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30 janvier 2008
Hasards objectifs
André Breton appelle, je crois, « hasard objectif » ce qui prend les apparences du hasard, et qui se trouve être, en réalité, la rencontre merveilleuse du désir et de sa réalisation. Je me suis toujours souvenu de cette notion chaque fois qu’il m’est arrivé quelque chose d’extraordinaire, (d’apparemment) incroyable… Ce qui nous paraît si extraordinaire, nous étonne et nous ravit à ce point, nous apprend Breton, n’est pas le fruit du Hasard, mais le résultat logique du Désir, de notre désir. En somme, tout que nous voulons vraiment, le hasard nous l’offre comme sur un plateau. Inversement, rien de merveilleux n’arrive à celui qui ne désire rien...
Du désir, Madeleine et moi n’en manquons point... Aussi sommes-nous souvent récompensés par le Hasard Objectif, ce dieu protecteur des vrais Amants ! Je voudrais vous donner deux exemples récents de ce type d’intervention divine. Voici le premier. Dernièrement, un homme, qui ignore complètement l’existence de NOLDA, a offert à Madeleine un petit bracelet, où se trouve brodée la phrase : « Je veux des Liaisons Dangereuses ». (On peut au moins être sûr que les voeux de cet hommes seront exaucés !)
Le second n’est pas moins curieux. Le lecteur se souvient peut-être du récit de la soirée d’anniversaire de Bintou... Ce nom de Bintou, je l’avais choisi pour ses consonances « africaines ». Il y avait une chance sur mille pour ce que ce nom existât vraiment. Or, la semaine dernière, je rencontre une jeune femme dont les yeux me plaisent ; je l’aborde, nous échangeons quelques mots. Elle me demande mon prénom, je lui demande le sien : Bintou, me répond-elle ! « Bintou, Bintou, Bintou… », ai-je répété trois fois en prenant un air mystérieux, c’était donc vous...
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24 janvier 2008
Légende de Belkis (2)
Cette note est la suite d'une autre intitulée (primitivement) Chez Elle(s), rebaptisée depuis Légende de Belkis (1)
Mon pied heurte quelque chose. Il fait sombre. C’est une bougie allumée. « Entre, j’arrive ! » dit une voix venant de la pièce à côté. J’entre donc. Un petit chien se précipite sur moi et me fais la fête. Un petit chien blanc, qui ressemble un peu au chien de Phedra. Un petit chien de mannequin... Je suis dans le vestibule. Dans un coin, s’amoncellent des sacs de voyage Vuitton, éventrés, remplis de fringues et de chaussures. A gauche, dans ce qui semble être le séjour, je distingue plusieurs autres bougies disposées à même le sol. Curieuse atmosphère, halo mordoré, entre Latour et Hammam. Le chien continue de me bouffer les chaussures tandis que je progresse à tâtons. La pièce dans laquelle je pénètre est vaste et... absolument vide, à l’exception d’un immense canapé en cuir écru, et d’une immense télévision (je crois n’en avoir jamais vue de ma vie d’aussi grosse) où des figures se meuvent sur un fond musical approximatif. Je m’assois. Une cigarette achève de se consumer dans le cendrier. Une coupe de champagne à moitié vide tient compagnie à deux téléphones portables et une boîte d’allumettes. J’attends la maîtresse de maison.
Elle surgit dans l’embrasure de la porte, sourire aux lèvres, complètement nue : « Tu me laisses une minute, je suis presque prête… » Je vais jeter un coup d’œil dans la pièce à côté : cuisine high tech, impeccable. Un chien énorme, tout blanc, que j’ai pris au début pour une peluche, baille dans un coin. « Sers-toi une coupe en attendant » me crie-t-elle de l’autre côté. Cet appartement ne ressemble à rien : cela tient à la fois de la suite d’hôtel et du squat d’immeuble. Tout est luxueux, mais usé jusqu’à la corde. Le sol, entièrement moquetté de blanc, est maculé d’auréoles et de trous de cigarettes… Enfin, après une bonne demie heure d’attente, Belkis arrive. L’attente en valait la peine. Je ne l’avais pas revue depuis notre première rencontre : elle est magnifique, impérialeconviendrait mieux, avec ses bottes de cuir noire et sa robe en cashmere qui lui descend jusqu’au genou. Elle s’assoit, allume deux cigarettes, m’en tend une. Elle me sourit, nous nous regardons sans mot dire. Moi parce que je suis impressionné, elle parce qu’elle n’a pas peur du silence. Belkis ne parle que lorsque cela est "nécessaire". Je dis, pour meubler le silence, deux ou trois banalités qu’elle a la gentillesse d’accueillir par un sourire. C’est son côté mondain. Les gens mondains me mettent toujours mal à l’aise, car on ne sait jamais s’ils se taisent parce qu’ils sont mystérieux ou parce qu’ils sont creux. De Belkis je sais au fond peu de chose, je tente de la lancer sur un sujet qui l’intéresse. Plusieurs fois je surprends son regard glisser sur moi tandis que je parle : elle ne m’écoute plus, elle pense à autre chose.
