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04 juin 2008
Déphasage culturel
Il fut un temps où les oeuvres d’art ayant pour thème l’Amour recevaient notre adhésion spontanée, et parfois enthousiaste : nous partagions sincèrement la douleur de la femme trompée ; nous compatissions avec l’homme dupé. C’était simple. Il nous arrivait même, comme les autres, de rire masochistement des mésaventures du cocu. Tout était normal en somme. Et puis progressivement les choses ont changé : nous nous sommes mis à ne plus comprendre pourquoi les gens se déchiraient pour ces raisons-là. Dans tel opéra, l’héroïne se lamentait sur les inconstances de son amant. Pourquoi ? Dans tel roman, un homme traitait sa femme de putain, parce qu’elle avait couché avec un mec. Quelle idée? Dans tel film, un couple se sépare puis se réconcilie, après que l’un a promis à l’autre un amour éternel et fidèle… So what ? Tout d’un coup, ces histoires qui nous avaient émus, ces histoires qui avaient déclenché des discussions sans fin sur l’infidélité, ces histoires « universelles » fondatrices de notre culture se révélaient dérisoires, absurdes, presque comiques. Une épouse reproche à son mari de la « tromper »… oui ! et en quoi, s’il vous plaît, cette conduite est-elle anormale, immorale, ou scandaleuse ? En fait, cela fait trois ans que nous ne marchons plus dans les intrigues fondées sur la félonie amoureuse, l’expropriation sexuelle et la dépossession sentimentale – lesquelles intrigues, rappelons-le, forment le substrat d’une grande partie des productions culturelles passées et présentes. Lorsqu’on a dépassé le stade primitif de la Jalousie, quand on a tourné le dos au schéma de l’amour exclusif pour goûter aux joies du polyamour, les affres de l’amant trahi paraissent bien risibles, les pleurs de la maîtresse déçue bien puérils. De notre déphasage croissant avec le discours dominant des artistes sur l’amour (censés pourtant nous offrir ce qu’il y a de plus sophistiqué, ou de plus avancé, en la matière), nous avons fait l’épreuve encore samedi dernier après avoir vu l’exposition de Sophie Calle à Richelieu ("Prends soin de toi"), et le soir même Les Belles sœurs au théâtre Saint-Georges. Nous donnons ces deux exemples pour montrer que, à quelque pôle de l’art qu’on se situe (avant-garde ou arrière-garde), le discours reste le même, les croyances identiques.
Commençons par Les Belles sœurs. Cette comédie réunit dans une maison de campagne trois frères et leurs épouses. C’est une réunion de famille ordinaire. Sauf qu’il y a une invitée surprise : une femme très belle, très sexy, très « impressionnante », dont il s’avère au cours du repas qu’elle a été la maîtresse des trois frères (successivement ou simultanément, on l’ignore…). Les belles-soeurs sont furieuses. L’une gifle son mari, les deux autres retournent « chez leur mère ». La salle pleure de rire. Nous aussi, avouons-le, et d’assez bon coeur. Mais sur le chemin du retour, dans la rue froide, nous reprenons nos esprits, et nous faisons la réflexion que le ressort exclusif de cette pièce repose sur une fidélité de principe entre époux. Ôtez ce principe, remplacez-le par une philosophie du partage et la pièce s’écroule. La jeune femme déboule dans la réunion de famille, on devine qu’elle a couché avec les trois hommes : on l’admire au lieu de l’honnir. Au lieu de réprimander les maris comme des gosses, on leur demande ce qu’ils ont ressenti. On enquête sur les charmes et les secrets de l’Autre. On s’approche d’elle comme d’une déesse dont on veut recueillir les oracles. On la caresse, on la dispute aux maris, qui sourient tendrement de cette concurrence inopinée. Avec Sophie Calle, on pouvait espérer une sortie de l’impasse. Las ! L’exposition qu’elle a conçue (magistrale par ailleurs au plan du dispositif) autour de la lettre de rupture reçue de l’un de ses amants (lettre qu’elle demande à une cinquantaine de femmes – juriste, philologue, psychanalyste, écrivain, musicienne – de commenter) débouche sur les mêmes régressions. Son auteur (un libertin invétéré, qui a juré un peu légèrement fidélité à Sophie Calle) est jugé coupable de (haute) trahison. On ne lui pardonne pas d’avoir cassé le contrat d’exclusivité amoureuse qu’il avait signé avec l’artiste. Toutes les femmes lui tombent dessus à bras raccourcis et griffus, et ne trouvent pas de mots assez durs pour condamner sa duplicité. Le problème c’est que, dans cette histoire, personne se demande pourquoi Sophie Calle a exigé de cet homme ce que manifestement il n’était pas capable, et surtout n’avait pas envie (en raison de sa manière de vivre) de lui donner, à savoir l’assurance qu’il l’aimerait elle seule, et qu’il renoncerait à toutes les autres. Pourquoi, se demande-t-on après parcouru pendant trois heures les allées de cette immense exposition, avoir déployé tant d’énergie à se venger de la félonie d’un quarantenaire volage ? (Christine Ango est la seule à faire remarquer, avec un peu d’ironie, que Sophie Calle n’aurait pas dû convoquer un escadron de femmes pour régler ses comptes personnels avec ce coquin de séducteur…). Est-ce qu’il n’aurait pas été plus simple, plus habile et moins puéril, d’accepter les conditions de cet homme, plutôt que de lui en imposer d’exorbitantes. Sophie Calle dit qu’elle n’a pas supporté d’être la « quatrième »... Je conviens qu’il n’est jamais très agréable d’être la énième sur la liste, mais qui empêche la victime de constituer la sienne ? Et d’ailleurs : pourquoi raisonner en terme de « liste », comme s’il s’y avait un classement, une hiérarchie, des maîtresses et des sous-maîtresses, et des sous-sous-maîtresses ? N’est-il pas concevable qu’une femme soit la quatrième, et occupe malgré tout une place importante dans le cœur d’un homme? Sophie Calle, aveuglée par son amour-passion est incapable de voir tout cela, cette grande artiste se révèle inapte à penser qu’une femme (ou un homme) puisse être unique sans pour autant être l’Unique. On nous objectera, que si cette évolution est souhaitable au plan des moeurs, elle ne l’est peut-être pas au plan artistique (l’art se nourrissant de la mise en péril provisoire de notre modèle amoureux – provisoire car tout rentre dans l’ordre à la fin –). Cela reste à prouver… Le dix-huitième nous avons montré le chemin, nous l’avons perdu depuis, je ne désespère pas qu’on le retrouve un jour...
22:10 Publié dans 2. REFLEXIONS | Lien permanent | Commentaires (20) | Envoyer cette note
Commentaires
Ah, Georges, vous prêchez une convaincue, vous le savez, puisque je fus pour vous deux une "découverte décisive" disiez vous dans un billet. Vous avez donc l'avantage sur moi d'avoir une référence :) Cela ne signifie pas que les amours plurielles sont une voie facile ou une garantie de bonheur, mais c'est en tout cas passionnant à vivre car il y a tout à découvrir, tout à inventer. Je vous confirme que chaque homme de ma vie, s'il n'est pas l'Unique, est unique, car toute rencontre est une alchimie unique qui ne peut être identique avec un ou une autre.
Quant à la création littéraire: mes amours plurielles ont inspiré aussi bien "le jeune homme au téléphone" que "Des désirs et des hommes", "les latitudes amoureuses", "Ce qui trouble Lola"ou Autres désirs, autres hommes". Sans que jamais il ne soit question de trahison ou d'infidélité, mais toujours de découverte, de désir, d'amour et de jeu, aussi. Les amours plurielles ont sur l'amour exclusif l'avantage d'avoir le goût du jeu- au sens ludique et théâtral du terme- et le sens de l'humour, ce qui évite bien des déchirements et procure bien des émerveillements: deux amants nus pris d'un fou-rire est une joie aussi rafraichissante, aussi énivrante que faire l'amour sous une averse...
