14 août 2008

Fragments de Madhiva (2)

 

  Madhiva ne consentit à me céder sa main qu’au bout de sept semaines. A ce rythme, avais-je calculé non sans éprouver un immense sentiment de découragement, il me faudrait patienter six mois avant de l’embrasser sur les lèvres, deux ans avant de lui caresser les seins, et une bonne dizaine d’années avant de lui faire l’amour. Aussi avais-je renoncé depuis longtemps à m’aventurer plus avant (bien que l’envie ne m’en manquât point), et à me satisfaire de ce plaisir minuscule, quoique magique, d’imbriquer mes cinq phalanges dans les siennes. Jusqu’au jour où, brutalement, et sans que j’en comprisse la raison, tout s’accéléra. Madhiva m’invitait à la rejoindre sur la Croisette. Une première surprise m’y attendait. Madhiva la Timide, Madhiva la Pudique, Madhiva la Musulmane, qui poussait l’aversion de la concupiscence jusqu’à m’interdire de la prendre en photo habillée, Madhiva arborait un adorable petit deux pièces bleu azur !

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Mes yeux se jetèrent comme deux fauves en liberté sur son dos, dévorèrent ses reins et ses cuisses, déchirèrent ses fesses et sa poitrine. J’étais ivre ! Pourtant, quelques heures plus tard, se produisit un nouvel événement qui ne laissa pas de me plonger dans une complète stupeur. Madhiva m’avait donné rendez-vous à « L’Ecrin », un bar branché de Cannes. Je l’y attendais depuis une demie heure, quand je la vis soudain apparaître et se faufiler entre les tables. Ma belle Mauritanienne avait engainé son corps d’ébène dans un fourreau de satin rouge. Son arrivée fit sensation et ralluma l’œil blasé des clubbers. Elle s’assit à côté de moi, et, sans me dire un seul mot, passa sa jambe gauche sur la mienne.  Elle, si réservée d’ordinaire, quel démon soudain la secouait ? Grisé moi-même par l’ardeur de son geste, je m’entendis lui dire à l’oreille cette phrase affolante, presque sacrilège : « Je voudrais coucher avec toi ce soir. » « Pas ce soir... », répondit-elle. Puis elle ajouta avec une fermeté qui me fit une vive impression : « … pas ce soir, demain soir ». Je me tus, allumai une cigarette, et m’absorbai dans sa consomption. Ainsi donc, j’avais eu raison d’attendre ; raison de passer toutes ces heures avec elle au théâtre, au cinéma, dans les jardins, dans les restaurants, dans les rues, partout, sans rien n’exiger d’autre que sa main … Ma patience avait eu raison de sa pudeur. Maintenant, me disais-je, elle allait céder comme une digue. Un nuage seul assombrissait mon bonheur, c’était que cette nuit d’amour fût différée de 24 heures… Pourquoi ce décalage d’un jour ? Je brûlais de lui en demander la raison, mais m’abstins de peur qu’elle ne changeât d’avis. Je supposai qu’elle devait consulter le clan familial, qu’il lui fallait préparer ses soeurs (qui veillaient sur elle comme un bijou royal) à cet événement extraordinaire… A la fin de la soirée, je dis à Madhiva que je l’attendrais dans la chambre 103 à 21 heures précise. Elle me fit répéter le numéro de la chambre, puis disparut dans la nuit.

(à suivre)

Commentaires

Bah ! Il a disparu où, mon commentaire précédent ?

Ecrit par : Emeline | 16 août 2008

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