« Fragments de Madhiva (1) | Page d'accueil | Légende de Belkis (6) »
25 avril 2008
Principe d'incertitude (par Madeleine)
Les femmes sont pleines de contradictions, c’est bien connu (n’est-ce pas cher Vagant ?), mais c’est bien le moindre de leurs défauts…
Ma vie amoureuse est le reflet de ces contradictions. Alors que je suis capable de me donner en club à un homme que j’ai à peine regardé, j’impose de longs parcours de séduction à d’autres. J’ai découvert il y a de cela quelques années que j’aimais les femmes, mais je n’ai jamais franchi la porte d’un bar lesbien. Il me reste, Dieu merci, quelques fantasmes à réaliser, dont certains sont au programme de soirées auxquelles il me serait extrêmement facile de me rendre, et je ne le fais pas. Timidité ou simple esprit de contradiction ? Pourquoi ne pas profiter à fond de tous les plaisirs que la vie peut nous offrir et cela, sans se casser la tête ? C’est une question autour de laquelle je tourne depuis longtemps...
Récemment, je me suis trouvée de nouveau face à ces contradictions et j’ai voulu tenter de comprendre ce qu’elles recouvraient. J’adore l’opéra, je trouve que c’est un endroit magique : le cadre somptueux est l’écrin des sons enchanteurs qui me transportent (pas toujours, mais souvent), et dans l’ensemble c’est pour moi un lieu éminemment érotique. Les petites loges rouges, en particulier, me semblent une invitation au crime, avec leur « antichambre » dans laquelle on a pris soin de déposer une banquette.
Aussi, quand j’ai appris qu’une petite poignée de libertins s’y réunissait parfois, j’ai trouvé l’idée formidable. Réserver une loge entière, il fallait oser, mais après tout pourquoi pas ! et il y a sans doute d’innombrables précédents dans l’Histoire… Comme vous le voyez, je n’ai pas crié au scandale ni prétendu qu’on assassinait Mozart. La musique (sauf celle de Wagner) n’impose pas forcément un silence religieux et on doit pouvoir la goûter dans toutes les … situations. Par chance, peu de temps plus tard, l’organisateur de ces parties fines m’a conviée à une nouvelle édition. Le hasard seul a fait que je n’ai pu m’y rendre, mais je le déplorai sincèrement. Et puis, dernièrement, j’ai lu le récit qu’a fait CUI, également invité de cette soirée, ainsi que ces autres notes consacrées aux précédentes. Je veux tout de suite le rassurer : ce n’est pas sa prose qui m’a dégoûtée, ni le réalisme des scènes qu’il décrit (je ne suis pas née de la dernière pluie, il en faut un peu plus pour me choquer !). J’ai encore un peu de mal à me l’expliquer moi-même, mais je crois que c’est le déroulement des soirées, le mécanisme apparemment bien huilé et surtout, l’absence totale d’incertitude. Les personnes réunies savent qu’elles viennent pour cela, qu’elles ont juste le temps de la représentation, qu’il ne faut pas traîner. Sans doute leur désir est-il déjà stimulé avant leur arrivée par l’idée de la transgression – faire l’amour dans un endroit qui n’est pas prévu pour cela, au risque de se faire surprendre, je comprends que ça soit en soi suffisant pour éveiller ou réveiller la libido.
Ce n’est pas que je sois blasée, ni qu’il m’en faille toujours plus, en l’occurrence, il m’en faudrait plutôt moins… ce que je trouverais excitant, troublant même, ce serait de me retrouver par hasard, seule avec Georges et un autre couple inconnu, que nous trouverions séduisants. Ce genre de hasards arrive parfois. Bien sûr, il est peu probable que la « backroom », comme l’appelle CUI, soit mise à contribution dans un tel cas de figure, mais des caresses par inadvertance, des sourires dans l’obscurité, une invitation à partager une coupe de champagne à l’entracte, un deuxième acte lourd de sous-entendus (plus facile si c’est Rossini ou les Noces que sur du Berg) me semblent de l’ordre du possible. Ou alors, nous aurions invité nos voisins (prétendant avoir des billets en trop, suite à l’annulation d’un couple d’amis), ou encore une jeune amie qui ne sait pas encore qu’elle est libertine… Enfin, ce que j’aimerais, c’est que dans ce cadre sublime, la scène qui se déroulerait dans la loge ne soit pas jouée d’avance, qu’elle soit l’objet d’un enjeu qui nous fasse un peu frémir…
L’absence d’incertitude est pour moi le plus sûr des tue-l’amour. Le hasard, parfois un peu provoqué certes (cela me fait penser qu’il y a une histoire que G. n’a jamais racontée, et qu’il faudra qu’il le fasse un jour…), peut seul engendrer le désir. Ce n’est pas propre à ce genre de soirée, par ailleurs fort bien pensée et, j’en suis sûre, menée de main de maître… On peut dire qu’il en va de même en club libertin : tout le monde sait fort bien pourquoi il est là et ce que les autres viennent y chercher. C’est sans doute pourquoi je suis de moins en moins tentée par ces lieux de perdition. Il faudrait pouvoir s’y rendre comme le faisait, pendant un temps, mon amie L. : pour prendre un verre avant de rentrer se coucher – et pourquoi pas, exceptionnellement, rester.