Ecrit par : françoise | 04 juin 2008
Je pensais naturellement à vous lorsque je terminais sur cette note d'espoir, que tout un territoire s'ouvrait devant nous avec les amours plurielles et inclusives. Vous avez appporté la démonstration, avec vos nouvelles, qu'on pouvait faire de la très bonne littérature en sortant des schémas classiques. J'y reviendrai, comme promis dans une note à vous consacrée...
Ecrit par : Georges à Françoise | 05 juin 2008
Je trouve ces réflexions un peu artificielles, Georges. Vous dites avoir depuis trois ans revu votre façon de penser les relations de couple(s) (vous être débarrassés de l'inconscient collectif, en quelque sorte dont vous étiez imbibés), mais pourtant vous profitez d'une pièce et, après coup, la trouver normative. So what ?
Ne peut-on pas profiter de la beauté d'une œuvre qui nous est *étrangère* (dans différents sens du terme) ? Êtes-vous condamnés à ne rire/jouir que de ce qui se conforte à votre nouvelle norme personnelle ? Ce serait bien dommage.
Ecrit par : Comme une image | 05 juin 2008
CUI, je réponds à la place de Georges car je sais d'avance ce qu'il va dire : non, bien sûr, cela ne nous empêche ni de rire (ce que nous avons fait sans nous priver à la pièce) ni d'être ému (ce qui nous est arrivé à l'exposition). Mais il reste vrai que nous avons plus de mal à nous identifier, un peu comme il nous est difficile de comprendre les lois divines qui imposent les sacrifices humains dans Iphigénie en Tauride de Gluck... (et pourtant cet opéra est poignant).
Ecrit par : Madeleine | 05 juin 2008
C'est ce que j'aurais répondu mot pour mot, Madeleine! J'ajoute: seuls les islamistes (terroristes) peuvent VRAIMENT comprendre aujourd'hui l'opéra de Glück. Ce qui nous empêche pas, nous timides athées et démocrates, d'en apprécier la valeur artistique, et même d'être ému (ce qui s'est produit, il y a dix jours, malgré une mise en scène désastreuse...)
Ecrit par : Georges à CUI et Madeleine | 06 juin 2008
Vous oubliez un détails mon cher Georges, pour que les belles soeurs soient en admiration devant cette belle jeune femme il aurait fallu qu'elles adhèrent à cette conception du couple, que cette révelation ne leur tombe pas dessus...de même que ce beau libertin n'aurait pas du faire de promesse si tel n'était pas son souhait..
N'est pas puéril un résultat, mais mentir, feindre se contraindre à quelque chose rend puéril..(dans une relation de séduction lorsque je rencontre un homme je lui dis d'entrée que je suis mariée, que j'aime mon époux cependant je conçois que l'on puisse aimer plusieurs personnes de manière tout à fait différente. Soit il adhère soit il s'y refuse.. du moins je lui aurais laissé le choix..)
Le libre-arbitre Georges, un mode de vie n'est pas supérieur à un autre et ne rend pas un être plus inapte qu'un autre, l'important s'est de pouvoir s'épanouir dans le mode de vie choisi.. Je vous trouve quelques fois trop sévère.
!
Ecrit par : Athena | 06 juin 2008
... la question est toujours la même : la remise en cause libérale des fondements des civilisations est elle un progrès pour les sociétés ?
émerveillés comme des enfants par ce que la permissivité nous offre, nous oublions de nous demander pourquoi l'Humanité s'est donnée des règles pour sortir de la barbarie. Et par là même nous nous empêchons de savoir quelles sont parmi ces règles celles qui doivent être refusées. Nous rejetons tout en bloc, au risque de plonger (en souriant) dans une nouvelle forme de barbarie. Que Sophie Calle, artiste contemporaine ayant fait son beurre du Sadisme constitutif dans la veine duchampienne de l'art des 40 dernières années, se prenne en pleine figure un retour de manivelle, est sans doute l'une des ironies dont l'Histoire se montre friande.
