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15 décembre 2007

Notre 5ème soirée au No Comment (3)

   Il fallait vraiment que je fusse animé ce soir-là d’une véritable passion du désastre pour persévérer dans cette idée, dont tout indiquait qu’elle était non pas diabolique mais tout simplement idiote . « Mais qu’est-ce que tu veux exactement ?... » me glissa à l’oreille Madeleine, que j’entraînais dans cette mêlée absurde. Je sentis une pointe de scepticisme et d’irritation dans sa question. Sourd à tous les avertissements, je remontai d’un geste décidé sa robe de satin noir jusqu’aux fesses pour lui marquer mes intentions, et lui jetai un regard dont la signification ne souffrait aucune équivoque. Avec une docilité qui me remplit d’admiration, Madeleine s’empara de ma queue et se mit à la branler à travers le pantalon. Mon entêtement avait semble-t-il eu raison du genou irrité qui, pour le moment, se taisait. Pendant que Madeleine me prenait dans sa bouche et s’évertuait à roidir un membre indécis, j’ôtai ma chemise et glissai à l’aveugle mes lunettes dans la poche droite de mon pantalon. Derrière nous, la bataille avait cessé de faire rage, le front s’était un peu dégarni. J’en profitai pour m’allonger de tout mon long sur le dos, et fermai les yeux en priant pour que l’excitation, passagèrement envolée à cause du genou railleur, mais rappelée avec force sous l’action experte de la bouche de Madeleine, revînt me submerger. Ma prière était sur le point d’être exaucée, quand une vision la ruinât d’un coup. Derrière Madeleine, un type aux lèvres grossières et à l’œil vitreux avait posé ses pattes sur son cul et le malaxait d’un air goguenard. A ses côtés, appuyée sur son épaule, se tenait une femme ressemblant vaguement à La Goulue, et qui s’apprêtait, comme son complice, à faire main basse sur cette parcelle de chair sans défense.

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Malgré le contact de ces mains étrangères sur ses fesses, Madeleine ne se retournait pas et continuait de s’activer sur mon pauvre membre. Ce n’est que lorsqu’elle sentit celui-ci fondre d’un coup sous ses mains, qu’elle se redressa et me demanda, presque inquiète : « Il y a quelque chose qui ne va pas ? ». « Viens, partons », lui répondis-je sans explication. Madeleine se releva et rajusta sa robe. Je jetai un œil alentour : les Thénardier de la luxure s’étaient volatilisés comme par enchantement, emportant avec eux, furtivement, leur butin de caresses volées. Furieuse de cette issue aussi inexplicable que soudaine, Madeleine disparut sans demander son reste. Derrière moi, le lit était vide : tous les acteurs avaient disparu aussitôt leur rôle joué ! Je me retrouvai seul sur scène ! Je mis mes lunettes pour contempler le spectacle curieux de cette salle, tout à l’heure comble, maintenant déserte : quelque chose cependant troublait ma vision, la partageait en deux parties inégales. Je portai ma main sur les verres, et constatai avec effroi que l’un d’eux, le droit, était sorti de son orbite. Aussitôt, je me mis à explorer fébrilement toute la surface du lit à la recherche du précieux verre. En vain. J’en conclus alors qu’il avait glissé du matelas et était tombé à terre. Sans hésiter, je me mis à quatre pattes et entrepris de balayer le sol à tâtons avec la paume de la main. Ce balayage systématique de toute la surface de la pièce ne donna aucun résultat. Une femme traversa le salon à ce moment-là, je me précipitai vers elle et lui demandai à brûle-pourpoint : « Vous n’avez pas vu un verre par hasard ? » Effrayée par l’incongruité de ma question et sans doute aussi par mon air effaré, elle me tourna le dos et s’enfuit presque en courant. Je m’assis sur le lit, découragé, criant juron sur juron. La soirée était belle et bien fichue, et cela entièrement par ma faute ! La mort dans l’âme et le monocle sur l’oeil, je rejoignis Madeleine qui patientait dans un salon. Elle avait un air sombre. Je me laissai tomber dans le fauteuil et jetai mes binocles éborgnés sur la table, qui firent un demi-tour sur elle-même. Madeleine les prit dans sa main, et comprit tout de suite. Ma détresse effaça la sienne. Elle sentit que je n’avais plus le cœur à rien. « Rentrons », dit-elle sobrement. J’acquiesçai. Quoiqu’il me déplaisât de rendre les armes devant ce qui n’était après tout qu’un petit accident du destin, je me dirigeai vers le bar pour récupérer nos cartes. L’accès en était difficile, je fis signe de loin au serveur que nous voulions partir. « Vos noms ? », me cria-t-il. « Georges et Madeleine » Pendant qu’il cherchait dans le boîtier, mon regard tomba sur la chevelure de ma voisine. Ses cheveux sentaient bon ; leurs pointes effleuraient mon bras, et l’électrisaient de manière délicieuse. Spontanément, je lui adressai la parole, et lui dit sans réfléchir : « Vous, au moins, vous êtes contente de votre soirée, n’est-ce pas ? » Elle se tourna lentement vers moi, et accomplissant avec ses deux bras un geste d’impuissance enfantin, me dit : « Excouse-moi, je ne pas comprendre la français… ». En un instant, et par la grâce de ce beau visage étonné, j’oubliai tous mes malheurs. « Gardez-les », dis-je au serveur qui me tendait les cartes par dessus le bar.

(A suivre)

Commentaires

Roidir un membre indécis... belle formulation!

Ecrit par : M&A | 17 décembre 2007

Au risque de paraître pour un inculte... pourriez-vous transmettre les références de l'illustration que vous avez choisie?

Merci déjà!

Ecrit par : Frédéric | 18 décembre 2007

No comment...

Ecrit par : Laurent Morancé | 19 décembre 2007

le plus surprenant dans cette histoire (encore une histoire de fiasco...) c'est que le NO COMMENT a la réputation de n'accueillir que de "beaux couples"... comment les "Thénardiers du sexe" ont-il pu s'introduire (si l'on ose dire) dans ce temple du bon goût et du dernier chic parisien ? voilà bien un mystère de plus...

Ecrit par : ahah | 07 janvier 2008

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