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26 novembre 2007

Tous les chemins mènent rue de Ponthieu

   Madeleine m’a quelque fois fait part, sans jamais (hélas) me donner de détails, de certaines coïncidences troublantes dans les rendez-vous que lui fixaient ses amants… Paris est vaste mais il arrive, par une sorte d’ironie vaudevillesque, que deux hommes songent, le même jour, à rencontrer leur maîtresse, dans le même hôtel… Ces choses-là, penserez-vous, n’arrivent que dans Guitry ou Feydeau... Eh bien pas du tout ! Et si l’on rit de ces situations quiproquolines quand on est spectateur, on en frémit quand on est acteur !… Depuis que notre vie a pris, disons, un tour libertin (dont les pages de ce blog tracent la chronique quotidienne), il y a une rue qui revient en permanence dans mon histoire, c’est la rue de Ponthieu. Pas étonnant, me direz-vous, puisque cette rue est celle-là même où le No Comment a élu domicile, et qu’elle est aussi celle où mon coquin de dentiste me raconte ses frasques, et où, souvenez-vous, j’avais envoyé Grazielle et Madeleine pour se faire soigner les dents… Mais la coïncidence ne s’arrête pas là et va bien au-delà! Qu’on en juge par ce qui va suivre.

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Le 2.. octobre dernier, vers midi, je me trouvais chez mon dentiste. Pendant toute la séance, mon téléphone, demeuré dans ma veste, ne cesse de sonner. Mon bourreau, impatienté, interrompt l’intervention, se redresse, et me lance avec un sourire complice : « El faut qué céla soit oune affairre biene ourgennte pour qu’on vo harrcèle à sé point … ». Je hoche la tête, embarrassé. En sortant, je consulte en hâte ma messagerie : Dado m’invite le soir même dans un restaurant du huitième ; mais elle veut une réponse immédiate, parce qu’elle habite en banlieue, et que… etc. Je la rappelle sur-le-champ : « Ok, mais de quel restaurant s’agit-il ? » « Je ne me souviens plus exactement de son nom, tout ce que je sais c’est qu’il se trouve en haut de rue de Ponthieu… » Le soir, nous nous retrouvons dans le dit restaurant. Mon mobile (que j’ai oublié de désactiver) sonne. « Tu permets ?... », dis-je à Dado en sortant précipitamment. Dehors il pleut des cordes. Je m’abrite comme je peux sous le hautvent : c’est Bilqis. Elle me demande ce que je fais maintenant… si je suis libre…. Je lui réponds, gêné, que je dîne avec une amie… « Et après, qu’est-ce que tu fais? Cela te dirait de passer prendre un verre chez moi ?...» « Pourquoi pas, mais dis-moi d’abord où tu habites ? » « Rue de Ponthieu ». Je décline l’invitation en priant pour que son appartement ne donne pas sur le restaurant. Avant de raccrocher, je lui demande à quel numéro elle habite ? » « Le 2.., pourquoi ? » « Ah ! ça c’est drôle alors ! » « Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? » « C’est que… C’est que… vois-tu, mon dentiste habite exactement dans la même rue que toi, au 3.. » Le lendemain, vers midi, Madhiva me téléphone pour s’enquérir du lieu de rendez-vous que j’ai convenu avec elle. Je lui réponds que je n’ai pas encore décidé, que d’ailleurs je m’en remets (pour une fois) à elle, étant donné qu’elle connaît bien mieux que moi les bars "chics" de la capitale… « Justement, ça tombe bien, me répond-elle enthousiaste, il y a un bar que j’adore qui se trouve rue de Ponthieu… » Je me retiens de lui dire : « Mais qu’est-ce que vous avez toutes avec cette rue de Ponthieu ! » Quelques jours plus tard, vers 11h30 du soir, Madeleine et moi sommes dans la rue de Ponthieu… Nous nous apprêtons à vivre notre cinquième soirée au No Comment. Passant devant le numéro 2…, je jette un petit coup d’oeil discret aux fenêtres de l’appartement de Bilqis; j’aperçois plus loin le restaurant où j’ai dîné avec Dado, et tout au bout, le bar "chic" où j’ai bu un verre avec Madhiva. Personne. Je me dis en souriant : "Il y a doit y avoir un Ponthieu pour les libertins…"

Commentaires

Alors j'irais vous guetter rue de Ponthieu, d'entre tous je serais vous reconnaître...