Aux émerveillés du libre arbitre conjugal, je conseille la lecture (éprouvante) de "le destin de Mr Crump" et "Crime passionnel" de Ludwig Levishon - éditions Phoébus Libretto. Une authentique partie de plaisir...
Ecrit par : maurice | 07 juin 2008
En lisant certains commentaires critiques mais riches en idées et arguments, j'ai parfois l'impression d'être un affreux flagorneur.
Reste que cette note (non signée et donc traduisant la pensée de Georges ET Madeleine ?) m'a enthousiasmé.
Je ressens quelque chose de très semblable à ce que vous décrivez. Amateur de fiction, d'art, de romanesque, je continue de m'enthousiasmer pour ces histoires et ces oeuvres, mais je suis bien forcé de constater qu'ils constituent aussi de formidables outils de manipulation discrète et de formatage des esprits.
La fiction a ceci de remarquable que nous sommes sans doute les seules créatures sur Terre à inventer et raconter des histoires capables de générer en nous de puissants sentiments (basés purement sur l'imaginaire).
Mieux, la fiction est un moyen de nous préparer aux difficultés de la vie (l'art ancestral du conteur, qui existe depuis que les hommes savent parler).
Mais, comme n'importe quel outil, elle peut être mal employée et la cause de moult trompereis et souffrances.
Certes, ça n'est pas nouveau et ni vous ni moi ne venons de découvrir une vérité cachée. Mais lorsque l'on est sorti du schéma classique de "l'amour" exclusif et monogame, on s'aperçoit en effet à quel point celui-ci est partout et à quel point la fiction valide des comportements égoïstes, violents, irrespectueux et faibles sous le couvert de ces valeurs supposées "universelles". Certaines oeuvres que j'affectionnais beaucoup autrefois ont acquis un goût amer à présent que je vois à quel point elles jouent sur ces ressorts dramatiques dont les protagonistes ne sortent pas grandis.
C.T.
Ecrit par : Clown Triste | 07 juin 2008
Attention, Clown Triste, on va bientôt vous sous-traiter la rédaction des notes de NOLDA ! Vous êtes libre cet été ?
Ecrit par : Madeleine | 08 juin 2008
je suis bien d'accord avec presque vous tous et la remarque de C.T. à propos des fictions, "formidables outils de manipulation discrète et de formatage des esprits", est très juste. Mais je le trouve bien imprudent quand il dit que "la fiction est un moyen de nous préparer aux difficultés de la vie". Il faut pour cela qu'elle soit absolument contrôlée. Regardez par exemple comment nous voyons le 19ème siècle aujourd'hui ! Si je prends "Germinal" par exemple, ce roman repose sur un conflit de principe entre patrons et ouvriers. Ôtez ce principe, remplacez-le par une philosophie de la charité bien ordonnée et le roman s’écroule. Et la vérité apparait : une époque de grande croissance et de progrès technique et sanitaire exceptionnels, comme en Chine ou en Inde aujourd'hui ! Croyez moi, lorsqu’on a dépassé le stade primitif du corporatisme, quand on a tourné le dos au schéma de l’économie dirigée pour goûter aux joies du laisser-faire, les affres de l'employé trahi paraissent bien risibles, les pleurs de la salariée déçue bien puérils.
Ecrit par : marseille | 09 juin 2008
Je campe sur ma position. L'identification est-elle nécessaire pour éprouver du plaisir face à une œuvre artistique de manière générale (et de fiction en particulier, concernant la pièce de théâtre) ? Certes non ! (et vous en êtes d'accord)
Quand bien même, on peut s'identifier à un personnage sans pour autant partager ses valeurs.
Aussi, pour moi, l'angle d'approche de cette note me paraît artificiel. Il ne s'agit pas de savoir si la jouissance d'une œuvre requiert ou non l'approbation, le partage des valeurs qu'elle véhicule, mais plutôt, comme le soulève C.T., de relever que de nombreuses œuvres véhiculent plus ou moins clandestinement une vision normative (?) de la société.
