<?xml version="1.0" encoding="utf-8"?> <?xml-stylesheet type="text/xsl" href="/rss20.xsl" media="screen"?> <rss xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" version="2.0"> <channel> <title>Nos Liaisons dangereuses - nos_livres</title> <description>Journal et réflexions d'un couple libertin</description> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/nos_livres/</link> <lastBuildDate>Mon,  8 Sep 2008 17:59:17 +0200</lastBuildDate> <generator>blogSpirit.com</generator> <copyright>All Rights Reserved</copyright>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/05/10/blason-moderne.html</guid> <title>Blasons électroniques du corps féminin</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/05/10/blason-moderne.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Wed, 10 May 2006 21:55:00 +0200</pubDate> <description> Simple jeu de société à l’origine, le blason devient un genre poétique qui prend son essor dans la première moitié du XVIe siècle. Ce jeu consistait à choisir une partie du corps féminin et à en proposer une description, sur le mode de l’éloge (ou du blâme…). Le premier blason, intitulé &lt;em&gt; Le Beau Tétin&lt;/em&gt;, est l’œuvre de Marot; il était consacré, comme son titre l’indique, au sein:&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
&lt;em&gt;Tétin refaict, plus blanc qu’un œuf,&lt;br /&gt;
Tétin de satin blanc tout neuf,&lt;br /&gt;
[…] petite boule d’ivoire,&lt;br /&gt;
Au milieu duquel est assise&lt;br /&gt;
Une freze, ou une cerise&lt;br /&gt;
Que nul ne veoit, ne touche aussi… &lt;/em&gt;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
À la suite de Marot, d’autres poètes se sont livrés au jeu du blason en découpant à leur tour le corps féminin en petits morceaux de poésie suggestive: Maurice Scève s’est ainsi penché sur le front. Jean de Vauzelles a planché sur les cheveux. Eustorg de Beaulieu a travaillé le nez, la joue et la langue. Albert le Grand s’est insinué dans l’oreille. Chappuy a saisi la main. Héroët a scruté l’œil. Sagon a attrapé le pied. Le Lieur a caressé la cuisse. Bonaventure des Périers s’est concentré sur le nombril. D’autres, qui n’ont pas laissé leur nom, ont préféré le cul et le con. Tous ces poèmes ont été recueillis en 1543 dans un ouvrage collectif intitulé : &lt;em&gt;Blasons anatomiques du corps féminin&lt;/em&gt;. &lt;br /&gt;
Cette belle tradition du blason nous la ressuscitons aujourd’hui en vous proposant de nous envoyer sous forme de photos ou de textes les parties du corps que vous jugez les plus dignes d’attention au plan érotique (contrainte supplémentaire). Madeleine a lancé la semaine dernière le motif de la nuque. Nous en attendons d’autres... </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/27/elle-avait-un-joli-chignon.html</guid> <title>&quot;Elle avait un joli chignon...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/27/elle-avait-un-joli-chignon.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Thu, 27 Apr 2006 14:25:00 +0200</pubDate> <description> &quot;Elle avait un joli chignon et une nuque délicieuse. Les beaux chignons et les jolies nuques m’ont toujours mis hors de moi, aussi je posai sur sa nuque de gros baisers qui me grisèrent complètement...&quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Guillaume APOLLINAIRE, &lt;em&gt; Les Exploits d’un jeune don juan &lt;/em&gt; (1911). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/22/la-langue-est-un-organe.html</guid> <title>La langue est un organe...</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/22/la-langue-est-un-organe.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Sat, 22 Apr 2006 19:15:00 +0200</pubDate> <description> &quot;la langue est un organe sexuel dont on se sert occasionnellement pour parler.&quot;&lt;br /&gt;
Boris VIAN </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/14/ce-n-est-point-assez-pour-nous.html</guid> <title>&quot;Ce n'est point assez pour nous...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/04/14/ce-n-est-point-assez-pour-nous.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Fri, 14 Apr 2006 09:45:00 +0200</pubDate> <description> &quot;Pour l’amour, que de choses nous exigeons de la vie et de la femme! Nous demandons à nos maîtresses qu’elles soient honnêtes et coquines, qu’elles aient tous les vices et toutes les vertus, qu’elles aient des ailes et des sens… La rose qui sent la rose, le plaisir comme il est, la femme qui est une femme, ce n’est point assez pour nous.&quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Jules et Edmond de Goncourt, &lt;em&gt; Les Hommes de lettres &lt;/em&gt; (1860). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/22/elle-etait-nue-entierement-par-pierre-jean.html</guid> <title>Elle était nue entièrement (par Pierre-Jean)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/22/elle-etait-nue-entierement-par-pierre-jean.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Wed, 22 Mar 2006 13:10:00 +0100</pubDate> <description> Hélène ouvrit la porte. Elle était nue entièrement avec des souliers dorés. Je joignis les mains, tant elle était belle.&lt;br /&gt;
