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20 juin 2008
Le retour d'Eternity!
Elle est retrouvée! Quoi? L'éternité...
C’était, il y a longtemps, bien longtemps. Le blog en était encore à ses balbutiements. Ce qui m’occupait alors, c’était une jeune personne, nommée Eternity, que j’avais rencontrée dans un train. Il y avait eu coup de foudre. Très vite, trop vite sans doute, je lui avais parlé de moi, de Madeleine, de nous, de notre conception du couple. Elle y avait adhéré avec enthousiasme. Paru y adhérer. Mon idée fixe, ma monomanie du moment, était d’offrir cette femme à Madeleine. C’est ce que j’avais appelé alors un peu maladroitement le « cadeau de Madeleine ». Puis les choses avaient mal tourné. Soudain, alors qu’Eternity avait eu l’air d’accepter l’idée de nous rencontrer, elle s’était murée dans le silence, ou plutôt dans le sommeil... Elle ne répondait plus, faisait la morte. J’avais décidé alors de lui envoyer un ultimatum, auquel elle n’avait pas daigné répondre. Cette histoire m’avait atteint. Parfois quand il m’arrivait de tomber par hasard sur la photo qu’elle m’avait donnée d’elle allongée au bord de l’eau, j’avais des battements de cœur, des retours de nostalgie… Son image me poursuivait malgré moi, et avec elle, le rappel douloureux de mon échec. Pourquoi diable n’avais-je pas réussi à la séduire, à la convertir... Quelle erreur avais-je commise ? J’étais resté sur ce constat d’échec d’une occasion inespérée d’amour à trois, gâchée par ma faute… Du coup je n’avais pas hésité à ranger Eternity dans la liste de mes fiascos. Cependant, j’avais fait mon deuil d’elle, deuil facilité par le fait qu’elle vivait à New-York, et que je n’avais donc plus aucune chance de la rencontrer. Mais le hasard, hier soir, en a décidé autrement. A la terrasse d’un café banal de Poissy, une femme est là assise, la tête haute, impassible. C’est Eternity ! Je m’assois. Elle me sourit. Je suis ému. Son visage a changé. Sans même que je lui demande : elle m’explique tout. Elle a rompu parce qu’elle ne voulait pas « briser le bonheur » que je lui avait dépeint comme « idéal » avec Madeleine. Je suis soulagé de l’entendre formuler ce que je soupçonnais depuis longtemps, mais en même temps, cette histoire me semble si lointaine, que son explication me laisse vaguement indifférent… Il y a eu, depuis, tant de chemin parcouru ! Je ne trouve à lui dire que cette phrase : « Tu n’as pas été seulement une femme marquante pour moi, tu as été une femme décisive. Après toi, plus rien n’a été pareil. » C’est à son tour de me demander des explications. Mais je suis pressé, et la laisse avec ce mystère.
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Commentaires
Pourquoi blancs ?
Lorsque j'ai poussé la porte, elles étaient quatre, éparpillées sur le sol de la cour, dans l'ombre de l'arbre. Hier, il n'y en avait qu'une. J'ai ramassé la plus ronde, et j'ai quitté la ville en l'emportant dans mes bagages. C'est le seul point de réel que je ramène avec moi – tangible, tangerine –, en souvenir d'une autre, presque violacée, photographiée deux ans auparavant dans un même jardin mais d'une autre ville et reprojetée depuis sur un drap, en hommage au figuier d'un jardin secret dont les racines affleurent dans la maison. Tu sais, l'arbre dans lequel Ulysse a taillé le lit de Pénélope, ils sont les seuls à en savoir le secret. À chaque fois que j'ouvre en deux une figue, je pense à toi et à la façade blanche de la maison. Rien de plus foudroyant, le ventre noué comme un vieux tronc, que de sortir cueillir à l'arbre le citron jaune, glisser les mains dans le feuillage. Ou lever la tête vers la frondaison constellée d’oranges. On ne les voit pas tomber, elles roulent ; leur peau brille comme un trésor. Une pépite, des pépins. Elle laisse couler lorsqu'on l'écorce entre les doigts son jus. Fontaine au creux de tes mains. Graine du réel.
Pourquoi les draps sont blancs ?
Tu m’as rattrapé dans le creux de l’oreille, là, tout au fond du labyrinthe où baignent les lymphes sensitives. Tu me cueilles, je t’écoute. Vibrations des cils dans le vestibule. La vieille Volvo arque dans les courbes de l’autoroute. Ne t’occupe pas de ça. Tu parles sans relâche. Vulve de ta voix. Ne te tais pas. Oui, je vais à l’aéroport. Morsure de tes lèvres. Et la plus belle phrase du monde qui flûte de sous ton palais : quand je t’ai vu j’ai pensé il est encore vivant et moi aussi.
Je voudrais te faire sentir le drap se gonfler en son milieu lorsqu’on le rabat à deux mains, l’air remonte à l’intérieur et le tissu emprisonne une poche qui s’affaisse en douceur comme le ballon dans les champs se pose sur la peau où il court en un frais ondoiement, et dans ce soupir les corps s’enlacent, os du pubis et saillie du bassin, callés l’un à l’autre je suis ton écume, queue chatte fond fondue.
Oui, mais pourquoi blancs ?
Blancs, les murs qui renvoient la lumière. Blanches, les façades caressées par les ombres des arbres. Nous nous enroulons nus dans le paysage que nos corps embrassés projettent.
O.
Ecrit par : Orson | 28 juin 2008