Enfin, elle rebondit sur l’une de mes histoires, où il est vaguement question de jalousie. « Je ne suis pas jalouse, me coupe-t-elle, pas du tout jalouse. En revanche, je ne supporte pas qu’on se moque de moi. Si l’on se moque de moi, je peux devenir violente. Très violente... » Et de me raconter, qu’un jour, elle avait voulu faire une surprise à son copain (un industriel libanais richissime), en débarquant chez lui le matin avec des fleurs, du champagne, des cadeaux de toutes sortes. Il dormait encore, elle avait poussé la porte de sa chambre, et, horreur, y avait reconnu, blottie contre lui, sa meilleure amie. Son sang de soninké n’avait fait qu’un tour. Elle avait été chercher des ciseaux, et très méticuleusement, elle avait découpé une à une toutes les affaires de sa copine. « Tout y est passé ! des chaussures à la carte bancaire, il n’y avait plus que des morceaux. C’était un véritable massacre, mais tu ne peux pas savoir comme ça m’a soulagée. » Amusé par ce récit, quoique un peu effrayé aussi, je lui fais observer combien terrible fut sa vengeance. « Oui, me dit-elle, elle est devenue folle quand elle a vu que toutes ses petites affaires, dont certaines atteignaient plusieurs centaines de dollar, son sac en particulier, avaient été pulvérisées. Cependant j’étais loin de m’imaginer, alors, que de nous deux, ce serait moi qui, finalement, souffrirait le plus… » « Comment cela, fis-je curieux d’apprendre l’épilogue de cette histoire, s’est-elle vengée à son tour, de ce que tu lui as infligé ? » « Non, répondit-elle en éclatant de rire, pas du tout, elle avait trop peur de moi. Après cette histoire elle a fui, et je ne l’ai plus jamais revue, sauf… » « Sauf ?... » « Sauf, à la télé, et plusieurs fois par jour ! A l’époque ma copine, mannequin comme moi, travaillait pour L'Oréal. Elle avait fait un clip pour l’un de leurs shampoings qui passait en boucle sur toutes les chaînes américaines. Cette fille que j’aurais voulu tuer pour avoir couché avec mon mec, en fait, je la voyais tous les jours me sourire sous la douche dans le petit écran, et ça, je peux te le dire, ça me faisait enrager… » La soirée se poursuivit très tard, avec d’autres histoires…
(A suivre)
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20 janvier 2008
Je publie un commentaire de Françoise
Une fois n'est pas coutume, je publie un commentaire. Pourquoi? Parce qu'il contient cette formule magique "Vous êtes doué pour le bonheur". Je publie, dans la foulée, ma réponse effusionnelle à ce commentaire.
Ce billet apporte une réponse aux questions récurrentes de vos commentateurs masculins sur votre pouvoir de séduction. Pour moi, c'est simple: vous êtes doué pour le bonheur, Georges, et capable de transformer un instant qui pour tant d'autres serait banal en magie. Capable de vous réjouir d'un échange de regards, de la soie d'une mèche de cheveux à peine effleurée, d'un sourire de Madeleine... Bref, vous apportez à la femme que vous courtisez une denrée rare: votre joie de vivre, et pour moi, c'est ce qui vous rend séduisant, mille fois plus que d'habiles manoeuvres libertines ou de scénarios compliqués.