Je n’eusse jamais cru qu’elle fût si belle. Je connaissais ses épaules, je connaissais bien ses mains, je ne les connaissais pas sur son corps nu. J’aimais depuis toujours la Chevelure mais la Chevelure était tellement plus sauvage et rougeoyante appuyée sur la réalité de la chair nue. Je ne connaissais du tout ses seins : ils étaient plutôt petits, mais non écartés, parfaitement gonflés et forts, les deux faons dont parle le Cantique. Je ne connaissais pas ses hanches, un peu plus larges que je ne les avais rêvées, et je voyais pour la première fois sa toison de couleur chaude, et enfin, il y avait ses longues jambes comme des bêtes superbes, chevaux ou lévriers, que l’on voit peintes sur les fresques.&lt;br /&gt;
Déjà je m’étais jeté sur elle. Je me regardais faire, avec une pensée impassible devant mon avidité, je me voyais être si vorace sur elle. Nous roulions ensemble sur le lit bleu. Hélène était athlétique et totalement faible ; au contraire la violence qui m’animait était formidable, aveugle ; c’est que, dans Hélène, le don et le sacrifice étaient tellement plus riches que ne l’était mon agression ! Je voyais tous ces détails. Cependant, par expérience, Hélène dominait mal ma fougue, mais la dominait ; et ceci la conduisait à son triomphe : quand, engagé en elle, trop vite je fus au bout. Elle dans le plaisir avait pris une grandeur antique, son masque s’était creusé et surtout aggravé, ses yeux avaient eu un bref retournement intérieur, après quoi sous ses regards étaient apparus deux grandes cernes, elle n’avait pas poussé un cri, et tout s’était apaisé dans la connaissance de son triomphe ; son triomphe qui était proprement : ma joie. Car après avoir tant vu, je ne voyais plus rien, j’étais livré. Ma joie se développait après la sienne, bien du temps après mon plaisir. J’avais franchi ! j’étais passé ! j’étais sauvé ! et cette femme vivante au corps de reine était à moi ! Et mon plaisir, ma joie me revenaient après la chose passée et je revivais cent fois plus joyeuse et voluptueuse la chose même, que j’avais faite. Vers la fin j’avais levé le bras en l’air comme un drapeau, je m’en souvenais ; je le lui dis, et elle : &quot;Oui, tu as levé le bras, et tes doigts faisaient le signe d’atteindre une chose, et ta main accrochée était la plus splendide qui pût être au ciel.&quot; Elle me couvrait de baisers passionnés et j’avais droit à ces baisers et je les lui rendais tous. Je  m’endormis sur elle. Lorsque je me réveillai il faisait grand jour et j’étais couché dans ma chambre.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Pierre-Jean JOUVE, &lt;em&gt; Dans les années profondes &lt;/em&gt; (1935), Poésie/Gallimard. </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/22/c-est-une-chose-helas-si-douce.html</guid> <title>&quot;C'est une chose, hélas, si douce...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/22/c-est-une-chose-helas-si-douce.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Wed, 22 Mar 2006 13:00:00 +0100</pubDate> <description> ARNOLPHE&lt;br /&gt;
Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes, &lt;br /&gt;
Et de ces beaux blondins écouter les sornettes, &lt;br /&gt;
Que se laisser par eux, à force de langueur, &lt;br /&gt;
Baiser ainsi les mains et chatouiller le coeur, &lt;br /&gt;
Est un péché mortel des plus gros qu'il se fasse.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AGNES &lt;br /&gt;
Un péché, dites-vous? Et la raison, de grâce?&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
ARNOLPHE &lt;br /&gt;
La raison? La raison est l'arrêt prononcé &lt;br /&gt;
Que par ces actions le ciel est courroucé.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
AGNES&lt;br /&gt;
Courroucé! Mais pourquoi faut-il qu'il s'en courrouce?&lt;br /&gt;
C'est une chose, hélas! si plaisante et si douce!&lt;br /&gt;
J'admire quelle joie on goûte à tout cela;&lt;br /&gt;
Et je ne savais point encor ces choses-là.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
MOLIÈRE, &lt;em&gt; L'École des femmes&lt;/em&gt;, II, 5 (1662). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/21/elle-n-eut-plus-rien-a-lui-refuser.html</guid> <title>&quot;Elle n'eut plus rien à lui refuser...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/21/elle-n-eut-plus-rien-a-lui-refuser.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Tue, 21 Mar 2006 11:10:00 +0100</pubDate> <description> &quot;Un soir, après avoir passé la journée à le détester et à se bien promettre d'être avec lui encore plus froide et plus sévère qu'à l'ordinaire, elle lui dit qu'elle l'aimait. Bientôt elle n'eut plus rien à lui refuser. Si sa folie fut grande, il faut avouer que Vanina fut parfaitement heureuse.&quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
STENDHAL, &lt;em&gt; Vanina Vanini &lt;/em&gt; (1829). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/21/le-corps-sauvage-par-andre.html</guid> <title>Un petit Corps sauvage (par André)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/21/le-corps-sauvage-par-andre.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Tue, 21 Mar 2006 08:45:00 +0100</pubDate> <description> J’attendis ! J’admire aujourd’hui ma constance… Mais était-ce bien la curiosité qui me retenait? Je ne sais plus. Le motif secret de nos actes, et j’entends: des plus décisifs, nous échappe; et non seulement dans le souvenir que nous en gardons, mais bien au moment même. Sur le seuil de ce que l’on appelle: le péché, hésitais-je encore? Non; j’eusse été trop déçu si l’aventure eût dû se terminer par le triomphe de ma vertu – que déjà j’avais prise en dédain, en horreur. Non; c’est bien la curiosité qui me faisait attendre… Et je vis son rire lentement se faner, ses lèvres se refermer sur ses dents blanches; une expression de déconvenue, de tristesse assombrit son visage charmant. Enfin il se leva:&lt;br /&gt;
