15 septembre 2008

Cordes sensibles

   Jusqu’à présent, la corde et moi, cela faisait deux. Le bondage, c’était pour eux, pas pour moi. Eux, c’est-à-dire les gens qui ont ce fantasme. Comme tout le monde (ou presque), j’avais vu, dans des revues spécialisées, ou des films (l’admirable Fleur secrète), des femmes japonaises ficelées comme des saucissons, et comme tout le monde, cela m’avait paru bizarre – prononcer à l’américaine avec une petite grimace de dégoût et un sourire gêné – un truc de japonais quoi… Et puis, et puis…j’ai commencé à m’y intéresser. Aujourd’hui que je ne peux plus entrer dans une mercerie sans acheter un lot de cordelettes (véridique !), je m’étonne du chemin parcouru, et me fais cette réflexion qu’en matière de goûts, il ne faut jurer de rien...

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De même que je n’aurais jamais imaginé avoir un jour plusieurs maîtresses ou faire l’amour à plusieurs, de même je n’aurais jamais cru que je prendrais un jour du plaisir à saisir le poignet d’une personne et à l’enserrer de plusieurs tours d’une corde de chanvre. Lorsque je considère aujourd’hui cette « passion » nouvelle, je me rends compte que la corde ne m’a pas attrapé sans prévenir : il y a eu des antécédents...

   Ainsi, il y a une quinzaine d’années environ, j’ai croisé une femme sur le quai d’une gare. Echange de numéros, puis, le lendemain, rendez-vous nocturne dans un hôtel de périphérie. Au cours de la soirée, après lui avoir fait l’amour, elle a sorti un foulard de son sac, et elle m’a dit : « Attache-moi ! ». Stupéfaction d’abord, puis devant sa détermination affichée : soumission. J’ai fait, tant que bien mal, un nœud autour de ses poignets, et j’ai relié le tout aux barreaux du lit. Jusqu’alors j’avais toujours trouvé ces choses-là ridicules, mais ce soir-là, j’étais sérieux. Cette femme d’à peine 23 ans avait décidé de s’en remettre totalement à un inconnu, et maintenant elle me disait, sûre d’elle : « Tu peux faire de moi ce que tu veux. ». Je l’avoue, ma jouissance en avait été décuplée…

   On peut vivre des choses inoubliables sans en tirer forcément les conséquences : à la suite de cette fameuse nuit, je n’ai pas cherché à refaire ce que j’avais fait avec cette jeune femme. La corde avait, en quelque sorte, disparu de mon esprit. Jusqu’au jour où elle est réapparue. Le destin nous remet toujours sur le chemin de nous-même. Un matin que je me trouvais sur une plage, je ramassai spontanément, comme le personnage de La Ficelle de Maupassant, un bout de corde en nylon vert pomme, que je mis, je ne sais trop pourquoi, dans ma poche. Quelques semaines plus tard, cet objet trouvé devait resservir, contre toute attente, à une Cause érotique. Cela se passait dans le cadre d’un défi que je m’étais lancé, et que je raconterai peut-être un jour quand il y aura prescription… Il me suffit de dire aujourd'hui le rôle qu’y joua la petite corde verte. Un soir de décembre, Madeleine et moi étions à la maison en compagnie d’un couple. Nous touchions à cette minute sublime où tout va basculer : j’avais déposé un baiser dans le cou de la jeune femme, cependant que son compagnon avait glissé sa main entre les jupes de Madeleine. Nous en étions là quand cette dernière manifesta le désir qu’on l’attache (ce jour-là je compris qu’elle était plus avancée que moi sur la question…). On éclata de rire, mais soudain je me souvins que j’avais ce petit bout de corde au fond d’une poche : j’allai le chercher dans la chambre et revint en brandissant l’accessoire. L’homme s’en empara, fit asseoir Madeleine sur une chaise, et lui attacha les mains derrière le dos.

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Les choses auraient pu en rester là, mais là où je me surpris moi-même, c’est que, après que Madeleine eut entraîné son compagnon dans la chambre, je ramassai la cordelette tombée à terre et en usai moi-même pour attacher les pieds de la jeune femme. Aujourd’hui encore je me souviens très bien du contraste de la corde verte avec sa peau blanche, et du plaisir que me procura cette vision … Mais derechef, cette expérience ne fut suivie, au moins dans l’immédiat, d’aucune autre expérience analogue, et chose plus curieuse encore, n’engendra aucun débat sur le sujet avec Madeleine. Tout retomba. 

(A suivre)

 

Commentaires

" Nous touchions à cette minute sublime où tout va basculer " - mes instants préférés. Une excitation différente, la plus forte peut être, moins sexuelle qu'elle ne peut l'être dans des moments plus 'explicites'. Mais Georges exprime cela bien mieux que moi. ;-)


Cela me rappelle un roman de Djian: "Vers chez les blancs" où un des fils conducteurs (sans jeu de mot) est la passion du héros pour le Shibari.

Ecrit par : David & Vaness | 16 septembre 2008

On ne saisit pas bien à quel moment ce nouvel engouement vous a saisi, Georges. Il y a eu ces primes expériences, certes, mais quand est-ce devenu plus récurent ?

De mon côté, le plaisir d'attacher l'autre m'a pris assez tôt (menottes, cordes) et je suis fasciné par les virtuoses du shibari là où je ne fais que quelques nœuds maladroits. Toutefois, si je partage avec les "vrais" (appelons ça comme ça) adeptes le plaisir esthétique de ce mélange de corps et de cordes, je ne considère pas le bondage comme une fin en soi (pour dire les choses plus crument : j'aime profiter sexuellement de la femme que j'ai ligotée).

Ecrit par : Comme une image | 18 septembre 2008

Ultime métaphore du monde libre, l'attachement délibéré ?

Ecrit par : E-Lover | 18 septembre 2008

Alors, cette suite ?! (Ouh ouh, y a quelqu'un ???)

Ecrit par : Comme une image | 06 octobre 2008

Georges, Madeleine, avez-vous survécu aux fêtes ? L'inquiétude nous étreint ...

Ecrit par : Jules B. | 12 janvier 2009

besoin de verifier:)

Ecrit par : Nina_Tool | 21 septembre 2009

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