Soit.
Ecrit par : Comme une image | 09 juin 2008
@ marseille: comme c'est puéril, effectivement de pleurer parce qu'on n'a pas de quoi acheter à manger, de se révolter parce que des enfants sont exploités pour moins d'un dollar par jour, parce qu'il y a de plus en plus de miséreux versus de plus en plus de milliardaires!!! Celui qui pète dans la soie et rote son champagne non seulement est heureux- ce que je trouve normal- mais rigole au spectacle des malheureux: là, je ne vous suis pas, même si je connais la phrase célèbre: "Il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux." Sans doute suis-je idéaliste, mais je rêve d'un monde où le bonheur des uns ne se fait pas aux dépends de celui des autres. Le progrès technique et sanitaire??? A quoi bon si des millions de gens n'y ont pas accès?
Ecrit par : françoise | 10 juin 2008
Je suis contente d'être passée ce matin, c'est très interessant.
Ah, si seulement Sophie Calle avait demandé à Madeleine de participer, nous aurions certainement eu une vision beaucoup plus "ouverte" de cette putain de lettre que je me suis tapée 200 fois. (Pas trop aimé l'expo, pas tant pour les moeurs que je partage au fond (enfin plus que vous, enfin un tout petit peu plus) mais pour la schématique des comportements : la femme sensible et hystérique, l'homme couard, presque indifférent. Marre.
Ecrit par : Lib | 10 juin 2008
Clown Triste, tu auras deviné que marseille ce n'est pas moi :) D'ailleurs mon cher j'ai suivi ton conseil, j'ai laissé traîner le livre de Françoise, j'attends que le mari "pite" à l'hameçon :) C'est pas gagné.
Ecrit par : A@T | 10 juin 2008
Je ne suis pas loin de penser, quitte à vous choquer, que ce mode de vie (pluriel, inclusif, etc.) est un mode de vie "supérieur", en ce qu'il comprend le premier. Le monogame romantique ignore les plaisirs de la polygamie, alors que le polygame (ou polyandre) peut à tout moment "regoûter" les délices des amours exclusives... Qui peut le plus peut le moins... Pour le reste je suis d'accord avec vous, chacun s'épanouit comme il veut ou peut...
Ecrit par : Georges à Athena | 11 juin 2008
Un billet bien inspiré qui interpelle tous comme les commentaires. Quelques réflexions...
D'accord avec CUI. L'appréciation (ou pas) d'une oeuvre n'est pas nécessairement déterminée ou induite par ses propres concepts (Je n'utilise pas le mot norme).
Il n'y a aucune intervention 'divine' dans le concept mono- ou polygame et leur acceptation dans l"ethos d'une culture, d'une société ou d'une religion données.
Les 'normes' résultent de facteurs situationnels à travers l'histoire que certaines religions ou philosophies ont récupérés. Les papes catholiques d'avant le XII° siécle avaient des enfants reconnus. L'inceste est évaluée à plus de 40% dans les milieux défavorisés d'avant la Grande Guerre. Les Romains et les Grecs pratiquaient tous la poly-hetero-homogamie: une épouse et un mignon. Se masturber sur la place publique était une façon acceptée dans la Grèce Antique pour dire au despote "je t'emmerde". L'histoire et l'étude des comportements sont là pour nous montrer que nos vérités, comportements et jugements ne sont pas nécessairement universels ni dans le temps et ni dans l'espace. L'ethos permet tout juste un certain (auto-) contrôle social à un endroit donné pendant une période donnée pour une certaine majorité.
Bref - je squatte là ! - comme l'écrit Athena, l'important est de pouvoir(*) s'épanouir dans le mode de vie choisi en ajoutant toutefois une nuance non sans importance "tant que cela ne blesse pas autrui".
(*) Une société proche de l'idéal serait selon moi celle qui accorde le choix sans préjugés ou sans juger. Tolérante en d'autres termes.