- Alors, adieu, dit-il.&lt;br /&gt;
Mais saisissant la main qu’il me tendait, je le fis rouler à terre. Son rire aussitôt reparut. Il ne s’impatienta pas longtemps aux nœuds compliqués des lacets qui lui tenaient lieu de ceinture; sortant de sa poche un petit poignard, il en trancha d’un coup l’embrouillement. Le vêtement tomba; il rejeta au loin sa veste, et se dressa nu comme un dieu. Un instant, il tendit vers le ciel ses bras grêles, puis, en riant, se laissa tomber contre moi. Son corps était peut-être brûlant, mais parut à mes mains aussi rafraîchissant que l’ombre. Que le sable était beau! Dans la splendeur adorable du soir, de quels rayons se vêtait ma joie!...&lt;br /&gt;
.......................................................................................&lt;br /&gt;
Wilde me fit passer dans la chambre du fond avec le petit Mohammed. […] Depuis, chaque fois que j’ai cherché le plaisir, ce fut courir après le souvenir de cette nuit. […] À présent je trouvais enfin ma normale. Plus rien ici de contraint, de précipité, de douteux; rien de cendreux dans le souvenir que j’en garde. Ma joie fut immense et telle que je ne la puisse imaginer plus pleine si de l’amour s’en fût mêlé. Comment eût-il été question d’amour? Comment eussé-je laissé le désir disposer de mon cœur? Mon plaisir était sans arrière-pensée et ne devait être suivi d’aucun remords. Mais comment nommerai-je alors mes transports à serrer dans mes bras nus ce parfait petit corps sauvage, ardent, lascif et ténébreux?...&lt;br /&gt;
Je demeurai longtemps ensuite, après que Mohammed m’eut quitté, dans un état de jubilation frémissante, et bien qu’ayant déjà, près de lui, cinq fois atteint la volupté, je ravivai nombre de fois encore mon extase et, rentré dans ma chambre d’hôtel, en prolongeai jusqu’au matin les échos.&lt;br /&gt;
Aux premières pâleurs de l’aube je me levai; je courus, oui vraiment courus, en sandales, bien au-delà de Mustapha; ne ressentant de ma nuit nulle fatigue, mais au contraire une allégresse, une sorte de légèreté de l’âme et de la chair, qui ne me quitta pas de tout le jour.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
André GIDE, &lt;em&gt; Si le grain ne meurt&lt;/em&gt;, Gallimard, 1928. </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/20/il-n-est-point-d-homme.html</guid> <title>&quot;Il n'est point d'homme...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/20/il-n-est-point-d-homme.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Mon, 20 Mar 2006 17:40:00 +0100</pubDate> <description> &quot;Il n'est point d'homme qui ne veuille être despote quand il bande&quot;&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
D.A.F. de SADE, &lt;em&gt; La Philosophie dans le boudoir &lt;/em&gt; (1796). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/20/faites-la-consentir-a-se-partager1.html</guid> <title>&quot;Faites-la consentir à se partager...&quot;</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/20/faites-la-consentir-a-se-partager1.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Mon, 20 Mar 2006 15:30:00 +0100</pubDate> <description> &quot;Arrangez-vous pour être encore quelque temps l'amant heureux de votre Julie. Si elle en a un autre, comme vous l'avez cru, faites-la consentir à se &lt;em&gt; partager&lt;/em&gt;.&quot; &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Choderlos de LACLOS, &lt;em&gt; Les Liaisons dangereuses &lt;/em&gt;, Lettre CI, de Valmont à Azolan (1782). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/14/jouir-dans-le-metro.html</guid> <title>I. Jouir dans le métro (par Anaïs)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/14/jouir-dans-le-metro.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Tue, 14 Mar 2006 09:25:00 +0100</pubDate> <description> Tout à l’heure […] j’ai pris le métro à l’heure de pointe, ce que je fais rarement (&lt;a href=&quot;http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/12/la-femme-de-trente-ans-iii1.html&quot;&gt;cf. &quot;La Femme de trente ans (III)&quot;&lt;/a&gt;). J’étais poussée par une marée humaine, comprimée, debout, coincée. […] Je sentis une main toucher doucement ma robe, comme par hasard. Mon manteau était ouvert, et ma robe était très légère: je sentais cette main me caresser doucement, juste au-dessus de mon sexe. Je ne m’écartai pas. L’homme qui était devant moi était si grand que je ne pouvais voir son visage. Je ne voulais pas lever les yeux. Je ne voulais pas savoir qui c’était. La main caressait la robe, puis, presque imperceptiblement, augmenta sa pression, sentant bien le sexe. Je fis un léger mouvement pour soulever mon sexe à la hauteur des doigts. Les doigts se firent alors plus assurés, suivant la forme de mes lèvres, adroitement, lentement. Une onde de plaisir m’envahit. Une secousse du métro nous poussa l’un contre l’autre et je me pressai plus fort contre sa main; alors il s’enhardit et saisit entre ses doigts les lèvres de mon sexe. J’étais folle de plaisir, sentant monter l’orgasme. Je me frottai sur la main, imperceptiblement. La main semblait ressentir ce que j’éprouvais et ne cessa de me caresser jusqu’à ce que je jouisse. L’orgasme secoua tout mon corps. Le métro s’arrêta et un flot de gens sortit. L’homme disparut. &lt;br /&gt;
