18 août 2008
Fragments de Madhiva (3)
Les heures qui précédèrent la nuit promise furent aussi savoureuses qu’éprouvantes. Malgré le temps magnifique, je ne mis pas le nez dehors. Je voulais me concentrer sur ce qui allait venir. Je passai l’après-midi à ranger la chambre, à déplacer les oreillers, à arranger les rideaux, puis, à m’arranger moi-même, tout cela avec une lenteur extrême, quasi cérémonieuse. Ce qui me réjouissait dans cette attente trompée, c’était que le temps fût de mon côté : plus les heures passaient et plus les chances augmentaient de mon triomphe, moins il devenait probable qu’elle annulât notre rendez-vous. Maintenant, me disais-je en regardant ma montre qui indiquait sept heures du soir, il faudrait une catastrophe nucléaire, un tsunami, ou un tremblement de terre, pour contrarier sa venue. RIEN, écrivais-je dans mon cerveau en lettres capitales, RIEN NE POURRA PLUS FAIRE QU’ELLE NE VIENNE. Cependant, en attendant qu’elle frappe à la porte de ma chambre, il me restait une bonne heure à tuer. J’allumai la télévision. Rien ne vaut la télé, dit-on, pour passer le temps. Pour éviter de polluer l’atmosphère des lieux, je pris soin de couper le son. Les images défilaient donc, innocentes, irréelles et lointaines, hors d’atteinte de mon bonheur à venir. Le visage sublime de Madhiva recouvrait si bien les tronches d’animateurs hilares qu’ils me devenaient presque sympathiques.
Mais quelque chose soudain, sur l’écran, me tira de mon rêve. La scène se passait en Afrique : on voyait le désert, de grandes maisons délabrées, et des soldats armés. Il y avait des tourbillons de fumée noire, et puis de grands cris qui sortaient de la foule. J’appuyai sur le bouton de la télécommande pour rétablir le son : un journaliste commentait d’une voix professionnelle : « La Mauritanie, après un an seulement de démocratie, renoue avec les coups d’Etat. La capitale Nouakchott est en crise. Le président a été arrêté par la junte…. » Je fis un bond sur le lit : « Merde ! »
(à suivre)
09:35 Publié dans 1. JOURNAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Ecrire un commentaire