04 août 2008

Regarder, ou faire l'amour

   J’ai, depuis toujours, autant de plaisir à faire l’amour qu’à le regarder. Aussi ne fais-je pas partie de ces gens qui considèrent que « mater » des images pornos est un pauvre succédané de l’acte sexuel. Bien que je ne rencontre plus guère d’obstacles à l’effectuation des mes envies (voire à la réalisation de mes fantasmes) je continue, à l’instar de l’ado frustré de jadis, à regarder régulièrement des photos de cul, et à y goûter une volupté très vive. Cette volupté est telle quelquefois qu’elle laisse des traces profondes (là encore on a tort de s’imaginer que les spasmes de plaisir provoqués par des images ne laissent pas d’empreintes, qu’ils s’effacent de notre mémoire aussitôt qu’ils se sont dissipés), plus profondes que certaines de mes nuits d’amours réelles. Ce n’est pas le sujet de ce billet (j’y reviendrai peut-être), mais j’ai le souvenir, par exemple, d’une scène de film pornographique que j’ai visionnée tant de fois qu’il me semble connaître l’actrice qui en est l’héroïne mieux que certaines maîtresses, oubliées aussi vite que baisées. Je me suis souvent demandé pourquoi ce goût des images continuait de me tenir, et même de me tenailler, alors que je n’étais plus censé en avoir besoin; pourquoi aussi, et cela est encore plus mystérieux, l’acte charnel en couple me laissait souvent le sentiment de l’inaccompli. A ces deux interrogations je n’ai trouvé la réponse que ces trois dernières années, lorsque j’ai expérimenté pour la plusieurs fois l’amour à trois. Oui, c’est avec le trio que j’ai connu ce que l’on pourrait appeler la jouissance complète, à savoir une jouissance qui conjugue à la fois le plaisir érotique du regard, et la volupté sexuelle du contact. Que se passe-t-il en effet quand je vois un film (ou un spectacle) – je laisse de côté le cas du voyeurisme – ? Ma rétine se régale des corps qu’elle voit : le cerveau s’ébranle (jouissance de tête). Que se passe-t-il par ailleurs quand je fais l’amour ? Mon épiderme vibre au contact de l’autre : mon corps s’ébranle (jouissance d’organe). Cependant, qu’est-ce qui fait défaut dans l’une et l’autre situation ? Dans la première, il me manque la présence effective, matérialisée, de la chair. Je me termine, mais reste seul… Dans le second, il me manque le recul pour me repaître de la scène que je suis en train de vivre : je ne nous vois pas jouir.

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L’acte charnel est doublement fusionnel, il l’est bien sûr au plan sentimental (on ne le sait que trop), mais il l’est aussi au point de vue focal : je me dissous dans l’autre, je me fonds en lui, je ne parviens pas à le voir, je fais mon possible pour le mettre à distance par le choix de mes positions, mais rien n’y fait, je ne saisis de mon partenaire que des éclats parcellaires, des membres épars, j’échoue à obtenir une vue d’ensemble… Avec le trio, comme j’ai eu l’occasion encore récemment de m’en apercevoir, le problème se trouve résolu du fait qu’il y a dissociation du regard et de l’acte par l’intervention d’une tierce personne faisant fait corps avec les deux autres. Je serais intarissable sur le sujet. Je me contenterai seulement, pour finir, de décrire l’une des ces positions idéales (en l’occurrence ici triangulaire) – satisfaisant à la fois l’œil et l’épiderme, sans contrarier ni l’un ni l’autre – qu’autorise l’amour à trois. E*** est allongée sur le dos. Madeleine et moi formons au-dessus d’elle les deux côtés d’un triangle dont E*** est la base. Madeleine s’offre à moi sexuellement et visuellement. Pendant que je la regarde, ou l’embrasse, je prends E*** dont la langue fouille le sexe de Madeleine. Accomplissement. Extase. Je regarde et fais l’amour simultanément.