Anaïs NIN, &lt;em&gt; Vénus Erotica&lt;/em&gt;, trad. B. Commengé, “Le Livre de Poche” (&lt;em&gt; Delta of Venus Erotica&lt;/em&gt;, 1969). </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/15/jouir-sous-un-pont.html</guid> <title>II. Jouir sous un pont (par Jean-Philippe)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/15/jouir-sous-un-pont.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Tue, 14 Mar 2006 09:20:00 +0100</pubDate> <description> Nous trouvâmes refuge dans un renfoncement du pont, une sorte de niche arrondie qui menait à un escalier de secours métallique très abrupt qui descendait vers les voies ferrées. (...) Marie, dans mes bras, en pleurs, la robe mouillée, les cheveux mouillés, approchait ses lèvres très près de ma bouche et me demandait en tremblant pourquoi je ne voulais pas l'embrasser, et, en la gardant dans mes bras, je répondais à voix basse, en lui caressant les épaules et les cheveux pour l'apaiser que je n'avais jamais dit ça. (...) Dans la détresse qui l'avait jetée dans mes bras, c'était la chaleur de nos corps qu'elle était venue chercher, pas la souplesse de la dialectique, elle n'en avait rien à foutre de mes mots et de mes raisonnements, ce qu'elle voulait, c'était un élan du coeur, l'élan de mes mains et de ma langue, de mes bras autour de ses épaules, mon corps contre son corps. (...) Je compris alors, tandis qu'elle se blotissait toujours plus fort contre moi, que le désir charnel resté inassouvi après notre étreinte incomplète de cette nuit, interrompue, inaboutie, avait besoin d'un exutoire pour qu'elle puisse libérer les tensions qu'elle avait accumulées. Il fallait, pour qu'elle arrive à bout de son épuisement, pour relâcher ses membres et apaiser ses nerfs, qu'elle jouisse, qu'elle jouisse sur le champ, et j'eus alors le sentiment que c'était une femme inconnue que j'avais dans les bras, qui se collait contre moi, mouillée de désir et de larmes, ses hanches s'enroulant contre mon ventre avec une détermination mauvaise à la recherche de la jouissance, la violence de son désir me faisait peur, je la sentais chercher ma bouche en haletant contre mon oreille, le souffle court, gémir comme si nous faisions l'amour parmi la foule qui continuait de passer près de nous sur le pont. La terre venait de trembler, et, indifférente aux passants, Marie se serrait contre moi en frottant lascivement son sexe contre ma cuisse, soulevant fiévreusement mon tee-shirt pour me masser le ventre en me plaquant contre le parapet, puis elle saisit ma main et la guida sous sa robe, la fit remonter le long de sa cuisse et je sentis alors le contact brûlant de sa chair nue, je sentis, dans ce corps froid et mouillé de neige qui se collait contre moi, en tremblant, le contact incroyablement chaud  de la chair de sa cuisse et la proximité ardente de son sexe mouillé de désir, j'avais enfonçé la main dans son slip et je sentais maintenant sous mes doigts la douceur humide et électrique de l'intérieur de son sexe qui se contractait sous ma main, le jour se levait et je la désirais très fort moi aussi maintenant, je me collais contre elle dans les clartés du jour naissant, je caressais son sexe, je pétrissais ses fesses. Le jour se levait sur Tokyo, et je lui enfonçais un doigt dans le trou du cul.&lt;br /&gt;
Jean-Philippe Toussaint, &lt;em&gt; Faire l'amour&lt;/em&gt;, Les Éditions de Minuit (extrait adressé à Madeleine par Flore pour &quot;stimuler ses ardeurs&quot;) </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/13/les-epaules-baisees-balzac.html</guid> <title>Les épaules baisées (Balzac)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/03/13/les-epaules-baisees-balzac.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Mon, 13 Mar 2006 15:50:00 +0100</pubDate> <description> &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt; &lt;p align=&quot;justify&quot;&gt;&amp;nbsp;&amp;nbsp; Mes yeux furent tout à coup frappés par de blanches épaules rebondies sur lesquelles j'aurais voulu pouvoir me rouler, des épaules légèrement rosées qui semblaient rougir comme si elles se trouvaient nues pour la première fois, de pudiques épaules qui avaient une âme, et dont la peau satinée éclatait à la lumière comme un tissu de soie. Ces épaules étaient partagées par une raie, le long de laquelle coula mon regard, plus hardi que ma main. Je me haussai tout palpitant pour voir le corsage et fus complétement fasciné par une gorge chastement couverte d'une gaze, mais dont les globes azurés et d'une rondeur parfaite étaient douillettement couchés dans des flots de dentelle. Les plus légers détails de cette tête furent des amorces qui réveillèrent en moi des jouissances infinies&lt;img src=&quot;http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/images/thumb_dseyrig1.jpg&quot; alt=&quot;medium_dseyrig1.jpg&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0px; border-width: 0px&quot; /&gt; : le brillant des cheveux lissés au-dessus d'un cou velouté comme celui d'une petite fille, les lignes blanches que le peigne y avait dessinées et où mon imagination courut comme en de frais sentiers, tout me fit perdre l'esprit. Après m'être assuré que personne ne me voyait, je me plongeai dans ce dos comme un enfant qui se jette dans le sein de sa mère, et je baisai toutes ces épaules en roulant ma tête. Cette femme poussa un cri perçant, que la musique empêcha d'entendre, elle se retourna, me vit et me dit : &quot;Monsieur?&quot; Ah ! si elle avait dit: &quot;- Mon petit bonhomme qu'est-ce qui vous prend donc?