Ecrit par : Un mot passant | 12 juin 2008
Je relis votre commentaire pour la seconde fois, et me dis comme Madeleine qu'il mériterait de passer à l'état de note. Ce que vous dites du pouvoir FORMATEUR (au sens de "formater") des grands récits universels est inquiétant. Le premier d'entre eux (dans le registre non biblique), c'est l'adultère d'Hélène. Troie incendiée et détruite, les meilleurs des Grecs enrôlés dans cette triste et dérisoire affaire, des captives violées et humiliées, etc. ON voit le résultat, dès le début, de cette revanche voulue par le mari trompé: édifiant... Et après, cela ne fait que continuer... Ainsi comme vous, et je vous cite: "Certaines oeuvres que j'affectionnais beaucoup autrefois ont acquis un goût amer à présent que je vois à quel point elles jouent sur ces ressorts dramatiques dont les protagonistes ne sortent pas grandis." Ce goût amer, ne l'est peut-être pas autant pour moi que pour vous pour les oeuvres anciennes, et surtout pour les chefs-d'oeuvre (je pense notamment à Proust, et à son délire paranoïaque de jalousie, dans lequel je ne me retrouve pas, mais qui me touche quand même, vous avez entendu CUI...), mais il l'est, amer, pour les oeuvres de nos contemporains qui continuent d'exploiter cette vieille corde, perpétuant ainsi la mauvaise tradition (criminelle...) de la punition de l'adultère (l'Evangile de ce point de vue est un peu plus évolué que l'Iliade!). Ils ne sont pas nombreux, encore aujourd'hui, à vouloir inventer une nouvelle mythologie amoureuse, fondée sur le partage. Dommage, dommage, mais nous nous y employons!
Ecrit par : Georges à Clown triste | 13 juin 2008
La schématique des comportements dont vous parlez ("la femme sensible et hystérique, l'homme couard, presque indifférent") est à raccorder je pense à la vision/principe de l'Amour qui la sous-tend, vision à laquelle nous avons cessé adhérer, comme vous savez (sans que pour autant nous soyons incapables de nous "identifier", ouh, ouh, CUI...). Dans le meilleur des cas, elle nous attendrit, dans le pire elle nous irrite. la femme ouverte et sereine, l'homme courageux et généreux, cela nous pourrions le voir un jour venir si l'on renonçait à la propriété exclusive du corps et de l'âme de l'aimé... Cela dit, vous me donnez une idée, je vais reproduire cette lettre, et essayer de la réécrire en adoptant NOTRE perspective (amours plurielles)
Ecrit par : Georges à Lib | 13 juin 2008
Je n'ignore pas que les moeurs évoluent, etc. (j'ai lu mon Montaigne!) mais je me demande si l'on ne peut pas parler de régression ou de stagnation dans ce domaine (alors qu'ailleurs le progrès - technique, scientifique, etc. - est manifeste). Nous avons dépassé le stade le l'oeil pour l'oeil, dent pour dent, avec la justice, mais nous n'avons pas dépassé le stade de la jalousie primitive, en amour, et nous sommes au XXIe siècle!: pourquoi? Sans doute que cette conception arrange ceux qui nous gouvernent, et permettent un contrôle plus aisé de nos cerveaux, et peut-être aussi nous-mêmes, parce qu'il est plus simple d'aller tuer son voisin qui a touché votre femme, que de le comprendre, et de l'aimer... Comme dit Françoise, quelque part (mais où sur sur son blog je crois, aide-moir Françoise) si l'on découvrait que le bonheur était là, à portée de main, alors tout s'effondrerait...
Ecrit par : Georges à un mot en passant | 13 juin 2008
Presque tous mes billets de la rubrique EROS parlent du bonheur sexuel et amoureux dangereux pour une société basée sur la frustration, mais celui-ci plus particulièrement, titré "trop de sexe, c'est combien".
http://fsimpere.over-blog.com/article-4337016.html
Même géographiquement, la diversité des moeur et coutumes en amour devrait nous interroger sur la soi-disant universalité de sentiments comme la jalousie ou la possessivité.
Ecrit par : françoise | 13 juin 2008
