moment-là, que j’ai devant moi l’incarnation parfaite de cette chose abstraite et indéfinissable qu’on appelle Erotisme. Les pointes de ses seins saillent sous le tissu. Trouble. Elle se détourne, ouvre un frigo, en sort une bouteille de champagne, en verse une lampée dans un verre, me tend celui-ci. « Trinquons », me dit-elle de sa voix rauque et sublime.

 

(à suivre)

04 octobre 2007

Cela devait arriver...

   Je savais que cela arriverait à un moment ou à un autre, je ne savais pas exactement quand, mais je le savais... Maintenant, c'est là: le rapport entre le "vécu" et le "narré", longtemps équilibré, a tourné à l'avantage du vécu :

Je n'ai plus le temps nécessaire pour raconter ce qui nous arrive.

   Mais l'aurions-nous que NOLDA resterait vacante, car ce qui nous arrive ne ressortit plus vraiment au libertinage de couple (sorties en club, aventures verticales), mais concerne désormais et majoritairement nos liaisons extra-conjugales et certaines expériences inénarrables... Je n'aurai pas l'indécence d'indiquer le nombre de relations que je mène de front ces temps-ci (je l'ignore également pour Madeleine)... Qu'il me suffise de dire qu'elles sont suffisamment nombreuses pour me prendre TOUT MON TEMPS. J'ignore combien de temps cela peut durer (c'est aussi une question de santé), c'est un peu, je l'avoue, une fuite en avant, mais tellement excitante... Est-ce à dire que nous renonçons aux amours plurielles (j'entends par là nos explorations collectives de la sexualité), pas le moins du monde!

Mais quelque chose se déplace, et se fixe peu à peu.

Le "libertinage ordinaire", comme le dit Françoise dans un commentaire d'une note de CUI a cessé (ou presque) de nous intéresser: il est triste, morne, absurde, vidé de sa substance essentielle: le désir. Ne nous retiennent que ces deux formes d'expérience, considérables, éternellement passionnantes, et sans limites définies : 1. la découverte individuelle (séparée) de sensibilités et d'épidermes nouvelles 2. La construction imaginaire, concertée, orchestrée de "scénarios" faisant intervenir plusieurs protagonistes (ou personnages), et pouvant atteindre des niveaux de sophistication extrême... Problème: ces histoires-là ne sont pas publiables... (ce qui ne veut pas dire qu'elles ne sont pas racontables). Premièrement (pour 1) parce qu'il est convenu entre Madeleine et moi que nous resterons discrets sur nos aventures extra-conjugales. Deuxièmement (pour 2) parce que ces scénarios feront l'objet d'une publication ultérieure sous un autre format... Que de mystères! me direz-vous. Mais là n'est pas la question, ce qu'il m'importait ce matin de faire, c'est une mise au point pour expliquer la fréquence raréfiée (inhabituelle) des posts sur NOLDA qui, depuis sa création a toujours été régulière et forte (non?)... Je rassure cependant nos lecteurs (inquiets), il me reste encore beaucoup de choses à raconter sur nos sujets de prédilection: une autre conjugalité, etc. Mon problème est désormais de trouver le temps pour les fixer.

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