&quot; je l'aurais tuée peut-être; mais à ce monsieur ! des larmes chaudes jaillirent de mes yeux. Je fus pétrifié par un regard animé d'une sainte colère, par une tête sublime couronnée d'un diadème de cheveux cendrés, en harmonie avec ce dos d'amour. La pourpre de la pudeur offensée étincela sur son visage, que désarmait déjà le pardon de la femme qui comprend une frénésie quand elle en est le principe, et devine des adorations infinies les larmes du repentir. Elle s'en alla par un mouvement de reine. Je sentis alors le ridicule de ma position ; alors seulement je compris que j'étais fagotté comme le singe d'un Savoyard. J'eus honte de moi. Je restai tout hébété, savourant la pomme que je venais de voler, gardant sur mes lèvres la chaleur de ce sang que j'avais aspiré, ne me repentant de rien, et suivant du regard cette femme descendue des cieux. Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du coeur, j'errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue. Je revins me coucher métamorphosé.&lt;br /&gt; H. de Balzac, &lt;em&gt;Le Lys dans la vallée&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt; </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/02/25/autant-vaudrait-etre-amoureux.html</guid> <title>Autant vaudrait être amoureux!... (extrait des &quot;Liaisons dangereuses&quot;)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/02/25/autant-vaudrait-etre-amoureux.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Sat, 25 Feb 2006 11:50:00 +0100</pubDate> <description> Lettre X. De la Marquise de Merteuil au Vicomte de Valmont au château de... &lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
12 août 17**.&lt;br /&gt;
&lt;br /&gt;
Me boudez-vous, vicomte? ou bien êtes-vous mort? ou, ce qui y ressemblerait beaucoup, ne vivez-vous plus que pour votre présidente? Cette femme, qui vous a rendu les illusions de la jeunesse, vous en rendra bientôt aussi les ridicules préjugés. Déjà vous voilà timide et esclave; autant vaudrait être amoureux. Vous renoncez à vos heureuses témérités. Vous voilà donc vous conduisant sans principes, et donnant tout au hasard, ou plutôt au caprice. Ne vous souvient-il plus que l'amour est, comme la médecine, seulement l'art d'aider à la nature? Vous voyez que je vous bats avec vos armes: mais je n'en prendrai pas d'orgueil; car c'est bien battre un homme à terre. Il faut qu'elle se donne, me dites-vous: eh! sans doute, il le faut; et aussi se donnera-t-elle comme les autres, avec cette différence que ce sera de mauvaise grâce. Mais, pour qu'elle finisse par se donner, le vrai moyen est de commencer par la prendre. Que cette ridicule distinction est bien un vrai déraisonnement de l'amour! Je dis l'amour; car vous êtes amoureux. Vous parler autrement, ce serait vous trahir; ce serait vous cacher votre mal. Dites-moi donc, amant langoureux, ces femmes que vous avez eues; croyez-vous les avoir violées? Mais quelque envie qu'on ait de se donner, quelque pressée que l'on en soit, encore faut-il un prétexte; et y en a-t-il de plus commode pour nous, que celui qui nous donne l'air de céder à la force. Pour moi, je l'avoue, une des choses qui me flattent le plus, est une attaque vive et bien faite, où tout se succède avec ordre, quoiqu'avec rapidité; qui ne nous met jamais dans ce pénible embarras de réparer nous-mêmes une gaucherie dont au contraire nous aurions dû profiter; qui sait garder l'air de la violence jusque dans les choses que nous accordons, et sait flatter avec adresse nos deux passions favorites, la gloire de la défense et le plaisir de la défaite. Je conviens que ce talent, plus rare qu'on ne croit, m'a toujours fait plaisir, même alors qu'il ne m'a pas séduite, et que quelquefois il m'est arrivé de me rendre, uniquement comme récompense. Telle dans nos anciens tournois, la beauté donnait le prix de la valeur et de l'adresse.&lt;br /&gt;
Mais vous, vous qui n'êtes plus vous, vous vous conduisez comme si vous aviez peur de réussir. Depuis quand voyagez-vous à petites journées et par des chemins de traverse? Mon ami, quand on veut arriver, des chevaux de poste et la grande route! Mais laissons ce sujet, qui me donne d'autant plus d'humeur qu'il me prive du plaisir de vous voir. Au moins écrivez-moi plus souvent que vous ne faites et mettez-moi au courant de vos progrès. Savez-vous que voilà huit jours que cette ridicule aventure vous occupe, et que vous négligez vos amis.&lt;br /&gt;
A propos de cela, vous ressemblez aux gens qui envoient régulièrement savoir des nouvelles de leurs amis malades, mais qui ne se font jamais rendre la réponse. Vous finissez votre dernière lettre par me demander si le chevalier est mort. Je ne réponds pas, et vous ne vous en inquiétez pas davantage. Ne savez-vous plus que mon amant est votre ami-né? Mais rassurez-vous, il n'est point mort; ou s'il l'était, ce serait de l'excès de sa joie. Ce pauvre chevalier, comme il est tendre! comme il est fait pour l'amour! comme il sait sentir vivement! la tête m'en tourne. Sérieusement, le bonheur parfait qu'il trouve à être aimé de moi, m'attache véritablement à lui.&lt;br /&gt;