Vous ne pouvez pas savoir combien votre commentaire me ravit, Françoise. C'est impossible à exprimer. Un seul mot (ou plutôt un seul nom) me vient en vous lisant : Fabrice. Oui, je voudrais être doué comme Fabrice del Dongo pour le bonheur; vous me dites que je le suis, et soudain ce soir, j'ai envie de vous croire. Mais ai-je du mérite à avoir ce don ? Madeleine est là: c'est ma Clélia Conti. Je suis dans la Tour Farnèse de l'Amour. Elle me rend visite, et chaque fois qu'elle pousse la porte, mon coeur bat. Je suis un prisonnier Heureux; heureux de son emprisonnement. Voudrait-on me libérer que je refuserais. D'une certaine façon je suis un libertin impossible, un libertin romantique. Fabrice est un libertin sans le savoir, un homme qui se sent un coeur à aimer toute la terre, le cynisme en moins. Françoise, vous me rendez un hommage sans doute qui me dépasse, mais je le prends quand même, je le prends dans mes bras, et le serre de toutes mes forces. Certains diront que je suis gourmand et vaniteux, parce que j'aime plusieurs femmes en même temps et me flatte d'être aimé d'elles... Ils se trompent, je me satisfais de peu. De très peu. Cette semaine, il m'a suffi d'entendre la voix chaude de Belkiss, qui m'appelait de Sali, pour être heureux; cette semaine il m'a suffi de caresser cinq minutes les mains de Madhiva dans un petit bistrot du 20e pour être heureux. Cette semaine, il m'a suffi que Vulcaine me dise "J'aime boire dans ton verre" pour être heureux. Cette semaine, il m'a suffi de lire, en compagnie de Madeleine, devant la cheminée, pour être heureux. En somme il m'a suffi de rien, de presque rien, pour être heureux. Que ma joie demeure !
21:15 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
14 janvier 2008
Ma Femme africaine
Madeleine n’est pas une femme de couleur (je dis cela pour ceux qui ignoreraient qu’elle ne l’est pas !), mais elle connaît mes goûts africains (et les partage dans une certaine mesure...). En cette matière, ma réputation (ma fama fricaine) est faite depuis longtemps, oui, j’aime les femmes à la peau d’ébène. Je les aime tellement en soi, par nature, que je suis prêt à leur passer mille défauts, même les plus irritants. C’est ce qu’on appelle un péché mignon, une lubie, une folie, etc. J’en assume le ridicule. Mais, franchement, quelle épouse aurait eu l’idée, pour complaire à son mari, à l’occasion d’un anniversaire par exemple, de satisfaire sa lubie en lui offrant ce qu’elle sait qui lui fera le plus plaisir, à savoir, pour moi, une soirée dans un restaurant africain. Madeleine fait partie de ces femmes-là. Au fond, ce n’était pas grand-chose, si l’on veut, mais cela m’a fait mille fois plus plaisir que ne m’auraient fait n’importe quel cadeau démesuré, ou tel rassemblement organisé de tous les amis… Au lieu de cela, donc, nous étions en tête à tête, au Savane. Nous avons mangé des acras en écoutant de la musique camerounaise... Nous avons regardé ensemble les serveuses se déhancher, danser même, en nous servant les plats. Puis n’y résistant pas, nous nous sommes levés et avons esquissé un petit coupé/décalé. Une serveuse et la patronne en personne nous ont imités, c’était craquant ! Sur un écran plat, derrière les musiciens, il y avait des antilopes et des lions qui se couraient après. De grandes blacks passaient quelquefois nous jetant des regards profonds comme des divans. Madeleine était en face de moi. Elle portait une robe noire très habillée, très décolletée aussi, magnifique, impériale... Et soudain j’ai repensé à la photo que j’avais prise d’elle la semaine dernière, dans un hôtel de Caracas, après que nous eûmes fait l’amour. Elle était sur le ventre, assoupie, dans une position involontairement lascive. J’ai sorti mon appareil et je l’ai prise sans flash, dans la lumière orangée d’une chambre battue par les vents. Surprise ! en regardant l’écran : sa peau était noire, la pénombre l’avait muée en négresse. Je lui ai montré la photo, elle était aussi troublée que moi par le résultat… « Eh bien voilà, c’est fait, lui ai-je dit, tu as vaincu, tu es devenue Celle qui résume en elle toutes les femmes que j’aime, tu es devenue ma Femme africaine ! ». Elle a souri du compliment, mais aussi de ma naïveté, et m’a dit, très doucement : « Aucune femme ne peut prétendre contenir toutes les femmes. J’admets que l’illusion – illusion d’optique – est parfaite sur cette photo, mais il serait illusoire, justement, de penser que je puisse t’apporter, seule, ce que tes petites amies t’apportent – au reste, c’est très bien ainsi, car la réciproque est vrai : en toi ne se résument pas tous les hommes possibles !… »
09:35 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note
11 janvier 2008
Mon rabibochage avec Grazielle (dialogue n°8)
- Georges ? C’est Grazielle - Ah, bonjour, Gra… - Les Vénézuéliens t’ont kidnappé ou quoi ?? Depuis quinze jours, pas un mot, pas de vœux, rien ! - Mais tu plaisantes ! Je t’ai souhaité un joyeux Noël le 24 au soir par SMS, et je t’ai envoyé mes vœux, par email, de Caracas. - Ah bon ? C’est possible…, mon téléphone était en panne pendant les fêtes, et ma boîte email était saturée. Qu’est-ce que tu fais en ce moment ? - Là en ce moment, si tu veux le savoir, je m’apprête à sortir pour aller chez Casto - Ah ! ça tombe bien moi aussi j’ai un truc à acheter chez Casto. On n’a qu’à s’y retrouver. Qu’est-ce que tu en dis ?
