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25 avril 2008

Principe d'incertitude (par Madeleine)

   Les femmes sont pleines de contradictions, c’est bien connu (n’est-ce pas cher Vagant ?), mais c’est bien le moindre de leurs défauts…

   Ma vie amoureuse est le reflet de ces contradictions. Alors que je suis capable de me donner en club à un homme que j’ai à peine regardé, j’impose de longs parcours de séduction à d’autres. J’ai découvert il y a de cela quelques années que j’aimais les femmes, mais je n’ai jamais franchi la porte d’un bar lesbien. Il me reste, Dieu merci, quelques fantasmes à réaliser, dont certains sont au programme de soirées auxquelles il me serait extrêmement facile de me rendre, et je ne le fais pas. Timidité ou simple esprit de contradiction ? Pourquoi ne pas profiter à fond de tous les plaisirs que la vie peut nous offrir et cela, sans se casser la tête ? C’est une question autour de laquelle je tourne depuis longtemps...

   Récemment, je me suis trouvée de nouveau face à ces contradictions et j’ai voulu tenter de comprendre ce qu’elles recouvraient. J’adore l’opéra, je trouve que c’est un endroit magique : le cadre somptueux est l’écrin des sons enchanteurs qui me transportent (pas toujours, mais souvent), et dans l’ensemble c’est pour moi un lieu éminemment érotique. Les petites loges rouges, en particulier, me semblent une invitation au crime, avec leur « antichambre » dans laquelle on a pris soin de déposer une banquette.

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Aussi, quand j’ai appris qu’une petite poignée de libertins s’y réunissait parfois, j’ai trouvé l’idée formidable. Réserver une loge entière, il fallait oser, mais après tout pourquoi pas ! et il y a sans doute d’innombrables précédents dans l’Histoire… Comme vous le voyez, je n’ai pas crié au scandale ni prétendu qu’on assassinait Mozart. La musique (sauf celle de Wagner) n’impose pas forcément un silence religieux et on doit pouvoir la goûter dans toutes les … situations. Par chance, peu de temps plus tard, l’organisateur de ces parties fines m’a conviée à une nouvelle édition. Le hasard seul a fait que je n’ai pu m’y rendre, mais je le déplorai sincèrement. Et puis, dernièrement, j’ai lu le récit qu’a fait CUI, également invité de cette soirée, ainsi que ces autres notes consacrées aux précédentes. Je veux tout de suite le rassurer : ce n’est pas sa prose qui m’a dégoûtée, ni le réalisme des scènes qu’il décrit (je ne suis pas née de la dernière pluie, il en faut un peu plus pour me choquer !). J’ai encore un peu de mal à me l’expliquer moi-même, mais je crois que c’est le déroulement des soirées, le mécanisme apparemment bien huilé et surtout, l’absence totale d’incertitude. Les personnes réunies savent qu’elles viennent pour cela, qu’elles ont juste le temps de la représentation, qu’il ne faut pas traîner. Sans doute leur désir est-il déjà stimulé avant leur arrivée par l’idée de la transgression – faire l’amour dans un endroit qui n’est pas prévu pour cela, au risque de se faire surprendre, je comprends que ça soit en soi suffisant pour éveiller ou réveiller la libido.

   Ce n’est pas que je sois blasée, ni qu’il m’en faille toujours plus, en l’occurrence, il m’en faudrait plutôt moins… ce que je trouverais excitant, troublant même, ce serait de me retrouver par hasard, seule avec Georges et un autre couple inconnu, que nous trouverions séduisants. Ce genre de hasards arrive parfois. Bien sûr, il est peu probable que la « backroom », comme l’appelle CUI, soit mise à contribution dans un tel cas de figure, mais des caresses par inadvertance, des sourires dans l’obscurité, une invitation à partager une coupe de champagne à l’entracte, un deuxième acte lourd de sous-entendus (plus facile si c’est Rossini ou les Noces que sur du Berg) me semblent de l’ordre du possible. Ou alors, nous aurions invité nos voisins (prétendant avoir des billets en trop, suite à l’annulation d’un couple d’amis), ou encore une jeune amie qui ne sait pas encore qu’elle est libertine… Enfin, ce que j’aimerais, c’est que dans ce cadre sublime, la scène qui se déroulerait dans la loge ne soit pas jouée d’avance, qu’elle soit l’objet d’un enjeu qui nous fasse un peu frémir…

   L’absence d’incertitude est pour moi le plus sûr des tue-l’amour. Le hasard, parfois un peu provoqué certes (cela me fait penser qu’il y a une histoire que G. n’a jamais racontée, et qu’il faudra qu’il le fasse un jour…), peut seul engendrer le désir. Ce n’est pas propre à ce genre de soirée, par ailleurs fort bien pensée et, j’en suis sûre, menée de main de maître… On peut dire qu’il en va de même en club libertin : tout le monde sait fort bien pourquoi il est là et ce que les autres viennent y chercher. C’est sans doute pourquoi je suis de moins en moins tentée par ces lieux de perdition. Il faudrait pouvoir s’y rendre comme le faisait, pendant un temps, mon amie L. : pour prendre un verre avant de rentrer se coucher – et pourquoi pas, exceptionnellement, rester.