Ce même jour, où je vous écrivais que j'allais travailler à notre rupture, combien je le rendis heureux! Je m'occupais pourtant tout de bon des moyens de le désespérer, quand on me l'annonça. Soit caprice ou raison, jamais il ne me parut si bien. Je le reçus cependant avec humeur. Il espérait passer deux heures avec moi, avant celle où ma porte serait ouverte à tout le monde. Je lui dis que j'allais sortir; il me demanda où j'allais: je refusai de le lui dire. Il insista; &quot;où vous ne serez pas&quot;, repris-je avec aigreur. Heureusement pour lui, il resta pétrifié de cette réponse; car, s'il eût dit un mot, il s'ensuivait immanquablement une scène qui eût amené la rupture que j'avais projetée. Etonnée de son silence, je jetai les yeux sur lui sans autre projet, je vous jure, que de voir la mine qu'il faisait. Je retrouvai sur cette charmante figure cette même tristesse, à la fois profonde et tendre, à laquelle vous-même êtes convenu qu'il était si difficile de résister. La même cause produisit le même effet; je fus vaincue une seconde fois. Et de ce moment, je ne m'occupai plus que des moyens d'éviter qu'il pût me trouver un tort. Je sors pour affaire, lui dis-je avec un air un peu plus doux, et même cette affaire vous regarde; mais ne m'interrogez pas. Je souperai chez moi, revenez, et vous serez instruit. La parole lui revint alors; mais je ne lui permis pas d'en faire usage. Je suis très pressée, continuai-je. Laissez-moi; à ce soir. Il baisa ma main et sortit.&lt;br /&gt;
Aussitôt, pour le dédommager, peut-être aussi pour me dédommager moi-même, je me décide à lui faire connaître ma petite maison dont il ne se doutait pas. J'appelle ma fidèle Victoire. J'ai ma migraine; je me couche pour tous mes gens; et, restée enfin seule avec la véritable, tandis qu'elle se travestit en laquais, je fais une toilette de femme de chambre. Elle fait ensuite venir un fiacre à la petite porte de mon jardin, et nous voilà parties. Arrivée dans ce temple de l'amour, je choisis le déshabillé le plus galant. Celui-ci est délicieux, il est de mon invention: il ne laisse rien voir, et pourtant fait tout deviner. Je vous en promets un modèle pour votre présidente, quand vous l'aurez rendue digne de le porter.&lt;br /&gt;
Après ces préparatifs, pendant que Victoire s'occupe des autres détails, je lis un chapitre du Sopha, une lettre d'Héloïse et deux contes de La Fontaine, pour recorder les différents tons que je voulais prendre. Cependant mon chevalier arrive à ma porte, avec l'empressement qu'il a toujours. Mon Suisse la lui refuse, et lui apprend que je suis malade: premier incident. Il lui remet en même temps un billet de moi, mais non de mon écriture, suivant ma prudente règle. Il l'ouvre, et y trouve, de la main de Victoire: &quot;A neuf heures précises, au boulevard, devant les cafés.&quot; Il s'y rend; et là, un petit laquais qu'il ne connaît pas, qu'il croit au moins ne pas connaître, car c'était toujours Victoire, vient lui annoncer qu'il faut renvoyer sa voiture et le suivre. Toute cette marche romanesque lui échauffait la tête d'autant, et la tête échauffée ne nuit à rien. Il arrive enfin, et la surprise et l'amour causaient en lui un véritable enchantement. Pour lui donner le temps de se remettre, nous nous promenons un moment dans le bosquet; puis je le ramène vers la maison. Il voit d'abord deux couverts mis; ensuite un lit fait. Nous passons jusqu'au boudoir, qui était dans toute sa parure. Là, moitié réflexion, moitié sentiment, je passai mes bras autour de lui et me laissai tomber à ses genoux. &quot;O mon ami! lui dis-je, pour vouloir te ménager la surprise de ce moment, je me reproche de t'avoir affligé par l'apparence de l'humeur; d'avoir pu un instant voiler mon coeur à tes regards. Pardonne-moi mes torts: je veux les expier à force d'amour.&quot; Vous jugez de l'effet de ce discours sentimental. Il me releva, et mon pardon fut scellé sur cette même ottomane où vous et moi scellâmes si gaiement et de la même manière notre éternelle rupture.&lt;br /&gt;
Comme nous avions six heures à passer ensemble, et que j'avais résolu que tout ce temps fût pour lui également délicieux, je modérais ses transports, et l'aimable coquetterie vint remplacer la tendresse. Je ne crois pas avoir jamais mis tant de soin à plaire, ni avoir été jamais aussi contente de moi. Après le souper, tour à tour enfant et raisonnable, folâtre et sensible, quelquefois même libertine, je me plaisais à le considérer comme un sultan au milieu de son sérail, dont j'étais tour à tour les favorites différentes. En effet, ses hommages réitérés, quoique toujours reçus par la même femme, le furent toujours par une maîtresse nouvelle.&lt;br /&gt;
Enfin au point du jour il fallut se séparer; et, quoi qu'il dit, quoi qu'il fît même pour me prouver le contraire, il en avait autant de besoin que peu d'envie. Au moment où nous sortîmes, et pour dernier adieu, je pris la clef de cet heureux séjour, et la lui remettant entre les mains: &quot;Je ne l'ai eue que pour vous, lui dis-je; il est juste que vous en soyez maître: c'est au sacrificateur à disposer du temple.&quot; C'est par cette adresse que j'ai prévenu les réflexions qu'aurait pu lui faire naître la propriété, toujours suspecte, d'une petite maison. Je le connais assez, pour être sûre qu'il ne s'en servira que pour moi; et si la fantaisie me prenait d'y aller sans lui, il me reste bien une double clef. Il voulait à toute force prendre jour pour y revenir; mais je l'aime trop encore, pour vouloir l'user si vite. Il ne faut se permettre d'excès qu'avec les gens qu'on veut quitter bientôt. Il ne sait pas cela, lui; mais, pour son bonheur, je le sais pour deux.&lt;br /&gt;
