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16 juin 2008

La Princesse de Lomé (Rabibochage n° 10)

- Allo, Grazielle, je suis en bas... Je peux passer ?

- Bien sûr mon chéri, monte! Je t’attends…

- J’arrive.  

- Euh…. Attends une minute, Thaïs rentre à l’instant…

- Eh bien, tant pis, ce sera  pour une autre fois…

- Non ! Viens quand même !

(Grazielle est dans la cuisine en train de faire la vaisselle. Thaïs s’est enfermée dans sa chambre)

- Quoi de neuf ? Cela fait au moins trois semaines qu’on ne s’est pas vu ?

- Normal, j’étais à Lomé.

- Qu’est-ce que tu faisais à Lomé ?

- J’étais invitée par le président. 

- Rien que ça !

- Il m’a reçu comme une princesse. J’étais dans un palace avec du champagne à volonté. J’avais un chauffeur pour moi toute seule.

(Thaïs entre, nous nous saluons, elle retourne dans sa chambre)

- T’as vu les lolos qu’elle a ma fille ! Presque aussi gros que les miens !

- …

- Tu m’aimes toujours mon chéri ? (Elle agite sa grosse poitrine sous mes yeux)

- Mais bien sûr, Grazielle !

– Là-bas, sans blague, j’ai vécu comme une reine.

– Dis donc, ça doit pas être facile de se remettre à la vie normale après tout ça ! S’occuper des enfants, travailler, faire le ménage… A ce propos, je te vois astiquer ta gazinière depuis dix minutes, tu aurais largement les moyens de te payer une femme de ménage ? Une princesse ne frotte pas le carreau, que je sache ? Pourquoi tu fais le ménage toi-même

– Je ne sais pas… ça me détend !... Sans rire, le président, les ministres, tout le monde était en admiration devant moi. J’étais trop belle !...

– Je n’en doute pas, Grazielle

– Et puis, là-bas, j’ai fait de ces fiestas !...

– Tu as été sage au moins ?

– On a bien essayé de me refiler une petite enveloppe mais j’ai résisté...

– Une petite enveloppe ?

– Ben oui, c’est comme ça que ça marche là-bas. Quand tu veux une fille, tu déposes une petite enveloppe sur la table avec quelques milliers d’euros. Si tu la prends, tu passes à la casserole. Au fait, quand est-ce que tu m’achètes une bague ?

– Mais tu en as plein les doigts ! Où la mettrais-tu ?

– (désignant son index) Entre celle-ci et celle-là. 

– Mmm…

-  Par contre, je te le dis d’avance, pas d’argent ! De l’or, hein ?

– J’essayerai de m’en souvenir, Grazielle.

– Je n’ai jamais autant dansé de ma vie. Des nuits entières. Au point qu’un soir j’ai eu pitié du chauffeur. Je l’ai appelé (il attendait dans sa Mercedes tout seul) et je lui ai dit : « Mamadou, vous pouvez y aller, je me débrouillerai toute seule. » Tu sais ce qu’il m’a répondu Mamadou.

– Non ?

– « Mais Madame Grazielle, c’est impossible, si je rentre chez moi, je perds mon boulot ». Tu te rends comptes ! Tiens, je vais te faire écouter sur quoi je dansais à Lomé. (Elle met un CD, tourne le bouton du volume, et se met à danser un coupé-décalé dans la cuisine. Prise par la musique, elle n’entend pas Thaïs qui a surgi dans l’entrée.)

– Maman ! Tu peux baisser, s’il te plaît !

(Grazielle continue de danser, de bouger ses fesses au rythme du tam-tam)

– Maman ! Tu peux baisser le volume s’il te plaît, j’arrive pas à travailler. MAMAN !

(Finalement, voyant que sa mère ne réagit pas, Thaïs va baisser la musique elle-même puis repart sans un mot dans sa chambre. Grazielle reste plusieurs secondes, pliée en deux, en équilibre sur un pied, tourne la tête vers moi, l'oeil fiévreux)

– Tu es toujours aussi fou de moi ?

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Toujours autant de qualité sur ce blog...

Ecrit par : M&A | 17 juin 2008

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