10:00 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
Commentaires
Je partage votre conclusion, sur le fait que ce rendre dans une de ces soirées à l'Opéra organisée par notre camarade libertin (j'aime bien le terme de « camarade » dans ce contexte) revient, en quelque sorte, à aller en club : on y va « pour coucher » (avec nettement moins de « choix » quant aux participants). Toutefois, l'incertitude reste à chaque fois de mise. J'espérais avoir fait passer cet état de fait dans mon dernier récit. Reste qu'il y a un petit côté répétitif dans ces soirées (pour ceux qui y participent régulièrement, parce que pour ceux qui y viennent pour la première fois, c'est évidemment une expérience unique) qui n'a pas l'air d'affecter notre ami organisateur autant que moi.
Quant à vos contradictions... « vaste programme », comme disait l'autre !
Ecrit par : Comme une image | 25 avril 2008
Une nouvelle preuve, Madeleine, que même si Georges a beaucoup de choses à raconter, vos interventions et votre point de vue féminin ont une grande valeur.
Je pense qu'il y a quelque chose de très féminin à vouloir ainsi voir les choses se dérouler de façon impromptue, inattendue, surtout pas planifiée, incertaine.
Cela confère aux "choses de l'amour" un côté plus romantique - ou au moins romanesque - et garantit des émotions vives qui ne seront pas que sexuelles.
Je crois que là où les hommes sont très focalisés sur l'acte sexuel et le plaisir associé, les femmes aiment à s'immerger dans un contexte, une ambiance, une "histoire" dont l'issue n'est pas connue et qui donne plus de sens au sexe.
Ceci dit, j'ajoute qu'en tant qu'homme, je vous rejoins. Ce doit être ma partie féminine qui parle. Et c'est sans doute pour cela que les clubs ne m'attirent pas...
C.T.
Ecrit par : Clown Triste | 25 avril 2008
Ravie de vous lire, Madeleine, vous vous faisiez rare! Je crois que ce n'est pas la répétition qui est en cause. Celle-ci devient un rituel quand elle plaît (comme le café du matin, si agréable) mais une routine quand elle ne plaît pas. En d'autres termes, ce n'est pas la routine qui crée l'ennui, c'est l'ennui qui crée la routine. Pourquoi vous ennuyez-vous? Parce que, à mon sens, ces soirées ne sont pas les vôtres, vous ne vous les appropriez pas, vous rentrez dans le schéma de l'organisateur ou du responsable de club, ou des autres particvipants. La première fois, ce peut être bien, parce qu'il y a une transgression qui excite. Mais on ne transgresse qu'une fois, ensuite c'est fait :) Dans les scénarios qui vous sembleraient troublants, je remarque que c'est toujours vous, ou Georges qui décideriez, inviteriez, mettraient en scène en quelque sorte. Ce serait Votre oeuvre, vos fantasmes, et c'est pour cela que vous seriez bien dedans. J'ai eu récemment une expérience troublante dans un lieu pourtant très codifié. Tout simplement en y apportant, par mon attitude hors des codes habituels, un inattendu qui a troublé tout le monde, y compris moi. Je vous raconterai cela en privé, si vous le souhaitez...
Ecrit par : françoise | 25 avril 2008
Pourtant il y a bien eu des fois où je n'étais pas du tout l'organisatrice, où j'étais au contraire dans la totale ignorance de ce qui allait se passer (et même, une fois, qu'il allait se passer quelque chose) et où j'ai palpité comme jamais...
Ecrit par : Madeleine | 25 avril 2008
Tout à fait d'accord, Madeleine, rien ne vaut le piment de l'imprévu. Mais dans les soirées prévisibles, plus de surprise, alors reste le plaisir de mettre en scène. Les jeux érotiques se situent entre la spontanéité du jeu imprévu et la manipulation du jeu théâtral, plus cette part insaisissable, qui fait que le désir vient ou non, cette part improgrammable qui en fait le charme.
Cela dit, plus simplement, il y aussi des moments où la libido diminue, où on a envie d'autres genre de relations, puis ça revient, Eros seul sait pourquoi!
Ecrit par : françoise | 25 avril 2008
Une certaine lassitude aux évènements codifiés pour ma part, et comme le dit C.T. un goût peut être plus féminin pour le côté impromptu, inattendu, des rencontres coquines. J'ai tendance à dire que je préfère les hasards de la "vraie vie" et j'aime cette alchimie qui va avec de manière indissociable. Cependant il est vrai que les soirées "organisées" sont la vraie vie mais avec le petit coup de pied en plus ; le désir y est peut être plus capricieux.
C'est un plaisir de vous lire Madeleine.
Ecrit par : schawari | 26 avril 2008
Madeleine, vous êtes divine! Il faudrait vous composer un opéra!
Votre fan club vous remercie pour ce post
Ecrit par : OUp$! | 29 avril 2008
Alors vous aussi vous avez couché dans un poulailler ?
Ecrit par : Laurent Morancé | 29 avril 2008
Les hommes aussi, ma chere Madeleine, les hommes aussi...
Ecrit par : Vagant | 02 mai 2008