Je m'aperçois qu'il est trois heures du matin, et que j'ai écrit un volume, ayant le projet de n'écrire qu'un mot. Tel est le charme de la confiante amitié: c'est elle qui fait que vous êtes toujours ce que j'aime le mieux </description>  </item>  <item> <guid isPermaLink="true">http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/02/25/une-partie-carree-extrait-de-bel-ami.html</guid> <title>Une partie carrée (extrait de Bel-Ami)</title> <link>http://lesliaisonsdangeureuses.blogspirit.com/archive/2006/02/25/une-partie-carree-extrait-de-bel-ami.html</link> <author>noreply@blogspirit.com (Valmont)</author>   <category>Nos Livres</category>   <pubDate>Sat, 25 Feb 2006 10:35:00 +0100</pubDate> <description> On le fit monter au second étage, et on l'introduisit dans un petit salon de restaurant, tendu de rouge et ouvrant sur le boulevard son unique fenêtre.&lt;br /&gt;
Une table carrée, de quatre couverts, étalait sa nappe blanche, si luisante qu'elle semblait vernie; et les verres, l'argenterie, le réchaud brillaient gaiement sous la flamme de douze bougies portées par deux hauts candélabres.&lt;br /&gt;
Au dehors on apercevait une grande tache d'un vert clair que faisaient les feuilles d'un arbre, éclairées par la lumière vive des cabinets particuliers.&lt;br /&gt;
Duroy s'assit sur un canapé très bas, rouge comme les tentures des murs, et dont les ressorts fatigués, s'enfonçant sous lui, lui donnèrent la sensation de tomber dans un trou. Il entendait dans toute cette vaste maison une rumeur confuse, ce bruissement des grands restaurants fait du bruit des vaisselles et des argenteries heurtées, du bruit des pas rapides des garçons, adoucis par le tapis des corridors, du bruit des portes un moment ouvertes et qui laissent échapper le son des voix de tous ces étroits salons où sont enfermés des gens qui dînent. Forestier entra et lui serra la main avec une familiarité cordiale, qu'il ne lui témoignait jamais dans les bureaux: de la Vie française.&lt;br /&gt;
- Ces deux dames vont arriver ensemble, dit-il; c'est très gentil ces dîners-là!&lt;br /&gt;
[…]&lt;br /&gt;
On ouvrit la porte et les deux jeunes femmes parurent, suivies d'un maître d'hôtel, voilées, cachées, discrètes, avec cette allure de mystère charmant, qu'elles prennent en ces endroits où les voisinages et les rencontres sont suspects.&lt;br /&gt;
Comme Duroy saluait Mme Forestier, elle le gronda fort de n'être pas revenu la voir, puis elle ajouta, avec un sourire vers son amie: - C'est ça, vous me préférez Mme de Marelle, vous trouvez bien le temps pour elle.&lt;br /&gt;
Puis on s'assit, et le maître d'hôtel ayant présenté à Forestier la carte des vins, Mme de Marelle s'écria: - Donnez à ces messieurs ce qu'ils voudront; quant à nous, du champagne frappé, du meilleur, du champagne doux par exemple, rien autre chose. - Et l'homme étant sorti, elle annonça avec un rire excité: - Je veux me pocharder ce soir, nous allons faire une noce, une vraie noce.&lt;br /&gt;
Forestier, qui paraissait n'avoir point entendu, demande: - Cela ne vous ferait-il rien qu'on fermât la fenêtre? j'ai la poitrine un peu prise depuis quelques jours.&lt;br /&gt;
- Non, rien du tout.&lt;br /&gt;
Il alla donc pousser le battant resté entr'ouvert et il revint s'asseoir avec un visage rasséréné, tranquillisé.&lt;br /&gt;
Sa femme ne disait rien, paraissait absorbée; et, les yeux baissés vers la table, elle souriait aux verres, de ce sourire vague qui semblait promettre toujours pour ne jamais tenir.&lt;br /&gt;
Les huîtres d'Ostende furent apportées, mignonnes et grasses, semblables à de petites oreilles enfermées en des coquilles, et fondant entre le palais et la langue ainsi que des bonbons salés.&lt;br /&gt;
Puis, après le potage, on servit une truite rose comme de la chair de jeune fille; et les convives commencèrent à causer.&lt;br /&gt;
On parla d'abord d'un cancan qui courait les rues, l'histoire d'une femme du monde surprise, par un ami de son mari, soupant avec un prince étranger en cabinet particulier.&lt;br /&gt;
Forestier riait beaucoup de l'aventure; les deux femmes déclaraient que le bavard indiscret n'était qu'un goujat et qu'un lâche. Duroy fut de leur avis et proclama bien haut qu'un homme a le devoir d'apporter en ces sortes d'affaires, qu'il soit acteur, confident ou simplement témoin, un silence de tombeau. Il ajouta: - Comme la vie serait pleine de choses charmantes si nous pouvions compter sur la discrétion absolue les uns des autres. Ce qui arrête souvent, bien souvent, presque toujours les femmes, c'est la peur du secret dévoilé.&lt;br /&gt;
Puis il ajouta, souriant: - Voyons, n'est-ce pas vrai? Combien y en a-t-il qui s'abandonneraient à un rapide désir, au caprice brusque et violent d'une heure, à une fantaisie d'amour, si elles ne craignaient de payer par un scandale irrémédiable et par des larmes douloureuses un court et léger bonheur!&lt;br /&gt;
Il parlait avec une conviction contagieuse, comme s'il avait plaidé une cause, sa cause, comme s'il eût dit: - Ce n'est pas avec moi qu'on aurait à craindre de pareils dangers. Essayez pour voir.&lt;br /&gt;
Elles le contemplaient toutes les deux, l'approuvant du regard, trouvant qu'il parlait bien et juste, confessant par leur silence ami que leur morale flexible de Parisiennes n'aurait pas tenu longtemps devant la certitude du secret.&lt;br /&gt;
Et Forestier, presque couché sur le canapé, une jambe repliée sous lui, la serviette glissée dans son gilet pour ne point maculer son habit, déclara tout à coup, avec un rire convaincu de sceptique: - Sacristi oui, on s'en payerait si on était sûr du silence. Bigre de bigre! les pauvres maris!&lt;br /&gt;