- Je n’aurais jamais pensé à te donner rendez-vous là-bas ! Je serai dans l’allée « quincaillerie ». Et toi ? - Dans l’allée « Sanitaire ». - Va pour sanitaire. (Un quart d’heure plus tard. Grazielle déboule dans l’allée, bottes noires, robes de cuir gris souris, maquillage prononcé) - Bonjour mon chéri. Excuse-moi pour tout à l’heure, je pensais que tu m’avais oubliée mais je vois que c’est tout l’inverse, et que tu m’aimes encore (l’enlaçant). Tu m’aimes n’est-ce pas mon chéri ? - Je ne t’aurais pas envoyé un email du Vénézuela si tu m’étais indifférente... - Oh ! dis donc, tu as vu ça, c’est magnifique. MAGNIFIQUE - C’est une lunette de WC ? - Oui, mais elle est en chêne massif ! Je vais l’acheter tout de suite. (Elle la prend sous le bras). - Je te l’offrirais bien, mais je suis un peu juste ces temps-ci, j’ai fait les soldes hier, et ma carte a chauffé… On se retrouve à la caisse dans cinq minutes, ok ? - A tout de suite mon chéri.
(À la caisse. Elle se colle contre lui) - Est-ce que vous avez parlé de moi pendant votre voyage ? - Pas seulement, mais oui, quelquefois… - Je suis sûr que Madeleine a parlé de moi… Qu’est-ce qu’elle dit de moi ? Qu’est-ce qu’elle pense de nous ? - Elle t’apprécie beaucoup. Mais tu sais elle est très occupée aussi de son côté… - Moi je l’adore, Madeleine, on est pareilles toutes les deux, et puis, on aime le même homme ! Au fait, c’est bientôt ton anniversaire ! - Hélas… - Tu me réserves ta soirée, naturellement… - Euh… c’est-à-dire que Madeleine aura peut-être prévu quelque chose de son côté, et…. - Ah ! non je suis prioritaire. - Mais tu sais, Grazielle, il te reste les 364 autres jours de l’année pour me fêter et… - Tant pis pour toi. (Elle boude) T’as le temps de prendre un café quand même ? - Bien sûr.
(Au café) - Et la santé, ça va ? - Oh, non je suis fatiguée, tu ne peux pas savoir comme je suis fatiguée. Touche mon front. Je suis chaude, chaude, chaude. - Mais tu l’es tout l’année ma chérie… - Ah, ah ! très drôle. Non sérieusement je suis malade, je ne digère plus rien. J’aurais besoin d’un massage, d’un bon massage, si tu vois ce que je veux dire… - Je vois ce que tu veux dire. - Qu’est-ce que je vous sers messieurs dames ? - Deux cafés, s’il vous plaît. - Non, pour moi, ce sera des moules marinières. - Mais, enfin, Grazielle, tu es folle, il est trois heures de l’après-midi, et tu viens de me dire que tu étais malade… - J’ai envie de moule, c’est comme ça. - A part ça, tu fais souvent l’amour ces temps-ci ? - Souvent oui. Avec Mon mari. - Seulement avec ton mari ? - Seulement avec mon mari. - Mais Jacques m’avait dit qu’il était libertin, je ne peux pas imaginer que tu ne le sois pas un peu aussi, et que… - Avec mon mari, je te dis. - Tu pourrais me le dire si tu voyais d’autres hommes… - Mais tu m’énerves à la fin ! Je n’ai été libertine qu’avec toi, et encore pour te faire plaisir. Je te ferai remarquer d’ailleurs que, quand on était à plusieurs, je ne me suis jamais donnée aux hommes qui étaient là, tandis que toi, avec les femmes... - C’est vrai. Mais ne me dis pas qu’avec les femmes... - Ah, mais ça c’est autre chose. C’est mon péché mignon !… (Elle avale une moule). J’adore les femmes ! - Grazielllle !... - (devenant soudain très sentimentale) Tu m’aimes encore, tu m’aimes toujours, Georges ? - Tu fais partie de ma vie Grazielle. - Merci.
