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21 mai 2008
Clélia, ou l'extension du domaine de l'amour
Comment s’étaient-ils rencontrés ? Par le plus objectif des hasards. Où ? Dans un restaurant de l’avenue Georges V. Elle attendait quelqu’un qui n’était pas venu. En paraissait fort contrariée... Leurs tables étaient voisines. Elle avait posé une question sur la carte. Entre eux et elle, une petite conversation s’était engagée sur les spécialités du restaurant (Eux, c’était nous, Georges et Madeleine ; la spécialité, c’était Le Tigre qui pleure ; elle, c’était Clélia). Comme ce prénom était romanesque ! Oui sans doute, mais, leur avait-elle expliqué, « Clélia » c’était d’abord le prénom de sa grand-mère, dont elle honorait la mémoire en portant le sautoir d’escarboucles. Pendant qu’elle leur montrait le bijou, Georges avait noté le regard insistant de Madeleine sur la gorge de Clélia… «… honorait la mémoire ? » reprit-il, intrigué. « Ma grand-mère, dit-elle en s’animant, a eu une vie très rangée, très comme il faut, mais un jour, elle m’a confié qu’elle était dévorée de désirs inavouables, qu’elle se consumait de l’intérieur, qu’elle aurait voulu faire des choses insensées... Cette confidence m’a bouleversée, et après sa disparition, je me suis promis de donner une consistance matérielle à sa vie rêvée. En fait, j’ai décidé de vivre tout ce que ma grand-mère s’était interdit de vivre, c’est-à-dire, dit-elle très vite comme si elle s’était soudain aperçue de l’audace excessive de ses paroles, de réaliser ses fantasmes ». Madeleine soupira. Son gilet avait glissé de ses épaules, dévoilant un très audacieux corset rose. Comparée à la toilette de Clélia, qui portait une robe écrue de style Récamier, celle de Madeleine aurait pu passer pour provocante.
Voyant que le couple et la jeune femme avaient noué connaissance, un serveur proposa de rapprocher leurs tables. Celles-ci étaient maintenant collées l’une contre l’autre. Georges, depuis un quart d’heure, avait une envie folle de poser sa main sur les genoux de Clélia, dont il contemplait les boucles sur le front, et les beaux yeux clairs quand elle se tournait vers lui. Madeleine l’y invitait par des jeux de regards. On leur apporta le dessert. Sans se consulter, ils poussèrent leurs trois assiettes au centre de la table, et le partagèrent. Ils n’avaient pas beaucoup bu, mais ils étaient très gais. Presque tous les clients étaient partis. Georges, malgré sa bonne humeur, devenait soucieux. Que se passerait-il quand on apporterait l’addition ? Se séparerait-on en se souhaitant une bonne nuit. Poursuivrait-on ensemble la soirée, et si oui, où ? Il hésitait à proposer quelque chose. A une question qu’il osa finalement poser sur son expérience du libertinage, Clélia répondit cependant de manière encourageante, disant qu’elle y faisait « ses premiers pas ». Elle finit même par leur avouer cette chose incroyable (incroyable même aux yeux de Madeleine), qu’un soir, « sans savoir pourquoi, vraisemblablement par curiosité, elle avait eu l’idée d’aller tout seule dans un club… » Madeleine se redressa, comme électrisée. Georges, concentré, l’écoutait. « Et alors ?... », reprit Madeleine, incapable de dissimuler son impatience. Clélia parut deviner ce qu’on attendait d’elle, balbutia… C’est à ce moment que Georges lui prit doucement le bras et lui dit : « Vous plairait-il de prendre un dernier verre avec nous rue de Ponthieu ?... »
(La suite)
21:35 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Commentaires
Oh non, pas ça!
Ne vous arrêtez pas maintenant... ,)
Ecrit par : mina | 21 mai 2008
Je suis obligé, car je me suis engagé à demander (à l'intéressée) l'autorisation de publication pour la suite... (merci de nous lire si fidèlement Mina).
Ecrit par : Georges | 22 mai 2008
je pensais lire la suite au moins ce matin en buvant ma tasse de thé brûlante...
Ecrit par : valère | 24 mai 2008
Espérons que la négociation des droits ne sera pas aussi longue que la grève des scénaristes américains pour pouvoir nous délecter du deuxième épisode déjà très prometteur!
Je suis (nous sommes parfois) l'un des nombreux lecteurs anonymes de ce journal qui passent sans laisser de trace, ou presque (il doit bien y avoir un compteur quelque part). La beauté de votre plume et des aficionados du blog me rendent timide. Mais en lisant le début de cette soirée je n'ai pas pu m'empêcher de repenser à la raison pour laquelle Madeleine avait renoncé à une soirée libertine à l'opéra: la prévisibilité du déroulement de la soirée. Cette fois ci le hasard aura réuni les ingrédients.
Ecrit par : david | 01 juin 2008
C'est tout à fait juste !
On devrait pouvoir obtenir le second épisode en insistant bien...
Ecrit par : Madeleine | 02 juin 2008
Bonsoir Madeleine,
Loin de moi l'idée de vous soudoyer, mais peut-être pourriez-vous nous orienter sur la meilleure façon "d'insister" auprès de Georges, pour avoir la suite!?
Ecrit par : Mina | 04 juin 2008
Georges a écrit la suite, mais il lui arrive ceci qu'il écrit entre temps des choses qu'il lui semble impératif de publier avant... Quel entêté ce garçon! Non sans blague cela va venir. Très vite maintenant.
Ecrit par : Georges à Mina | 04 juin 2008