Et on se mit à parler d'amour. Sans l'admettre éternel, Duroy le comprenait durable, créant un lien, une amitié tendre, une confiance! L'union des sens n'était qu'un sceau à l'union des coeurs. Mais il s'indignait des jalousies harcelantes, des drames, des scènes, des misères qui, presque toujours, accompagnent les ruptures.&lt;br /&gt;
Quand il se tut, Mme de Marelle soupira: - Oui, c'est la seule bonne chose de la vie, et nous la gâtons souvent par des exigences impossibles.&lt;br /&gt;
Mme Forestier, qui jouait avec un couteau, ajouta: - Oui... oui... c'est bon d'être aimée...&lt;br /&gt;
Et elle semblait pousser plus loin son rêve, songer à des choses qu'elle n'osait point dire.&lt;br /&gt;
Et comme la première entrée n'arrivait pas, ils buvaient de temps en temps une gorgée de champagne en grignotant des croûtes arrachées sur le dos des petits pains à ronds. Et la pensée de l'amour, lente et envahissante, entrait en eux, enivrait peu à peu leur âme, comme le vin clair, tombé goutte à goutte en leur gorge, échauffait leur sang et troublait leur esprit.&lt;br /&gt;
On apporta des côtelettes d'agneau, tendres, légères, couchées sur un lit épais et menu de pointes d'asperges.&lt;br /&gt;
- Bigre! la bonne chose! s'écria Forestier. Et ils mangeaient avec lenteur, savourant la viande fine et le légume onctueux comme une crème.&lt;br /&gt;
Duroy reprit: - Moi, quand j'aime une femme, tout disparaît du monde autour d'elle.&lt;br /&gt;
Il disait cela avec conviction, s'exaltant à la pensée de cette jouissance d'amour, dans le bien-être de la jouissance de table qu'il goûtait.&lt;br /&gt;
Mme Forestier murmura, avec son air de n'y point toucher: - Il n'y a pas de bonheur comparable à la première pression des mains, quand l'une demande: &quot;M'aimez-vous?&quot; et quand l'autre répond: &quot;Oui, je t'aime.&quot;&lt;br /&gt;
Mme de Marelle, qui venait de vider d'un trait une nouvelle flûte de champagne, dit gaiement, en reposant son verre: - Moi, je suis moins platonique.&lt;br /&gt;
Et chacun, se mit à ricaner, l'oeil allumé, en approuvant cette parole.&lt;br /&gt;
Forestier s'étendit sur le canapé, ouvrit les bras, les appuya sur des coussins et d'un ton sérieux: - Cette franchise vous honore et prouve que vous êtes une femme pratique. Mais peut-on vous demander quelle est l'opinion de M. de Marelle?&lt;br /&gt;
Elle haussa les épaules lentement, avec un dédain infini, prolongé, puis d'une voix nette: - M. de Marelle n'a pas d'opinion en cette matière. Il n'a que des... que des abstentions.&lt;br /&gt;
Et la causerie, descendant des théories élevées sur la tendresse, entra dans le jardin fleuri des polissonneries distinguées.&lt;br /&gt;
Ce fut le moment des sous-entendus adroits, des voiles levés par des mots, comme on lève des jupes, le moment des ruses de langage, des audaces habiles et déguisées, de toutes les hypocrisies impudiques, de la phrase qui montre des images dévêtues avec des expressions couvertes, qui fait passer dans l'oeil et dans l'esprit la vision rapide de tout ce qu'on ne peut pas dire, et permet aux gens du monde une sorte d'amour subtil et mystérieux, une sorte de contact impur des pensées par l'évocation simultanée, troublante et sensuelle comme une étreinte, de toutes les choses secrètes, honteuses et désirées de l'enlacement. On avait apporté le rôti, des perdreaux flanqués de cailles, puis des petits pois, puis une terrine de foies gras accompagnée d'une salade aux feuilles dentelées, emplissant comme une mousse verte un grand saladier en forme de cuvette. Ils avaient mangé de tout cela sans y goûter, sans s'en douter, uniquement préoccupés de ce qu'il disaient, plongés dans un bain d'amour.&lt;br /&gt;
Les deux femmes, maintenant, en lançaient de roides, Mme de Marelle avec une audace naturelle qui ressemblait à une provocation, Mme Forestier avec une réserve charmante, une pudeur dans le ton, dans la voix, dans le sourire, dans toute l'allure, qui soulignait, en ayant l'air de les atténuer, les choses hardies sorties de sa bouche.&lt;br /&gt;
Forestier, tout à fait vautré sur les coussins, riait, buvait, mangeait sans cesse et jetait parfois une parole tellement osée ou tellement crue que les femmes, un peu choquées par la forme et pour la forme, prenaient un petit air gêné qui durait deux ou trois secondes.&lt;br /&gt;
Quand il avait lâché quelque polissonnerie trop grosse, il ajoutait: - Vous allez bien, mes enfants. Si vous continuez comme ça, vous finirez par faire des bêtises.&lt;br /&gt;
Le dessert vint, puis le café; et les liqueurs versèrent dans les esprits excités un trouble plus lourd et plus chaud.&lt;br /&gt;
Comme elle l'avait annoncé en se mettant à table, Mme de Marelle était pocharde, et elle le reconnaissait, avec une grâce gaie et bavarde de femme qui accentue, pour amuser ses convives, une pointe d'ivresse très réelle.&lt;br /&gt;
Mme Forestier se taisait maintenant, par prudence peut-être; et Duroy, se sentant trop allumé pour ne pas se compromettre, gardait une réserve habile.&lt;br /&gt;
On alluma des cigarettes et Forestier, tout à coup, se mit à tousser.&lt;br /&gt;
Ce fut une quinte terrible qui lui déchirait la gorge; et, la face rouge, le front en sueur, il étouffait dans sa serviette. Lorsque la crise fut calmée, il grogna, d'un air furieux: - Ça ne me vaut rien, ces parties-là; c'est stupide. Toute sa bonne humeur avait disparu dans la terreur du mal qui hantait sa pensée.&lt;br /&gt;
- Rentrons chez nous, dit-il. </description>  </item>  </channel> </rss> 