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08 janvier 2008
Histoire de mes f... (2)
Madeleine m’a fait remarquer – en se moquant un peu de moi – que mes « fiascos » (racontés en manière d’expiation dans ma note précédente) n’étaient pas de vrais fiascos, mais plutôt des liaisons inabouties, inconclues si l’on me passe ce néologisme… Je lui donne, à la relecture, entièrement raison; je fais amende honorable. N’aurais-je donc connu ces trois dernières années, me suis-je demandé, aucun fiasco véritable ? Et de chercher fébrilement dans ma mémoire, presque inquiet de cette anomalie qui me sépare du commun des mortels, quelles femmes m’avaient envoyé sur les roses récemment, quelles filles m’avaient ri au nez quand je les avais abordées, quelles nanas avaient répondu à mon sourire par une grimace d'incompréhension, etc. J’avais le temps de chercher, puisque nous avions douze heures de vol… En fouillant dans le passé, des épisodes, des scènes, puis des noms me sont revenus : je les ai notés sur un petit carnet (pour ne pas oublier) – on a vite fait d’oublier les moments d’opprobres et les expériences humiliantes pour les transformer en succès relatifs... Donc, voici ces histoires remémorées durant le trajet qui nous conduisait vers l’Isla de las Mujeres…
Marie-Hélène. Abordée Gare du Nord. Superbe black de taille moyenne, hype à faire peur, vestimentairement (escarpins derniers cris) et technologiquement (portable dernier cri). Elle me prend tout de suite de haut quand je lui adresse la parole dans le wagon du métro. Elle me tutoie (ce que je déteste). « Parle pas trop fort, on va nous entendre !) – se prend-elle pour Naomi Campbelle ???
Elle accepte du bout des lèvres une invitation à boire un verre (« J’ai un quart d’heure à tuer, ça tombe plutôt bien... »). Je choisis une terrasse sur le boulevard Saint-Germain. « Pas question! ça caille vraiment trop ici », tranche-t-elle (il est vrai que la terrasse se trouvait un peu à l’ombre). Je l’emmène au Rostand, mais elle râle déjà parce que c’est trop loin, qu’il faut « marcher » (remonter la rue de l’Odéon qui fait environ 250 mètres). Une fois assise, elle me demande ce que je fais, et souris avec dédain quand je le lui apprends. Elle travaille, elle, dans l’Import-export. Elle habite Passy depuis qu’elle est toute petite (son père est dans la finance), et connaît par cœur toutes les boîtes branchées du huitième, dont elle me fait, à moi qui n’en connais aucune (« Quoi tu connais pas Le Milliardaire ? » etc.), une description circonstanciée. Notre conversation est sans cesse interrompue par des « super potes » qui ont des choses « super importantes » à lui dire. On nous apporte un kir mûre. « C’est pas un kir mûre, ça ! c’est un kir à la framboise... », dit-elle à la serveuse qui rougit. « Donne-moi un verre de vin blanc, ce sera plus simple ». Elle allume une cigarette. On lui rapporte du vin blanc (le meilleur) : elle le sent, elle soutient qu’il est bouchonné, et renvoie la serveuse une nouvelle fois. « Toutes des connes, ces serveuses ! ». Elle regarde sa montre, rallume une cigarette. En fait elle doit filer : un « rencard avec une copine »... Depuis une demie heure, je brûle de lui dire que c’est une petite pétasse ignarde, que sa vulgarité (de parole, de geste, d’opinion) a détruit tout le capital de charme, de beauté et d’élégance, que j’avais cru discerner en elle au premier regard. La conversation vient (enfin!) sur le terrain du sexe, de la séduction et de l’amour ; elle veut à nouveau m’en remontrer avec ses soirées people, ses clubs ultra privées, ses afters cocaïnés ; je fais l’étonné. Après qu’elle a fini son petit discours, j’entame le mien, bien décidé, n’ayant plus rien à perdre, à brûler mes vaisseaux. Avec une espèce d’euphorie intérieure, je lui dis froidement que je suis polygame (une dizaine de femmes en moyenne), que je baise de préférence avec deux (ou trois) femmes, que rien ne m’ennuie plus que ces nanas qui se la pètent alors qu’elles sont incapables de faire une pipe correctement. Bref, j’en rajoute un peu... mais il faut bien ça pour clouer le bec à cette petite garce. Elle ne bronche pas, encaisse, mais je sens à la fin une lueur d’effroi dans ses yeux. Elle ne me pose aucune question, continue de fumer cigarette sur cigarette. Devant la station de taxi, je lui remets mon numéro de téléphone, sans lui demander (il va sans dire) le sien. Elle me dit : « pas sûr que je te rappelle… ». Heureusement, qu’elle ne l’a pas fait, sinon, je lui aurais vidé mon sac, comme je viens de le faire dans cette note !
(A suivre)
22:45 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note