Commentaires

Il y a d'autres solutions:
- Traditionnel: un grand miroir suspendu au plafond au dessus du lit, ce qui non seulement vous donnerait l'opportunite de voir votre partenaire pendant que vous la baisez, mais aussi l'impression d'etre dans un lupanar ce qui n'est pas denue d'erotisme.
- High Tech: une camera judicieusement placee et connectee a un ecran pour un "visionnage direct live" dans toutes les positions, et pas seulement la chevauchee fantastique.

Ecrit par : Vagant | 05 août 2008

Moi je suis une ado et ce que je préfère, c'est de lire les lectures érotiques. J'adore ça et c'est pas possible. Lire le sexe m'excite dix fois plus que le regarder c'est dingue. Et ça c'est pour un simple et bonne raison : Quand on lit, on a l'impression d'y être.

Ecrit par : Natacha | 06 août 2008

Bonjour cher fidèle visiteur.

Une fois n'est pas coutume mais je ne commente pas votre article. Je veux juste vous alerter sur le fait que si vous avez manqué la lecture d'un de nos derniers articles "Est-ce écrit dans les livres ?" vous pouvez le trouver chez un de nos plagiaires à l'adresse suivante http://www.orangeblog.fr/web/jsp/blog.jsp?articleID=16830678&blogID=60862&pos=0&cpi=2%20bonne%20journée

Il y a des gens qui manque vraiment de savoir-vivre!

Vous allez trouver aussi des articles glanés sur d'autres blogs. Peut être le vôtre!

Amitiés.

Ecrit par : M&A | 07 août 2008

Je dois être très ado, j'aime lire des textes érotiques autant que les écrire, avec une différence: quand je les lis, ça me donne envie de faire l'amour "en vrai", quand je les écris, toute ma libido passe dans l'écriture et je mène alors une vie quasi monacale, c'est même pour cela que j'alterne textes érotiques et textes non éro: pour vivre! Et l'ouïe, cher Georges? Je trouve terriblement excitant, plus que de les voir, d'entendre des gens faire l'amour, c'est un des grands plaisirs des hôtels mal insonorisés :)

Ecrit par : françoise | 08 août 2008

Merci
Un ami fidèle nous avait alerté qu'un vil plagiaire
Puisait des articles sur notre blog sans manières
Dans cette aventure, vous avez fait montre de solidarité
Vous nous avez aidé avec toute votre noble amitié

A ce jour, son blog de nos écrits s'est bien dégonflé
Dirions-nous que ce blogueur s'est vraiment dégonflé
De montrer de son petit blog sa seule vanité
Et de sa personnalité sa profonde vacuité?

L'avenir nous le dira si nous restons vigilants
Quand dans la blogosphère nous surfons
Pour dire et lire nos personnelles sensations

Recevez par ce petit mot nos remerciements
Sans vous nous n'aurions pu rien faire
Maintenant, revenons à nos affaires!

Ecrit par : M&A | 08 août 2008

Comme Natacha, je dois avouer que la lecture de textes érotiques a toujours été pour moi d'une puissance souvent supérieure à l'acte en lui-même. Mais j'ai récemment découvert les vidéos à caractère sexuel... Pour mon plus grand plaisir! En effet, non seulement je peux utiliser mes deux mains, mais en plus je profite pleinement de la situation des couples (trios.....). Même si la place de l'imagination y est peut-être moins importante, c'est une jouissance tout à fait différente et ne faisant pas moins appel à l'imagination, selon moi.

Seul problème des films ou vidéos, l'ordinateur n'est pas dans la chambre, mais dans le salon, du coup léger manque d'intimité, problème de la position allongée tellement meilleure quand on est seule...

Mais le pire est que parfois, ma sexualité imaginaire prend la place de ma sexualité réelle, parfois pendant des semaines entières, ce qui fait que mon compagnon se sent parfois un peu délaissé...

