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12 avril 2008

Paraboles de Vulcaine (2)

 

   « Qu’est-ce que je vous sers comme dessert ? ». Vulcaine fronce les sourcils, lâche ma main, exécute un quart de tour sur sa chaise. Je comprends à la pâleur du serveur qu’il vient de rencontrer son regard noir : « Qu’est-ce… que je vous sers… comme dessert ? » répète-t-il d’une voix à peine audible. Son sourire reste scotché sur le visage. Il attend la réponse, comme le condamné attend le verdict : « Un COLONEL ! », dit Vulcaine d’une voix tonnante, puis, se tournant vers moi, avec un petite sourire : « Un colonel pour deux… » « Bien, Madame… », dit prestement le serveur en s’esquivant. « De quoi me parlais-tu, Chéri ? dit-elle en reprenant sa position première, Ah ! oui…, ça me revient ! Tu me parlais du libertinage » Oui, c’est vrai, ce soir-là, pour la première fois je parlais à Vulcaine du libertinage. Je lui disais que je voulais « l’initier au libertinage ». Vulcaine, d’abord, n’avait pas très bien compris le mot et me l’avait fait répéter. « Liber quoi ? » Mais quand je lui avais expliqué qu’en gros ça consistait à inventer des combinaisons originales pour faire l’amour, elle avait tendu l’oreille, et avait même paru intéressée. Naturellement, elle avait voulu que je lui donnasse des exemples, histoire de s’assurer que ce n’était pas malsain, que ce n’était pas un « truc de pervers » (elle a une façon de prononcer ce mot - Perrr-verrr - qui vous passe définitivement l’envie de l’être  !). Donc, je lui avais raconté, en marchant sur des œufs  (car rien ne me  disait, connaissant son tempérament, qu’elle ne m’enverrait pas l’assiette à la figure), quelques petits jeux bien innocents auxquels Madeleine et moi nous étions livrés dernièrement. Pendant quelques secondes, Vulcaine resta muette, indécise, songeuse. Puis, enfin, elle avait déclaré en détachant ses syllabes : « Franchement, je suis cho-quée… » Puis, elle avait ajouté : « Mais, surtout, je suis EX-CI-TEE !... ». Ce disant, elle avait ôté un bouton de son corsage de sorte que sa formidable poitrine se trouvait maintenant (alors qu’elle ne l’était qu’à moitié) au trois-quarts visible. Je jetai un œil furtif aux alentours. Un vieux au crâne dégarni parut se douter qu’il se passait quelque chose de pas net dans notre coin : il nous fixait avec un air réprobateur. D’une voix plus faible, je demandai à Vulcaine : « Mais toi, ma chérie, il ne t’est jamais arrivé de faire l’amour… un peu… différemment… » Vulcaine prit un air sérieux, s’empara de son verre, le vida d’un trait, le reposa sur la table, et dit : « Si, ça m’est arrivé ! »

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« Raconte ! » Elle éclata d’un petit rire aigu, presque enfantin, qui tranchait sur sa mâle beauté : « Tu vas me prendre pour une Perrr-verrrse ! Mais tant pis ! Tu te souviens d’Augustine ? ». « Ta copine Augustine ? » « Oui, c’est ça, Augustine. Eh bien, une fois que j’étais chez elle et où elle m’avait invité à dormir, elle m’a dit : - J’aime pas dormir toute seul, est-ce que tu voudrais pas dormir avec moi ? Je lui ai répondu : - Pas de problème ! Je me suis déshabillée. En sortant de la douche, elle m’a regardée, et m’a dit : - Mais t’as de sacrées belles fesses, toi ! – Te gêne pas, touche ! que je lui ai dit. J’ai pris sa main, et je l’ai posée carrément sur mon cul. Elle l’a enlevée aussitôt comme si c’était un radiateur trop chaud, puis elle a éclaté de rire, ensuite elle a couru se cacher sous les couvertures. Je l’ai rejointe aussitôt. Instinctivement, je me suis plaquée contre elle, puis j’ai mis mes deux mains sur ses petits seins. Là Augustine s’est remise à rire plus fort. Mais moi j’étais très sérieuse. J’avais l’impression... d’être un mec… » « Et alors, qu’est-ce que t’as fait ? Tu lui as léché sa petite chatte ? » Vulcaine s’arrêta net, me considéra avec stupeur, inclina la tête sur le côté, puis lâcha d’une voix puissante : « Mais t’es vraiment un Perrr-verrr, toi ! » « Tu ne vas pas me dire, lui dis-je sans me démonter (mais en vérité je n’en menais pas large), que tu n’as pas eu envie de faire jouir cette petite… » Vulcaine se mura dans le silence. Cette fois j’avais passé les bornes. Le serveur s’approcha et déposa le colonel sur la table. Vulcaine ne disait toujours rien, ses sourcils volontaires étaient plus froncés que jamais. Soudain, elle se saisit de la cuillère, la plongea dans la coupe, et dit : « T’as raison, j’aurais dû la BAISER ! »

Commentaires

Ce récit est vraiment trrrrruculent !

Ecrit par : Comme une image | 14 avril 2008

Trrrrruculent avec ce subjonctif passé au charrrrrme inimitable.

Ecrit par : Vagant | 14 avril 2008

Quel tempérament !

(commentaire succinct volontairement ambigu !).

V., souriant.

Ecrit par : Vintage | 15 avril 2008

eh be…

Ecrit par : yoyostereo™ | 16 avril 2008

Drôle, grave et léger à la fois... on adore !

Ecrit par : E-Lover | 18 avril 2008

Elle énonce à voix hautes les contradictions présentes en toute femme....
J'a-do-re :)

Ecrit par : Cryod | 18 avril 2008

«..j’aurais dû la BAISER ! ».. j'ai toujours trouvé ses mots venant d'une femme très excitant...

Ecrit par : Athena | 24 avril 2008

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