Nous prendrons un Assia dans ce bar, dînerons dans ce restaurant puis je vous laisserai gravir les marches de cet immeuble en espérant apercevoir l'ombre de la rencontre de vos corps.

No comment!

Athena.

Ecrit par : Athena | 26 novembre 2007

Ah, la rue de Ponthieu! Je me souviens de mon fou-rire il y a une vingtaine d'années, quand un ami/amant m'emmena dans un hôtel de cette rue après notre déjeuner, tout fier d'avoir déniché un nid discret pour nos amours- chambre pour l'après-midi, payable en liquide- et que je me retrouvai... exactement dans la chambre où, deux jours avant, j'avais lutiné avec un autre cher-et-tendre, habitué de l'établissement. Vous m'avez rappelé de bien sympathiques souvenirs...

Ecrit par : françoise | 27 novembre 2007

J'aime beaucoup le jeu de mot final !
Mon (excellent) dentiste officie, lui, rue Crozatier. Vous y avez de bonnes adresses ?

Ecrit par : Comme une image | 28 novembre 2007

Ce genre de "mésaventure" m'arrive aussi quelques fois, mais moi je n'aime pas trop cela, je n'aime pas que les souvenirs se "superposent" en général, chaque lieu est associé à une personne et j'ai ainsi ma propre géographie amoureuse de Paris...

Ecrit par : Madeleine à Françoise | 28 novembre 2007

Si vous avez lu le dernier texte de "Autres désirs..." intitulé Paris, l'été, vous avez vu que j'ai aussi une géographie amoureuse très privée. Mon fou-rire était motivé par la fierté naïve de ce galant, persuadé de m'épater avec son adresse coquine... Je ne lui en ai révélé la raison qu'après, pour ne pas perturber son humeur et ses sens... avant. Et il ne s'en est pas offusqué.

Ecrit par : françoise | 28 novembre 2007

À propos du télescopage de souvenirs, j’en ai 3 qui s’imbriquent dans la même chambre de l’hôtel Mercedes, ce que je trouve très gênant en fin de compte. C’est curieux, j’ai l’impression de manquer de respect aux femmes qui partagent le même lit avec moi, et avec d’autres. C’est idiot car quelque soit les draps, toutes les femmes que j’ai connues ont baisé la même peau.

Ecrit par : Vagant | 28 novembre 2007

Moi je ne crois pas qu'il s'agisse d'un manque de respect, simplement si l'on veut que chacun soit unique à nos yeux, même dans la diversité, c'est mieux de changer aussi de cadre... Et d'ailleurs les cadres sont très importants pour moi, c'est un décor où se jouent nos drames amoureux.

Ecrit par : Madeleine | 29 novembre 2007

Je ne sais pas s'il y a un Ponthieu pour les libertins, mais je témoigne qu'il y a bien un paradis pour eux dans cette rue

Vous avez des racines alsaciennes Georges ? N'oubliez pas le Hoplà avec son sonore et expiré h.

Le destin serait-il doté d'un GPS ?

Ecrit par : Rollmops | 30 novembre 2007

"C’est idiot car quelque soit les draps, toutes les femmes que j’ai connues ont baisé la même peau."

la legèreté de ce commentaire trouve t-il son essence dans le libertinage?

pardonnez ma candeur sur ce beau monde, mais j'ai bien de mal à saisir tous les codes!

je préfère penser que seul le hasard vous a conduit à "imbriquer dans la même chambre de l’hôtel Mercedes, ses 3 scènes de vies"

...

Ecrit par : Athena pour Vagant | 01 décembre 2007

merci pour cette histoire ! si bien racontée ...piquante, drôle, une bouffée d'air frais.

Ecrit par : mina | 05 décembre 2007

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