PS: désolée d'apprendre cette histoire d'affreux plagiaire =/

Ecrit par : Absent_Minded | 09 août 2008

Naturellement, dans cette note je passe sous silence d'autres formes de mise à distance érotique, comme celle de la perception par l'ouïe (vous avez mille fois raison, Françoise, il faudra dire un mot à ce sujet), de la réflexion de soi en direct (miroir et caméra), je suis d'accord Vagant! Ce qui m'intéressait néanmoins c'est de marquer l'idée de la distance minimale dans l'acte, par la seule présence d'un tiers... Quant aux lectures, stimulatrices du désir, nous en sommes les promoteurs acharnés depuis longtemps, il n'est que de relire cette note pour s'en convaincre: http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/09/14/lecture-erotique.html

Ecrit par : Georges à TOUS | 09 août 2008

Notons que le trio (ou plus si affinités) apporte non seulement le plaisir voyeur relaté ici, mais également un plaisir exhibitionniste bien plus charnel que celui offert par une simple (web-)caméra.
Pour apporter ma pierre à la discussion esquissée par certains aspects de cette note et quelques commentaires, de mon côté, adolescent, j'étais à la fois attiré par certaines lectures (qui offrent à l'imagination une place de roi) et également quelques images pornographiques trouvées en fouillant dans la bibliothèque de mes parents ou de ceux de mes voisins apparemment portés sur la chose ! Je me souviens très clairement que ma préférence allait aux images mettant en situation un couple plutôt qu'à celles montrant une femme en position plus ou moins obscène. Faut-il faire le lien entre ce goût « initial » et ma préférence pour les trios HFH (me permettant donc de voir un couple HF et non pas FF – aspect discrètement passé sous silence par Georges, parce que rendant sa démonstration bancale¹ ;-) ?
_____
[1] Je rigole sournoisement de ma petite provocation qui à laquelle Georges (ou Madeleine qui aime parfois jouer les Samaritaines) ne manquera de répondre...

Ecrit par : Comme une image | 12 août 2008

J'ai un oeil souriant sur la langue et un regard sur ce qui est décrit.

Vous me permettrez de témoigner ici et rajouter que dans mon gout existe le plaisir de prendre d’un côté et de l’autre déguster alors que les belles s’enivrent d'un baiser.

Malheureusement, bien que fort excité, je ne l’ai pas encore réalisé.

Ecrit par : samic | 13 août 2008

Pour ce qui est des images érotiques, elles m'inspirent du désir, bien entendu, mais je ne trouve aucun plaisir à les utiliser comme supports du plaisir solitaire : je préfère les images et sensations qui (res)surgissent d'elles-mêmes. Les récits m'attirent bien plus, et plus encore s'ils comportent des béances. C'est l'incomplétude qui met en mouvement et donne vie à une histoire. Je me délecte en ce moment du journal "Jeune mariée" de Catherine Robbe-Grillet - ce n'est pas par hasard qu'elle avait pour compagnon le « pape du nouveau roman »...

Je rêve de pouvoir vivre des trios FFH comme vous. Pour moi ça n'a jamais bien fonctionné, mais rien n'est définitif ! Par contre, les trios HHF, c'est chaque fois de la grande cuisine amoureuse.

Ecrit par : Julien Lem | 30 août 2008

Pour ce qui est des images érotiques, elles m'inspirent du désir, bien entendu, mais je ne trouve aucun plaisir à les utiliser comme supports du plaisir solitaire : je préfère les images et sensations qui (res)surgissent d'elles-mêmes. Les récits m'attirent bien plus, et plus encore s'ils comportent des béances. C'est l'incomplétude qui met en mouvement et donne vie à une histoire. Je me délecte en ce moment du journal "Jeune mariée" de Catherine Robbe-Grillet - ce n'est pas par hasard qu'elle avait pour compagnon le « pape du nouveau roman »...

Je rêve de pouvoir vivre des trios FFH comme vous. Pour moi ça n'a jamais bien fonctionné, mais rien n'est définitif ! Par contre, les trios HHF, c'est chaque fois de la grande cuisine amoureuse.

Ecrit par : Julien Lem | 30 août 2008

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