03 septembre 2008

Le philosophe (légende de Bilqis n°10)

   Il a dit qu’Il voulait absolument la voir aujourd’hui. D’abord elle a refusé, mais il a tellement insisté que finalement elle a fini par accepter : « D’accord, mais quinze minutes pas plus. Georges m’attend à Niki Beach. » En chemin, elle a demandé à Samuel, l’intermédiaire, qui était ce type qui tenait tellement à la rencontrer : « Un philosophe…, un philosophe connu », a-t-il répondu avec gourmandise. Elle s’est tue, et m’a envoyé un SMS pour me dire qu’elle aurait un peu de retard, car elle devait « serrer la main d’un philosophe. » Ils sont descendus de la berline, l’homme les attendait dans le jardin de sa propriété de Sainte-Maxime. - « Nous n’auriez pas préféré qu’on se voit sur mon yacht ? » lui a-t-il crié de loin tandis qu’il se dirigeait vers elle à grandes enjambées, les bras tendus. - « Non. J’ai horreur des bateaux ». - « Dommage, c’est vraiment dommage que vous n’appréciiez pas le yachting… Nous aurions pu passer ensemble des journées si agréables… Permettez-moi de vous présenter ma femme… » Elle se tenait derrière lui, les bras croisés, en maillot de bain, un sourire figé sur le visage. Elle a fait un petit signe de tête, et a pris son enfant dans les bras. Le philosophe ne détachait pas son regard des épaules nues de Bilqis. Elle, commençait déjà à marquer des signes d’impatience. Elle se reprochait sa faiblesse. Cette rencontre, qu’elle avait eu le tort d’accepter, était tout simplement déplacée. - « Voyez-vous, Mademoiselle, je me demandais en vous observant comment il était possible, je veux dire physiquement possible, qu’une poitrine telle que la vôtre… je veux dire une poitrine aussi belle que la vôtre, puisse tenir comme ça… sans… sans… - Sans soutien-gorge ? – Oui, c’est ça, c’est ça, sans soutien-gorge, a-t-il appuyé comme si elle venait de trouver un mot difficile. Et puis il y a cette peau… cette peau incroyable… Vous permettez que je pose ma main sur votre bras ?… cette peau est proprement stupéfiante, stupéfiante… de douceur… Vous êtes vraiment certaine de ne pas vouloir nous accompagner demain… Nous faisons une petite excursion en bateau…. Nous allons rejoindre quelques amis à Cap Nègre… ce serait divin, si nous pouvions vous avoir avec nous… - Mais oui, c’est une idée excellente ! a sursauté Samuel qui voyait là une occasion inespérée de se faire des relations importantes, ce serait sympa de faire un petit tour là-bas. Allons, Bilqis, un effort! il n’y a pas que Niki Beach au monde, et puis ton copain, là, il peut bien attendre un peu… » - Georges n’est pas mon copain, a-t-elle tranché sèchement, puis elle a ajouté, après quelques secondes : « Ensuite, je vous l’ai dit, il n’est pas question que je mette un pied sur un bateau. Samuel, je crois qu’il est grand temps maintenant de prendre congé de Monsieur, et de rejoindre Georges… - «  Mais, a éclaté le philosophe que l’obstination de cette femme irritait, qui est donc ce garçon que vous tenez tellement à voir à la plage ? Bilqis n’a pas répondu, elle était contrariée, ulcérée même par le tour que prenait la conversation. Le Philosophe a insisté, alors elle lui a sorti, d’un trait, cette phrase : « C’est quelqu’un qui écrit un livre sur moi » - « Un livre sur vous ??? », s’est exclamé l’homme, éberlué. « Et comment s’appelle-t-il ce "quelqu'un" ? » Cette fois, Bilqis a carrément détourné la tête. Passe encore qu’on lui caresse le bras, mais qu’on lui fasse subir un interrogatoire, non ! Le visage du philosophe est devenu sombre. Sa femme s'est rapprochée. Elle avait depuis un moment les yeux fixés sur les sandales de Bilqis, et soudain elle a crié : « Mais vous avez des sandales incroyables ! Est-ce que tu as vu ses sandales, mon chéri, est-ce que tu as vu ses sandales ! J’aimerais tellement avoir les mêmes » « Oui, oui » a-t-il répondu un peu agacé. Puis il a déclaré sur un ton presque solennel : « Mais alors, Mademoiselle, si j’ai bien compris, pour vous avoir, il faut donc écrire un livre sur vous, c’est cela n’est-ce pas ? Alors écoutez-moi, ça tombe bien parce que moi aussi je suis écrivain. S’il ne s’agit que de cela, je vais écrire à mon tour un livre sur vous ! Ainsi, j’aurai peut-être le privilège de passer l’après-midi avec vous, voire plus…. » Cette fois, Bilqis a éclaté de rire : « Ah ! Ah ! Mais c’est impossible ! » - « Et pourquoi ? », a demandé l’homme piqué – Mais parce que Georges me suit depuis un an. Son travail est trop avancé, jamais vous ne pourrez rattraper votre retard. » - Je relève le défi, a-t-il lancé en riant. On sentait maintenant qu’il cherchait à ne pas perdre la face. Bilqis a esquissé un sourire à mi chemin entre la compassion et le dédain, puis elle a pris Samuel par le bras pour lui indiquer qu’elle voulait partir.- Mais, lui ai-je demandé, tandis qu’elle me racontait cette histoire en la ponctuant de grands éclats de rire, est-ce que tu te souviens au moins du nom de ce philosophe ?

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- Non, j’ai oublié. Je me souviens seulement que Samuel m’a dit qu’il avait un nom de bateau.

- Je vois…

Commentaires

Et à propos des chaussures de la dame: ne dit-on pas que le Ferry... bottes?

Ecrit par : françoise | 04 septembre 2008

Quelle perspicacité, Françoise! (Luc et l'anagramme de quoi déjà?...)

Ecrit par : Georges | 05 septembre 2008

Nous vous remercions de intiresnuyu iformatsiyu

Ecrit par : Nina_Tool | 21 septembre 2009

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